‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 58 sur 158 · DEBAT SUR L’ADRESSE · texte numérisé non relu

DEBAT SUR L’ADRESSE

Après ces trois éloquents panégyriques de Sir Wilfrid Laurier, le débat sur le discours du trône commença et dura jusqu’au 17 mars.

Dans les circonstances, je dus prendre la parole, et ce faisant, je devais de toute nécessité exprimer mes sentiments à l’égard de notre distingué chef disparu, malgré les éloquents discours que j’ai mentionnés. Je voulais aussi donner ma part d’éloges à nos soldats canadiens dont j’appréciais la valeur et l’héroïsme autant et peutêtre plus que tout autre.

Je devais à l’instant exprimer mes remerciements à ceux des nombreux députés qui, tant de la droite que de la gauche, avaient parlé en termes élogieux de la vie, du caractère et des actions de ce grand Canadien. Je mentionnai d’abord avec une grande reconnaissance les remarques de Sir Thomas White. J’exprimai mes remerciements à l’honorable député de Red Deer, le Dr Michael Clarke qui l’avait comparé à ce grand homme d’Etat anglais, M. Gladstone. Cette comparaison me convenait, car de tout temps, dans mes dis-

cours aux Acadiens, et à toute la population du Nouveau-Brunswick, lorsque je parlais de Sir AVilfrid Laurier, je l’appelais: “le- Gladstone du Canada”.

Je donnai aussi mes éloges à notre nouveau chef intérimaire, l’hon. D. D. MacKenzie, que j’avais sincèrement admiré depuis de longues années, dont j’avais eu le temps de connaître et les talents et l’admiration qu’il possédait pour Sir AVilfrid Laurier.

Je tenais à dire au Parlement et à tout le peuple du Canada que le soldat canadien avait non-seulement rempli son devoir, mais qu’il avait fait preuve d’un courage qui avait provoqué l’admiration de toutes les nations belligérantes.

Dès le début de la guerre, à l’occasion de la fameuse bataille de Langemarck, il a fait preuve d’une valeur surhumaine sans laquelle nous aurions essuyé une défaite. Ne pouvant compter sur aucun renfort, nos bataillons se firent un rempart des corps de leurs camarades tombés dans la mêlée, dont les âmes s’envolaient au ciel, ils réussirent à se rallier, empêchèrent les Allemands d’atteindre Calais et sauvèrent l’empire. Il en fut de même à St-Eloi, à Vimy, et ailleurs. C’était alors au peuple canadien de prouver sa gratitude envers ceux de ces soldats qui s’en revenaient au pays, après avoir combattu pour la liberté, le droit et la justice, pour le triomphe de la démocratie et la destruction de l’autocratie.

Les représentants des nations alliées étaient alors réunis pour élaborer un traité qui devait avoir pour effet de garantir à l’univers une paix permanente, qui devait non seulement fixer le chiffre des indemnités, mais voir à ce que le peuple allemand cessât de donner à sa jeunesse les pernicieux conseils de l’arrogance et du prussianisme, pour lui inculquer ceux de la fraternité et de l’esprit démocratique, afin que cette nation, après s’être sincèrement repentie et éclairée, puisse se joindre à la Société des Nations et aider à préserver à jamais l’univers du fléau de la guerre.

Si l’Allemagne continuait à instruire ses enfants comme elle l’a fait durant des années, elle continuerait d’être une menace pour î "univers, et force serait aux autres nations de maintenir leurs armements, ce qui constituerait, aux yeux de nous tous, une situation déplorable que la Société des Nations a surtout à coeur de prévenir.

Depuis que j’ai prononcé ces dernières paroles au sujet de l’Allemagne, et exprimé mes souhaits d’un changement de coeur et d’ambition chez la génération qui pousse, bien des événements de différentes natures se sont déroulés, qui d’abord étaient d’inspirer l’espérance que ma leçon à l’Allemagne aurait son effet. Cependant, depuis une couple d’années, la mentalité allemande s’est certainement améliorée et a fait du progrès dans le sens que j’indiquais. J’ai espérance que si elle peut être admise dans la Société des Nations, au mois de septembre prochain, la nation allemande viendra un jour à se rendre compte que l’ambition de la guerre ne produit aucun bien, et qu’elle se mettra de tout coeur au travail de la paix entre toutes les nations de l’Europe et du monde entier.

LA QUESTION TARIFAIRE.

Après avoir exprimé mes désirs et mes souhaits au sujet de nos soldats et du rétablissement de la paix entre les nations de l’univers, je m’adressai à la question du tarif douanier.

Le ministre de l’Immigration et de la Colonisation, l’hon. M. Calder, présidait dans le moment du côté du gouvernement.

