UNE MINE DE FER A BATHURST
Durant l’année 1907, un M. William Hussey qui depuis longtemps dirigeait un chantier pour la Compagnie Adams et Burns avait parlé d’une mine de fer qui devait selon lui exister à un endroit près du camp appelé “Twin Tree”. Sur ces représentations M. T. M. Burns avait obtenu une license de mine pour une certaine étendue de terrain minier, licence accordée par le gouvernement provincial dont M. Burns était l’appui à la Législature. Ce minérai promettait beaucoup, si la quantité était considérable, mais pour cela il fallait beaucoup d’essais et beaucoup d’argent. On me demanda d’obtenir du gouvernement fédéral, l’envoi d’un ingénieur en mines pour faire un examen.
L’hon. Frank Oliver me répondit qu’une telle chose était du ressort du gouvernement de la Province, les vieilles provinces ayant conservé l’exercice de leurs ressources naturelles. Je répondis que le gouvernement provincial n’était pas préparé et n’avait pas les moyens nécessaires pour une telle opération, et que je demandais seulement une coopération. L’hon. M. Oliver prit sur lui d’envoyer un ingénieur avec un assistant pour faire les expériences nécessaires. Un Ingénieur du Département arriva au mois de juillet et après avoir exploré tout le terrain licencié n’avait pas trouvé de dépôt suffisant pour un développement économique. Sachant qu’il devait repartir à une certaine date, je me hâtai soudainement à aller le rencontrer sur les lieux. La distance était de 20 milles de la ville et les dix derniers milles étaient seulement des chemins d’hiver pour l’ouvrage des chantiers de bois.
J’arrivai tard le soir au chantier. Dans ses explications l’ingénieur, après m’avoir démontré l’absence de fer en quantité suffisante sur le terrain licencié, me dit qu’il croyait qu’un peu plus loin sur une montagne, il y avait du fer. "Quand je viens ici le matin, disaitil, je sens le fer”. Mais ce terrain n’était pas licencié et de plus le temps de son inspection expirait dans trois ou quatre jours.
Le lendemain matin, je l’accompagnai à cet endroit. En effet, on sentait le fer. Je lui dis restez ici jusqu’à nouvel ordre, je vais écrire au ministre pour un prolongement de temps. Deux jours après, l’ingénieur recevait l’ordre de faire l’inspection de cette montagne. Le gouvernement provincial lui fournissait les instruments de mines en sa possession tels que "Diamond Drill” etc., etc.
Tout fut fait aussitôt. Les machineries arrivaient, les sondages se faisaient avec tout le personnel nécessaire, l’ingénieur expédiait de grosses quantités de minérai pour l’analyse scientifique. Tout le monde était dans la joie. Une ère nouvelle de prospérité s’ouvrait dans la place. M. Burns avait obtenu la licence de mine de toute cette montagne pour quelques piastres par arpent. Pendant l’hiver, le département de mines avait fait les examens nécessaires et les rapports étaient des plus encourageants de telle sorte que la Compagnie Drummond de Montréal, se mit en frais d’acheter cette mine, ce ter-
rain licencié et un montant de $30-000 devait être payé à M. Burns et M. Hussey pour leurs privilèges de cette mine.
M. Burns alors me témoigna beaucoup de reconnaissance pour mes services et m’envoya même un chèque de $300. 'dans une lettre avec promesse de faire plus à mesure que ce développement le permettrait. Je renvoyai à l’instant, par le même messager, ce chèque avec déclaration que mes services étaient dans l’intérêt du comté, non pas dans mon intérêt personnel.
Bientôt après l’élection de 1908 était annoncée et c’est alors que malgré ce que j ’avais fait pour lui dans cette affaire de mines, il se prépara à l’instant pour me faire opposition avec le résultat que je viens de décrire. L’entente avec la Compagnie Drummond avait été conclue à certaines conditions et cela après la dernière défaite de M. Burns. Cette mine était à 19 milles du chemin de fer l’Intercolonial. La Compagnie Drummond devait de toute nécessité construire une voie ferrée pour l’expropriation de ce minérai. Elle ne pouvait pas le faire cependant sans un subside du gouvernement. Avant la campagne provinciale, l’hon. Premier Ministre Robinson avait promis un subside provincial de $2,000. du mille si la compagnie construisait ce chemin de fer. Il était facile pour M. Burns d’obtenir de l’hon. M. Hazen le renouvellement de la promesse de l’hon. M. Robinson. Mais ce n’était pas suffisant, il leur fallait aussi un subside fédéral et sans cela le contrat devenait nul.
