‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 74 sur 158 · A EDMONTON · texte numérisé non relu

A EDMONTON

J’arrivai à Edmonton à huit heures du matin. Mon fils Gray était à la gare, m’attendant depuis quelques instants. Il me conduisit à l’hôtel MacDonald, oji je devais faire ma demeure pour le peu de temps que je devais passer dans la capitale de l’Alberta.

Sa famille était un peu dispersée. Sa demeure avec sa femme et ses petits garçons, Onésiphore et Gabriel, était loin du centre des affaires et ses deux petites filles Yivienne et Isabelle étaient au couvent des religieuses de la Congrégation Notre-Dame dans la partie de la ville appelée Stadacona. Sa femme et les deux petits garçons vinrent me rencontrer pour le dîner et l’après-midi, nous allions voir les deux petites filles au couvent. Il ne m’appartient pas de faire les éloges des miens, mais je ne puis m’empêcher de dire que au point de vue de la bonté, de l’amour filial, il est difficile de rencontrer mieux que ces deux petits frères et ces deux petites soeurs.

Dans le même voyage, nous nous rendîmes à la tombe de mon fils Charles, un des principaux objets de ma visite à Edmonton, aussi bien qu’à ceux qui vivaient encore.

Revenant à la ville, j’eus le plaisir de rencontrer l’hon. M. Lessard qui nous avait témoigné tant d’estime de toute manière à notre visite en 1914, l’hon. M. Gariépy, alors ministre dans le gouvernement libéral de l’hon. M. Stewart, l’hon. M. Côté, également membre du gouvernement, M. Boudreau, député à la législature depuis 1905 avec MM. Lessard et Côté.

Dans la soirée, je rencontrai aussi nombre d’autres amis et anciennes connaissances de l’Alberta. Ce me fut un plaisir de rencontrer l’hon. Frank Oliver, mon collègue aux Communes de 1900 à 1917,

Ministre de l’Intérieur dans l’administration de Sir Wilfrid Laurier, auquel il resta fidèle jusqu’au dernier jour. Les offres de portefeuilles des Unionistes ne firent aucune impression sur lui. Il avait été défait en 1917 comme bien d’autres pour les mêmes raisons. Ses troubles et ses défaites ne faisaient qu’aiguiser son esprit de libéralisme et son admiration pour le vieux chef disparu.

Je rencontrai aussi M. H. A. Mackie, député conservateur d’Edmonton-est de même que le général W. A. Griesbach, député d’Edmonton-ouest, qui avait battu l’hon. M. Oliver à l’élection de 1917, alors qu’il était sur les champs de batailles, candidat des soldats.

Je ne pouvais passer que trois jours à ma visite, inquiet que j’étais de ma femme qui n’avait pas osé entreprendre ce dernier voyage et que j ’avais laissée encore fatiguée de notre excursion précédente. Il me restait encore à visiter la congrégation des Jésuites qui avaient été les amis paternels de mon jeune fils. C’était dans la grande salle de leur collège qu’il avait prononcé son dernier discours, six jours avant sa mort, discours qui avait été si goûté et apprécié de tous et surtout, je pourrais dire, des plus érudits et des plus patriotes.

Le lendemain matin, dimanche, jour de la Toussaint, nous nous rendions, mon fils et ses deux petits garçons à la grand 'messe et en entrant je fus présenté à un grand nombre de citoyens, surtout Canadiens-français et quelques Anglais catholiques parmi lesquels l’hon. Juge Beck de la Cour Suprême de l’Alberta.

Mais mes bons amis d’Edmonton, les Lessard, les Côté, les Boudreau et quelques autres m’avaient préparé une surprise.

Le vénéré curé de la ville avait annoncé aux paroissiens la nomination de Mgr Henry O’Leary, Evêque de Charlottetown, au poste d’archevêque d’Edmonton et des diocèses catholiques de la province de l’Alberta.

J’avais déjà été informé 'de cette nomination et elle ne me causa aucune surprise. Nous nous y attendions. Mais après avoir fait cette annonce, Monsieur le Curé en fit une autre. Il annonça que, à trois heures de l’après-midi, il y aurait une assemblée publique des Chevaliers de Colomb Canadiens-Français, qui devaient donner une réception en l’honneur de M. Onésiphore Turgeon, député français du Nouveau- Brunswick depuis de longues années, et tous les Canadiens-français étaient invités à se joindre aux membres de l’association dans leur témoignage de respect et de considération pour ce vétéran du Parlement. Inutile d’essayer de décrire mon étonnement. Je ne pouvais m’expliquer comment une telle entreprise avait pu être décidée et organisée. L’affaire avait été réglée le soir et les amis avaient prévenu mon fils de ne m’en donner aucune connaissance.

Afin de sauver du temps, mon fils avait amené sa femme et ses enfants prendre le dîner tous ensemble dans ma chambre privée à l’hôtel et il avait aussi amené Mlle Lillian Robinson, qui avait été l’assistante de mon défunt fils Charles dans le Ministère du Procureur- Général de l’Alberta pendant deux années et qui avait conservé de lui et conserve encore aujourd’hui le souvenir le plus cher et le plus religieux.

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