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LE PROJET DE 135,000,000 A L’EMPIRE

Dans le cours d’une année ou un peu plus, il devint facile de voir que le gouvernement conservateur-nationaliste ne menait pas toujours la vie la plus agréable et la plus heureuse. Les conservateurs auraient bien voulu reprendre le projet d’une marine navale à laquelle ils s’étaient engagés en faveur de la Grande-Bretagne. Ils auraient pu s’adresser au Parlement du Canada avec un programme un peu changé et dire que ce n’était pas au principe qu’ils étaient opposés, mais à l’extravagance du programme des libéraux.

Les nationalistes, de leur côté, n’avaient pas eu d’opposition sérieuse à la réciprocité avec les Etats-Unis. M. Bourassa leur avait

dit 'de ne pas s’occuper de cette question durant la campagne électorale, mais de concentrer tous leurs efforts contre la marine navale qui devait saisir les enfants du Canada pour en faire des victimes pour la Grande-Bretagne. Inutile de parler de marine, et, cependant, le gouvernement ne pouvait se maintenir sans les nationalistes. Tout cela, c’était pendant que les hommes d’Etat de la Grande-Bretagne suppliaient tous les Dominions d’aider le gouvernement britannique dans cette protection universelle qui devenait de plus en plus impérieuse et dispendieuse. Le parti se trouvait divisé en deux camps. Enfin, durant la session 1913, une entente fut effectuée entre ces deux factions. Le gouvernement ne demanderait pas de marine, mais simplement une contribution de $35,000,000, qui serait envoyée à l’Angleterre comme un cadeau pour la construction de trois “Dreadnoughts”, bâtis en Angleterre et pour être la propriété de l’Angleterre, qui les équiperait et en paierait le maintien elle-même. Les conservateurs de l’Ontario pouvaient représenter cette mesure comme une aide temporaire à l’empire, en attendant de pouvoir trouver un système de coopération permanente. Les nationalistes pouvaient dire à leurs électeurs: “Nous allons donner ces $35,000,- 000 à l’Angleterre, et nous garderons nos Canadiens ici. Ce montant d’argent, c’est tout ce que l’Angleterre aura du Canada. Nous aurons pour toujours fini d’aider l’Angleterre.” Telles étaient les explications données per les nationalistes à leurs commettants. Ce présent de trente-cinq millions de dollars mettait fin à toute contribution d’aucune sorte. Nos enfants canadiens ne serviront pas de chair à canon pour les Anglais.

Voilà comment ce gouvernement de coalition de deux partis radicalement en contradiction, avait cru pouvoir tromper le Parlement et le peuple à la fois.

Le débat sur ce projet fut certainement le plus acharné qui ait jamais eu lieu au Canada depuis la Confédération.

Le gouvernement comprenait bien, après plusieurs jours de débats, que le parti libéral était déterminé de faire toute l’opposition possible à ce projet, décida, un lundi, de tenir la session toute la nuit, et toute la semaine, s’il le fallait. Sir Robert Boàden et ses collègues n’avaient pas tenu compte de la détermination du parti libéral en Chambre. Le débat se continua toute la semaine, jour et nuit, sans interruption, jusqu’à minuit le samedi soir. Nous devions tous nous efforcer de soutenir le débat sans donner aucune chance au parti du gouvernement de pouvoir, par surprise, prendre un vote. Je dus prononcer plusieurs discours, comme bien d’autres, afin de tenir le feu roulant. La semaine suivante, le lundi, l’opposition revint avec la même détermination, et le débat dura encore toute la semaine, sans interruption, jusqu’au samedi soir suivant. Mais au cours cje la dernière semaine, le bill de clôture avait été préparé par l’hon. Arthur Meighen, alors Solliciteur-Général. C’est bien dans le débat sur cette question que l’hon. William Pugsley eut l’occasion de développer son talent supérieur et sa tactique parlementaire sans égale pour résister par toute souplesse à la force d’un gouver-

nement avec une majorité forte et solide. Mais la clôture dut nécessairement laisser passer le bill. Heureusement pour le pays, le Sénat était alors en majorité libérale, et ce bill fut renvoyé, en attendant que le gouvernement en appela au peuple par un plébiscite ou une élection générale. Mais le gouvernement préféra de nécessité ne pas faire de contribution d’argent à l’empire britannique plutôt que d’en appeler au peuple, sachant bien que ce serait son coup de mort.

Cette circonstance de la clôture en vue d’un tel projet et la manière cruelle et barbare avec laquelle Sir Wilfrid Laurier fut rejeté sur son siège lorsqu’il se leva pour parler, pour faire place à un autre, l’hon. J. D. Hazen, député de St-Jean, restera toujours une tache pour le parti conservateur.

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