L’automne passait vite, on était rendu au mois de décembre. La session devait s’ouvrir au mois de janvier, un tel subside ne serait pas accordé disait M. Drummond sans le consentement du député du comté, M. Turgeon, et celui-ci venait de recevoir la plus violente opposition qui avait jamais été faite à un adversaire de la part de M. Burns.
J’étais étendu sur mon lit, on savait que je ne pouvais pas agir depuis l’élection. Et afin de me rétablir en temps pour la session parlementaire, je devais rester inactif.
Un matin, M. Drummond arrive chez moi avec M. Crochet, député réélu pour le comté de York, N. B., maintenant Juge de la Cour du Banc du Roi.
La demande de M. Drummond était, non pas mon intercession, mais mon travail pour obtenir un subside fédéral pour ce chemin qui seul leur permettrait l’exploitation de cette mine qui serait d’un grand bénéfice au comté, et ce subside, il l’avouait, j’étais le seul capable 'de l’obtenir. Il était vrai que M. Burns m’avait fait opposition, c’était le chagrin de M. Drummond. Ma réponse fut prompte:
“Je ne m’occuperais pas de l’opposition que m’avait faite M. Burns’’. “J’étais le représentant du comté, et j’étais toujours guidé par les intérêts du comté seulement’’.
Mais le temps pressait. Il fallait s’assurer de cela à l’instant afin que la campagne puisse continuer ses préparatifs. Pour cela il me fallait de toute nécessité, une entrevue avec l’hon. M. Pugsley, Ministre de la Province, l’hon. George P. Graham, Ministre des Chemins de fer et Sir Wilfrid Laurier, Premier Ministre du Canada. Sans la promesse conjointe de ces trois ministres, on ne pouvait compter sur ce
subside et avec leur promesse conjointe de mettre un montant de $3,200 'du mille pour la construction de cette voie, la chose était certaine et la Compagnie Drummond continuait ses préparatifs pour le printemps.
Dès le lendemain après avoir reçu les instructions de mon médecin le Dr Mickaud, je partais pour Ottawa avec l’aide de deux béquilles.
Avant trois jours, j 'avais déjà eu une entrevue avec chacun des ministres et donné mes vues pour l’avenir de mon comté avec l’assurance de cette entreprise. Puis Sir Wilfrid, dans une seconde entrevue, m’assura qu’avec le consentement 'de ses deux collègues, on venait de décider de mettre dans les crédits supplémentaires, un subside de $3,200 du mille pour la construction de ce chemin de fer, payable au fur et à mesure que la construction avancerait.
Je télégraphiai la nouvelle à Bathurst. Inutile de dire qu’elle avait créé toute une sensation bien avant mon retour.
Tout alla bien par la suite. Le chemin fut bâti. M. Burns et M. Hussey reçurent $30,000, la mine fut mise en opération et une quantité considérable de minérai de fer fut expédiée pendant plusieurs années en 'dehors du comté. Après la déclaration de la guerre, alors que tout dut être abandonné, la compagnie Drummond dut se déclarer insolvable, par suite de la paralysie des industries dans les Provinces de Québec et d'Ontario. Mais je suis certain que l’ordre économique étant rétabli, entre les différents pays, cette mine sera de nouveau exploitée. L’usine pour la réduction du minérai par la force électrique est d’une grande valeur.
Ainsi, pendant que M. Burns avait tenté de me faire disparaître de la vie politique, il recevait grâce à mes efforts une belle somme de $30,000 dont il devait en gaspiller une grande partie dans moins de deux ans pour me livrer une nouvelle guerre en 1911, sur la question de la Réciprocité avec les Etats-Unis, le seul marché pour cette mine. Il est vrai qu’elle ne lui appartenait plus, mais il n’en était pas moins intéressé dans son succès, car il avait établi un magasin de provisions pour les employés et les colons qui venaient en grand nombre s’établir dans le voisinage 'de cette industrie.