‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 6 sur 158 · DE · texte numérisé non relu

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Avant d’aller plus loin, je dois donner minutieusement ! histoire de cette célèbre question des écoles du Nouveau-Brunswick.

Le caractère de cette loi était certainement tout à fait déconcertant pour tout catholique et pour un grand nombre de non catholiques qui trouvaient dûr de se soumettre à toutes ses extravagantes exigences. Pour la population catholique, elle était absolument inacceptable.

Cette loi défendait tout enseignement religieux. Toutes les écoles conduites sous les provisions de la Loi devaient être non-sectaires.

La clause 60 de cet acte, disait :

“Ail schools conducted under the Provisions of this Act shall be non-seetarian”.

Comme on le voit il y avait toute défense d’enseignement religieux quelconque.

L’opération de cette loi était entièrement soumise au Bureau d 'Education. Le lieutenant-Gouverneur, les membres du Conseil Exécutif, le Président de l’Université du Nouveau-Brunswick, et le surintendant de l’Education constituaient le Bureau d 'Education. Le Gouverneur avec trois membres du Conseil Exécutif et le surintendant constituaient un quorum. Ce bureau nommait les Inspecteurs et les Syndics d’écoles.

Entre autres devoirs, les syndics devaient voir, suivant la clause 42, subdivision 4, à ce que les écoles soient pourvues de livres ordonnés par le Bureau cl 'Education, et à ce que les livres non autorisés, ne soient pas employés.

Une autre clause No 58, section 12, disait aussi. . . “but no public funds shall be granted in support of any school unless tlie same be a free school, and conducted in every respect in conformity with this Act, and the Régulations of the Board of Education”. — Traduction. “Mais aucun fonds public ne sera accordé au soutien d’aucune de ces écoles à moins qu’elle ne soit une école libre, et conduite sous tous les rapports en conformité avec cet acte, et les règlements du Bureau d 'Education. ”

Tout signe de religion dans les écoles devait être enlevé. Toute croix ou crucifix, toute image religieuse devait disparaître. Les religieux et les religieuses ne pouvaient porter les habits de leur Ordre, sinon tout paiement était refusé.

C’était certainement renverser l’état des choses, et briser l’harmonie qui, depuis si longtemps avait régné dans la province entre les Catholiques et les Protestants.

Dans toutes la Province, à bien dire, la minorité catholique de langue anglaise ou française, avait reçu à peu près le généreux traitement accordé à la paroisse de Beresford à mon arrivée l’année précédente-

Dès la mise en vigueur de cette loi, il n’y eut plus que des récriminations de la part de tous les catholiques de la Province. Les catholiques ne pouvaient se soumettre à de tels traitements, et à une telle éducation, et par conséquent, ne pouvaient recevoir aucun subside ni aucune aide du gouvernement.

Il leur fallait donc établir leurs propres écoles à leurs frais. La chose aurait pu être possible, mais le gouvernement y mettait des entraves insurmontables. Il exigeait le paiement de la taxe d’école de tout district, que l’école fut ouverte ou fermée, c’est-à-dire que les catholiques avaient à payer deux fois pour l’éducation de leurs enfants. La résistance 'de la minorité à payer la taxe d’école était immédiatement rencontrée par le traitement légal, et les huissiers parcouraient les rues dans les villes, et les chemins dans les campagnes, avec des brefs de toute sorte, saisissant chevaux, animaux, voitures, charrues, tout ce qui se trouvaient à leur portée.

Les gens riches et à l’aise pouvaient bien contribuer à de tels sacrifices, mais nos pauvres cultivateurs et pêcheurs ne pouvaient soutenir de telles persécutions.

La générosité du passé avait créé dans l’esprit de la population l’assurance que de tels privilèges étaient sanctionnés par l’acte de 1858, et que ces privilèges étaient protégés et garantis par l’article 93 de l’Acte de l’Amérique du Nord.