Je rappelai à la Chambre le remarquable discours que l’honorable Ministre avait prononcé la veille, qu’il avait émaillé d’allusions brillantes et patriotiques, en traitant de ce que le gouvernement se proposait de faire au sujet des soldats revenus au pays. Mais je lui rappelai que du moment qu’il s’était agi du tarif il était descendu des hauteurs où il s’était tenu jusque là. Le Ministre avait dit que nous devrions ajourner la discussion sur cette question et nous occuper de la démobilisation et du rétablissement civil de nos soldats, qui s’imposaient comme mesure d’urgence.

J’étais d’avis que le gouvernement aurait dû à l’instant s’occuper de la question du tarif, au lieu de chercher une excuse pour demander au Parlement d’attendre et d’attendre encore. Je déclarai que le gouvernement aurait dû convoquer le Parlement dès la signature de l’armistice, en vue de prendre une attitude importante sur cette question dont dépend notre prospérité nationale.

L’hon. M. Calder avait déclaré qu’il était et entendait rester libéral. Je le connaissais bien comme tel, et je lui rappelai que la question 'du tarif est la plus importante qui puisse occuper l’esprit d’un vrai libéral de l’école anglaise, et que par conséquent nous ne saurions nous abstenir de légiférer à ce sujet, considérant surtout notre état de transition de la grande guerre à la paix. Selon moi, aucune politique de restauration ne saurait répondre aux exigences de l’état de paix succédant à l’état de guerre que si elle était basée sur les principes économiques prêches par le parti libéral.

Le Ministre de la Colonisation demandait du temps, et je lui 'déclarais que nous ne pouvions attendre davantage. On donnait pour raison de remettre la révision du tarif, qu’une scission existait entre l’Est et l’Ouest, et je réponds à cela qu’il n’existe pas de telle scission, que la population des Provinces Maritimes est d’accord avec celle de l’Ouest pour demander que le Parlement affirme de nouveau les principes énoncés dans le traité de réciprocité de 1911.

Les Provinces de la Saskatchewan et du Manitoba avaient demandé par la voie de leur législature respective l’adoption de ces mesures de réciprocité et de libre-échange entre le Canada et les Etats-Unis par une réduction graduelle de tarif dans l’espace de cinq ans. Malgré tout cela, le gouvernement préférait écouter les supplications des manufacturiers et remettre à plus tard une étude de tarif plus favorable surtout à l’agriculture qui devait être maintenant à son état actuel, et plus encore si l’on voulait retenir notre population au pays et accroître notre prospérité.

Tels furent mes efforts dès la cessation de la guerre. Il m’a fallu attendre jusqu’au budget actuellement en discussion à la

Chambre des Communes, le 4 juillet 1924, pour me réjouir d’un tarif libéral de principe et d’effet, présenté par l’honorable J. A. Robb,. Ministre des Finances.

Je lui ai offert mes félicitations d’un grand coeur. J’avais fait un effort sans succès, mais je devais y revenir plus tard.

Une autre demande que je fis au gouvernement était celle de faire disparaître à l’instant de nos statuts la loi de conscription, qui était une tache pour le Canada. Je mis aussi le gouvernement sur ses gardes au sujet d’une aide à la construction des grandes routes. Comme les autres députés libéraux, je ne m’opposais pas à une aide donnée aux provinces pour la construction des grandes routes. Mais je m’opposais à toute mesure qui tendait à empiéter sur les droits des provinces, comme je l’avais fait quelques années plus tôt. Cette dépense devait rester sous le contrôle des provinces, qui seules ont le droit de voir à la construction des grandes routes dans leur territoire respectif.

A cette occasion, le Ministre des Travaux Publics, l’honorable A. K. McLean, alors simple député libéral, s’était opposé comme moi à la méthode proposée pour dépenser l’argent. Le Ministre de la Colonisation à cette époque avait été membre du gouvernement de la Législature de la Saskatchewan, et il avait fait adopter par la Législature de la Saskatchewan une résolution affirmant les droits provinciaux, et déclarant qu’il n’accepterait aucun argent pour l’amélioration des routes dans les conditions imposées par le gouvernement fédéral. Je lui demandai de voir à ce que dans la rédaction de ce projet de loi il n’y eût cette fois aucun empiètement sur les droits des provinces. Je ne m’opposais pas à une entente entre les ingénieurs des gouvernements provinciaux et ceux du gouvernement fédéral, quant à la qualité de l’ouvrage, mais il ne faudra exercer aucune pression sur les provinces pour la dépense de cet argent.

Tels furent mes avis au gouvernement à la première session après la guerre. Il me semble que je fis mon devoir suivant ma conscience et mes principes politiques, qui sont encore les mêmefl aujourd’hui.

Page 1