LE TRANSPORT PAR LES GRANDS LACS
Le 8 mars, M. Keefer, député de Kenora-Rainy River, proposa un projet de résolution ainsi conçu :
“La Chambre est d’avis qu’il y a lieu de nommer un comité pour s’enquérir des avantages qui pourraient découler de l’établissement
dans le fleuve Saint-Laurent d’une voie navigable de grand fonds pour le transport depuis les grands lacs jusqu’à la mer, en tenant compte tout particulièrement des avantages qui devront résulter de l’amélioration de la navigation et de l’utilisation des forces hydrauliques du Saint-Laurent, et d’autoriser ledit comité de tenir des séances à Ottawa et ailleurs durant l’intercession du Parlement, à envoyer quérir personnes, documents, papiers sous serment et à faire rapport de temps à autre à la Chambre.”
M. Keefer prétendait que le creusement du fleuve Saint-Laurent était certainement au nombre des plus grands problèmes économiques de l’heure présente.
Il dit que cinq des Etats-Unis du Nord-Ouest ont déjà souscrit une somme de $10,000 chacun pour faire des enquêtes sur la particularité de l’usage des Grands Lacs et des canaux pour le transport vers l’océan.
C’est une question qui a été étudiée et discutée depuis plusieurs années. C’est l’exécution d’un projet demandé, il est vrai par des centaines de fermiers des Etats de l’Ouest, et réclamé par d’autres Etats situés sur les Lacs, pour l’emploi des pouvoirs électriques que les eaux de ces grands lacs peuvent produire.
La dernière ambition est bien celle qui devrait être au premier abord repoussée de la population canadienne, car le Canada ne pourrait suffire à l’exploitation américaine qui engloutirait l’exploitation canadienne.
f Quant a la navigation par les grands lacs, j’ai toujours réclamé qu elle était impraticable, que les grands vaisseaux d’outre-mer ne pourraient pas se servir d’une telle route avec avantage, car la navigation serait trop lente entre Port-Arthur et Montréal, pour des bâtiments d’une telle dépense.
J’ai toujours prétendu que le système serait trop dispendieux poulie tiansport du giain et autres produits. Nous avons eu dernièrement la déclaration de la Compagnie du Pacifique-Canadien, par la bouche de son piesident, M. Beatty, qu elle ne pourrait pas y amener ses bâtiments d’outre-mer.
Cette déclaration seule devra suffire, je l’espère, pour déterminer tout gouvernement canadien à refuser une telle proposition. Nous ajouterons deux à trois cents millions de dollars à notre dette publique quand nous pouvons à peine rencontrer les intérêts d’une dette de guerre inévitable. La chose serait assez facile pour les Etats-Unis avec leur immense population et leurs richesses immenses et ils finiraient par contrôler tout le Canada.
De plus il est bien certain que ces gros bâtiments de mer ne pourraient pas transporter le grain de Port-Arthur à Montréal, à meilleur marche que les bâtiments construits spécialement pour ce transport.
Aucune nouvelle voie de transport ne peut être plus avantageuse aux fermiers de l’Ouest que la voie du Transcontinental à Québec, en ete. Je 1 ai déjà démontré plusieurs fois. Il serait inutile de le répéter.
On donne comme argument: Avec cette voie du fleuve, on exporterait le charbon de Sydney à Toronto. En réponse à cette suggestion, je dis qu 'aujourd’hui ce n’est pas le charbon bitumineux qu’il faut à
Toronto, mais plutôt le “coke” retiré du charbon. C’est ce que l’on cherchera dorénavant et nous pourrons transporter le charbon à Montréal et à Ottawa par eau et y établir des usines pour la réduction du charbon bitumineux à l’état de “coke”, lequel peut être facilement transporté à Toronto.
J’espère que nos gouvernements les uns après les autres auront assez de sagesse pour ne pas exposer le Canada aux conséquences si douteuse d’une telle entreprise d’ici à de longues années. Le fleuve Saint-Laurent est le plus précieux héritage que la Providence nous a donné, et nous devons le conserver pour le Canada.