Alors des appels furent faits à tous les tribunaux provinciaux et fédéraux. C’est M. Renaud, premier député français du Nouveau- Brunswick, et député du comté de Kent, qui ouvrit le débat sur cette question en demandant la production de la correspondance échangée entre le gouvernement fédéral et le gouvernement de la Province du Nouveau-Brunswick. L’hon. John Costigan et l’hon. T. W. Anglin se joignirent à lui avec force et enthousiasme. Ils firent de chaleureux appels à la Chambre des Communes demandant de restaurer à la minorité catholique du Nouveau-Brunswick les droits sanctionnés par cette clause 93 de l’Acte de l’Amérique du Nord.

Ces trois représentants catholiques de la Province se dévouèrent tout entier à cette clause. Mais les autorités constitutionnelles des deux côtés de la Chambre s’entendaient à leur démontrer que l’Acte de 1858 ne contenait pas de privilèges pour la minorité catholique, et que, par conséquent, le nouvel Acte de 1871 n’était pas inconstitutionnel, et qu’il ne pouvait être amendé que du consentement de la Législature de la Province intéressée.

L’hon, Edward Blake, l’autorité légale et constitutionnelle du jour, appuyait Sir John A. Macdonald et Sir George Etienne Cartier, et nous renvoyaient tous à la Législature du Nouveau-Brunswick.

Dans le même temps des assemblées de protestations se tenaient dans tous les comtés, et à bien dire dans toutes les paroisses de la Province. C’est durant cette propagande que je prononçai mon premier discours public dans la paroisse de Petit-Rocher, déclarant

l’Acte inacceptable, et suppliant le Gouvernement de la Province de l’amender, et de rendre à la minorité catholique les droits d’antan.

Les Débats de la Chambre des Communes de 1872 nous montrent combien l’esprit de la population catholique avait été trompé par le fait même que ces libertés non inscrites dans les Statuts de la Piovince du Nouveau-Brunswick leur avaient été laissées par la coutume et la pratique seulement.

Ainsi sur la motion de M. Renaud pour la production de la correspondance entre la Législature du Nouveau-Brunswick et le gouvernement fédéral, l’hon. M. Anglin se leva le premier et se plaignit fortement des injustices de la loi actuelle du Nouveau-Brunswick comparées avec l’Acte rappelé. Il dit que pendant cet Acte maintenant en vigueur était devant l’Assemblée Législative du Nouveau- Brunswick, les Catholiques Romains avaient demandé par pétition qu’on devrait au moins leur donner des droits semblables à ceux dont jouissait la minorité protestante dans Québec, mais leurs pétitions furent vaines, et le seul résultat obtenu fut que l’Acte fut effectué de telle manière qu’il était plus lourd pour eux que suivant la première intention de la Législature.

“Les catholiques croyaient encore, disait-il, qu’ils avaient un remède dans un rappel au gouvernement du Dominion”. Il croyait que l’Acte actuel était inconstitutionnel, vu qu’il enlevait des droits dont les catholiques jouissaient sous la Loi d’Ecole précédente, qu’il n’y avait pas de provision que les écoles devaient être non-sectaires, mais que, au contraire il prévoyait que les principes du christianisme, de moralité et de justice fussent enseignés aux enfants.

Il expliqua l’opération de l’ancien Acte sous lequel les comtés étaient divisés en paroisses qui élisaient trois syndics chacune, qui sous le Bureau d 'Education, choisissaient les maîtres qui étaient payés par la Province, de sorte que dans les districts catholiques, des instituteurs catholiques étaient toujours retenus et les enfants étaient instruits dans la religion catholique, non-seulement oralement mais par des livres de textes catholiques, et prouva que sous le système actuel tout ceci était impossible.

Il décrivit l’excitation qui existe dans la Province, ainsi que le mécontentement de toute la population, et il ne pouvait voir aucune raison qui pourrait empêcher l’Acte d’être déclaré “nul et d’aucun effet”. Il en appela aux Catholiques de Québec et de tout le Dominion de ne pas rester muets tandis que leurs frères du Nouveau-Brunswick étaient outragés, insultés et privés de leurs droits et de leurs privilèges. Il termina son appel en déclarant que “les catholiques du Nouveau-Brunswick n’abandonneraient jamais la bataille, quelque désespérée qu’elle puisse être”.

