A BATTLEFORD-NORD
Nous devions repartir sur les dix ou onze heures du matin pour Nord-Battleford où une réception suivie d’une danse nous attendait dans l’après-midi. Toujours le même enthousiasme à chaque endroit.
Le lendemain, en attendant l’assemblée, encore une visite dans ce district de fermiers distingués où la population est de près d’un tiers canadienne-française.
Mais ici le deuil devait pénétrer dans le coeur de tous, non-seulement des libéraux, mais de tous les citoyens du district et, pour bien dire, de toute la Saskatchewan. Le Sénateur Prince, un des plus distingués citoyens de l’Ouest, un homme qui avait accumulé une petite fortune dans le commerce des bestiaux, commerce qu’il avait conduit avec une stricte honnêteté, et même avec générosité, venait de mourir. M. Prince avait été appelé au Sénat par Sir Wilfrid Laurier peu de temps après l’établissement de la Province, et il s’était acquis l’estime et le respect de tous ceux qui l’avaient connu dans la Capitale. Nous
avions appris sa mort à Prince-Albert. Mon fils était un de ses plus proches amis, et il se trouvait dans l’impossibilité de se rendre à ses funérailles. Il me fit promettre de me rendre à sa demeure dire une prière à ses côtés et exprimer à la famille son regret de ne pouvoir se rendre à Battleford et assister à ses funérailles. Je me serais fait le même devoir pour moi-même dans tous les cas. Au premier moment libre dans la soirée, un bon ami nous offrit à moi et à Thon. M. King de nous conduire à sa demeure accomplir notre devoir envers cet, ami de grand mérite, et exprimer notre chagrin, et pour moi, en plus délivrer à la famille le message de sympathie de la part de mon fils.
Je fus heureux à cette occasion de rencontrer un bon jeune Acadien, jeune avocat dans cette province, dans le moment magistrat stipendiaire du district, position à laquelle il avait été nommé par mon fils le procureur-général. C’était M. T. Léger, fils de mon précieux ami, Auguste Léger, dans le temps député du comté de Kent, qui avait été élu à l’élection de 1917, et qui devait être réélu l’année suivante en décembre 1921, pour être ensuite, en 1923, appelé à un monde meilleur, comme je l’ai déjà relaté.
M. Léger était un des principaux membres, le secrétaire du comité libéral de la ville et était venu rencontrer le chef et sa suite à une distance assez considérable de Battleford, afin d’avoir le temps de faire connaître le programme de la réception par la ville. M. Léger jouit d’une grande popularité dans la province et de la sympathie publique. On parle souvent de lui, comme devant un jour prochain être élevé à un tribunal judiciaire de la province. Ce qui arrivera, je le crois, avant longtemps.
Cette assemblée ne devait pas être absolument de la même nature que les autres dans les plus grandes villes.
Battleford est une ville, je pourrais dire, d’accommodation pour les fermiers du district, un des plus riches de la province où l’on rencontre un grand nombre des pionniers, parmi lesquels un grand nombre de Canadiens-français, avec de grandes et nobles familles vraiment canadiennes de coeur, d’esprit et d’ambition: familles de vrais cultivateurs. C’était cette classe qui devait composer la grande majorité de l’assemblée de Nord-Battleford.
Cette assemblée était la dernière dans mon programme avec le Chef du parti libéral. De là, il devait retourner dans l’Est, se rendre directement à Winnipeg. Je devais, étant si proche, me rendre à Edmonton visiter mon fils Gray et sa famille, dans la capitale de l’Alberta, et visiter aussi la tombe de mon fils regretté Charles, décédé déjà depuis dix-huit mois.
Mon train pour Edmonton devait partir sur les dix heures du soir, et M. Haydon, organisateur, l’hon. M. Kennedy et M. Duff avaient arrangé les choses de manière à me donner ma liberté à temps.
Je devais alors adresser la parole à l’assemblée le premier, et me retirer ensuite pour me rendre à la gare du chemin de fer.
Connaissant le caractère de l’assemblée, je fis d’abord l’énoncé de mes principes économiques, la liberté du commerce, le libre-échange, autant que praticable dans les circonstances, et promettant que le parti libéral revenant au pouvoir, les fermiers de l’Ouest
252 UN TBIBUT A LA EACE ACADIENNE
pourraient compter sur une réduction de tarif sur leurs instruments aratoires et sur tous les articles nécessaires dans leur état de vie.
Je fis ensuite le meilleur éloge possible de notre nouveau chef, bien digne de succéder à Sir Wilfrid Laurier qui avait été son idole et qui devait, je leur assurai, suivre les traces de cet homme d’Etat et son programme économique en même temps. Au moment où j allais serrer la main à notre chef et lui faire mes adieux, Thon. M. King me mit la main sur l’épaule et avec des paroles certainement sorties du coeur, il me représente à l’assemblée comme un modèle de libéralisme, un ami aimé et respecté de Sir Wilfrid Laurier, qui à part bien des services rendus au parti libéral et au pays, avait donné deux fils aux Provinces de l’Ouest, deux fils qui avaient eu des carrières 'distinguées et prospères. Toutes ces paroles inattendues pour moi furent suivies des applaudissements les plus enthousiastes de 1 ’assemblée qui durèrent jusqu’à ma sortie de la salle.
Inutile de dire, que j’avais peine à revenir de ma surpi'ise au moment de mon départ. Aussi j’ai toujours conservé et je conserverai à jamais un vif respect pour le très hon. M. King dont la générosité à mon égard n’a jamais fait défaut.