‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 70 sur 158 · NOTRE VOYAGE DANS L’OUEST AMERICAIN · texte numérisé non relu

NOTRE VOYAGE DANS L’OUEST AMERICAIN

Il y avait longtemps que nous projetions une visite à mon fils Joseph, Prêtre-Eudiste, qui était dans une mission de cet Ordre dans le Dakota-sud, depuis 1911.

Comme je l’ai déjà dit, je pense, mon fils Joseph avait Contracté une sérieuse attaque de rhumatisme musculaire pendant son séjour de quatre années à Halifax, Nouvelle-Ecosse, pendant ses études de théologie et de préparation pour le sacerdoce. Il fut ordonné prêtre par Mgr McCarthy, archevêque d’Halifax, le 3 juillet 1910.

Nous nous étions rendus, ma femme et moi, la veille au soir, à Halifax, et ce fut notre inappréciable privilège d’assister à son ordination. J’avais maintes fois dans ma vie assisté à cette cérémonie toute sacrée, et elle avait à chaque fois créé dans mon esprit des impressions ineffaçables. Mais l’impression, l’émotion, est bien différente lorsque ce privilège est accordé aux parents de celui que la Providence a choisi pour les fonctions et les pouvoirs d’un prêtre de l’Eglise. Les émotions furent multiples et continuelles pendant la cérémonie. Mais je dois avouer que l’émotion de mon coeur, le lendemain matin, à sa première messe, lorsque de sa main je reçus la Sainte Eucharistie, est pour moi indescriptible. Cette émotion est à jamais inaltérable, impérissable, aussi vive dans mon coeur aujourd’hui que dans le moment même.

Il célébra sa première messe à Bathurst le dimanche suivant, assisté de l’abbé Henry O’Leary, maintenant archevêque d’Edmonton.

A la fin des vacances, il paraissait beaucoup mieux et il fut assigné à l’enseignement, au collège de Caraquet, où il avait fait ses études classiques et philosophiques. Mais l’année fut pour lui une souffrance de martyr» et dès le terme fini, son supérieur lui donna la liberté de venir à notre résidence à Bathurst. Après quelques semaines de repos et de traitements, il semblait prendre un peu de mieux, et sur ma prière le Supérieur du collège lui accorda un congé d’un, an sous mes soins. Je devais dès les premiers jours de l’automne l’envoyer dans l’Alberta, passer l’hiver à Edmonton, avec ses frères Gray et Charles, le climat étant considéré un moyen sûr de guérison de rhumatisme.

Dès les premiers rapports que sa santé s’améliorait sous ce climat bienfaisant de l’Ouest, le Supérieur lui donna ordre de se rendre à leur mission de Woonsocket, dans le Dakota-sud, où le climat était le même, même plus sec et moins froid dans l’hiver, disait-on. Il dut obéir aux ordres et en peu de jours il était rendu à son poste. Il dut rendre de bons services, car les catholiques des missions qu’il avait à desservir lui firent au bout d’un an cadeau d’un automobile pour lui donner plus de facilité dans l’exercice de son ministère au milieu d’eux.

C’était notre intention, en 1914, de lui faire visite, à notre retour de Régina, mais la déclaration de la guerre avait nécessité mon retour immédiat à Ottawa.

Après la session, dès mon retour à Bathurst, je commençai mes préparatifs pour le voyage, réglant avec les différents départements du gouvernement, les problèmes et les questions en suspens au sujet des soldats et d’autres intérêts 'du comté. De retour d’Ottawa, au mois de juillet, nous devions partir dès les derniers jours d’août.

Vers le même temps, notre chef, l’honorable MacKenzie King, devait commencer sa tournée célèbre dans les Provinces de l’Ouest, où il devait adresser la parole dans tous les districts, grands et petits.

La veille de notre 'départ, je reçus un télégramme de l’hon. M. King me demandant de vouloir bien rencontrer le lendemain M. Haydon à Saint- Jean, pour affaires importantes. Je remis aussitôt notre départ à quelques jours. Je savais qu’une élection partielle devait avoir lieu dans Saint- Jean, le 20 septembre, l’un des députés de la ville, l’hon. R. W. Wigmore, ayant accepté un portefeuille dans le gouvernement Meighen, en succession à l’hon. Frank Carvell, qui avait été nommé président de la Commission des chemins de fer, à la place 'de Sir Henry Drayton, nommé Ministre des Finances pour remplacer Sir Thomas White, qui s’était aussi retiré de la politique.