Sir John A. Macdonald s’en rapporta à la Constitution. Il rappela que le Nouveau-Brunswick n’avait pas d’écoles séparées avant la Confédération. Il dit que les Catholiques du Nouveau-Brunswick n’étaient pas satisfaits de l’Acte actuel, mais qu’ils n’étaient pas satisfaits non plus de l’Ancien Acte et avaient réclamé qu’il leur causait des injustices. L’ancien Acte ne comprenait pas d’écoles séparées

et il suggéra que les catholiques du Nouveau-Brunswick suivent 1 exemple de leurs frères de l’Ontario et débattent la question dans leur législature locale.

Sir George Cartier dit que tandis que des provisions avaient été faites dans Ontario et Québec pour la protection 'des minorités, aucune provision de cette sorte n’avait été faite au Nouveau-Brunswick. Durant la discussion sur la Confédération aucune suggestion n’avait été faite au sujet des droits des catholiques romains.

“L’évêque catholique romain du Nouveau-Brunswick avait écrit des lettres en faveur de la Confédération, mais dans aucun cas n’avait-il fait une suggestion pour la protection des catholiques romains du Nouveau-Brunswick. Il désirait bien que les privilèges accordés aux non-catholiques de Québec fussent accordés aux catholiques du Nouveau-Brunswick, mais il était restreint par l’Acte actuel de l’A. B. du Nord.”

L’hon. M. Costigan appuya éloquemment toutes les remarques de l'hon. M. Anglin et demanda au Parlement de venir en aide aux catholiques du Nouveau-Brunswick qui formaient simplement une petite minorité à la Législature, et ne pouvaient pas espérer la convertir en leur faveur.

La motion de M. Renaud demandant copie de la correspondance entre les deux gouvernements fut acceptée sans division.

Plus tard le 20 mai, M. Costigan proposa une adresse à la Chambre demandant que la Loi ides écoles du Nouveau-Brunswick soit déclarée nulle et “ultra vires”. Il réclama que cet Acte était en contravention avec les droits constitutionnels. Il soutint que tous les droits existant à la Confédération devraient être maintenus et que à cette époque les catholiques avaient les écoles séparées.

Pour tout cela on en arrivait toujours à la même conclusion.

Sir John A. Macdonald et Sir George Etienne Cartier accordèrent à la députation pleine liberté de discussion sur la motion de M. Costigan promettant de considérer et d’étudier cet Acte d’Ecole de 1871, et de donner une décision sur sa constitutionalité avant l’expiration des douze mois, et de proclamer si l’Acte était ultra vires ou intra vires de la Province.

De fait, peu après la session terminée et avant l’expiration des douze mois le gouvernement Macdonald-Cartier 'déclarait l’Acte de 1871 des Ecoles du Nouveau-Brunswick “intra vires”.

La décision du gouvernement jeta la consternation chez la population catholique du Nouveau-Brunswick et la population de Québec s’émut et blâma Sir Geo. Etienne Cartier pour la situation, à tel point que les élections générales ayant eu lieu quelques semaines plus tard, malgré son prestige et ses immenses services au pays et à la Province de Québec en particulier, il fut battu le jour de la votation dans son comté qui l’avait élu depuis vingt ans. Cet échec l’emporta au tombeau quelques mois plus tard pendant un voyage en Angleterre.

UN TEIBUT A LA EACE ACADIENNE

L’opinion publique est encore divisée sur la conduite de ce grand honnne d’Etat du Canada, dont le patriotisme pour le progrès et l’avancement de la population française catholique du Canada ne peut être mise en doute. Plusieurs prétendent encore aujourd’hui qu’il aurait dû insister et faire annuler cet Acte, et rendre la population catholique du Nouveau-Brunswick aussi heureuse que celle de Québec.

D’autres réclament que la chose était impossible et n’aurait servi qu’à causer plus de trouble et à diminuer pour l’avenir l’influence de la minorité catholique dans le Canada.

Je réserve à plus tard l’expression de mon opinion sur la conduite de Sir George Etienne Cartier et de toute la Chambre des Communes sur cette question.

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