Il était bien admis que l’élection du nouveau ministre dans le gouvernement d’Union était certaine. Le parti libéral et l’hon. M. King le ressentait plus que tout autre. Mais il fallait de toute nécessité mettre un candidat libéral en nomination, afin de ne pas proclamer l’impuissance du parti libéral et de faire connaître aux électeurs de Saint-Jean et du Dominion les fautes de l’administration conservatrice et en même temps le programme libéral.

Je comprenais bien qu’une semblable demande avait été envoyée à mes collègues 'du Nouveau-Brunswick à la Chambre des Communes. Je me fis un devoir impérieux de me rendre à Saint-Jean, rencontrer M. Haydon, l’organisateur du parti libéral.

A mon grand étonnement, en arrivant à Saint-Jean, je trouve M. Haydon seul à l’hôtel, seul dans cette ville qui lui était entièrement étrangère. L’hon. W. E. Foster, premier ministre du Nouveau- Brunswick, était absent pour deux jours, et MM. Copp, Michaud et Léger avaient télégraphié qu’il leur était impossible de se rendre à Saint- Jean ce jour-là.

Heureusement que j’arrivais, car M. Haydon se trouvait dans une mauvaise impasse. Je me mis à l’ouvrage avec lui, je vis quelques-uns des plus sincères amis du parti qui vinrent nous rejoindre a 1 Hôtel Royal, et M. Haydon fut mis en moyen de trouver un candidat dans la personne du Dr Emery, qui avait été candidat avec le Dr Broderick à l’élection générale de 1917. Le soir, tard, je quittais M. Haydon avec le président de l’association libérale de Saint- Jean, M. Belyea, qui avait trouvé ce candidat, et qui aurait lui-même accepté la candidature si c’eut été nécessaire. Ce devoir étant accompli, et la situation politique à Saint- Jean étant bien établie, je me hâtai de retourner chez moi afin de nous mettre en route pour le Dakota. Le 2 septembre, nous partions pour Montréal pour choi-

sir la route la plus convenable. Nous prîmes le train du Grand-Tronc le matin à Montréal pour Toronto, Sarnia et Chicago, où nous passâmes une nuit et une journée, dans ce tumulte d’affaires incessant. De là, nous partions à cinq heures de l’après-midi pour le Dakota, traversant les Etats de l’Illinois et de Minnesota, pour arriver à quatre heures de l’après-midi, le lendemain, à Woonsocket où mon fils nous attendait pour nous conduire à l’instant à sa paroisse, dans la ville de Wessington Springs.

Une couple d’années avant notre arrivée, mon fils avait été nommé curé de Wessington Springs, une magnifique petite ville située à une vingtaine de milles de Woonsocket. C’est la ville d’un grand district de fermiers, située plus au sud. La gare du chemin de fer est entourée de sept ou huit élévateurs à grain et d’entrepôts pour l’expédition des bestiaux, qui se fait en immense quantité vers les villes de Minnéapolis et de Chicago pour la consommation des états •de l’Est. La population totale était d’une dizaine de milles, dont une centaine de familles catholiques et une cinquantaine d’autres demeurant à une distance de dix à douze milles. Il avait aussi à desservir une autre mission située à vingt milles composée surtout de Bohémiens et d’Autrichiens, tous fervents catholiques.

Nous avons passé environ trois semaines avec lui dans son presbytère, bien confortable et bien soigné. Mais ce qui me rendait heureux, c’était la sympathie et le dévouement de ses paroissiens, peu nombreux il est vrai, mais très fervents. Nous les rencontrions tous les jours et c’était toujours la même sympathie et la même admiration pour son dévouement et sa générosité dans l’exercice 'de son ministère. Il jouissait également du respect de la population protestante et les ministres des autres églises lui témoignaient tous beaucoup d’égards. Il les avait tous rencontrés durant la guerre alors qu’il avait beaucoup travaillé dans l’intérêt du peuple et avait adressé la parole ea plusieurs occasions. Il était chapelain des Chevaliers de Colomb du district.

Parmi ses amis intimes se trouvaient des hommes et des familles non-catholiques les plus distingués de la ville et des environs.

Nous le quittions dans les derniers jours de septembre emportant les meilleurs souvenirs et de grandes espérances pour l’avenir. La population catholique de ce district s’accrut promptement, et il devait rendre de grands services à la religion et à l’humanité. La veille de notre départ, un grand nombre de ses paroissiens vinrent nous présenter leurs souhaits et les proches voisins nous rencontrèrent à la gare du chemin de fer pour nous dire “ au-revoir* \

De Wessington Springs, nous devions nous rendre premièrement chez mon fils Alphonse, alors procureur-général de la Saskatchewan.

Page 1