LA COMMISSION DU SERVICE CIVIL
J’avais à plusieurs occasions donné mes vues au sujet de la commission du service civil du Canada.
Si cette commission avait été laissée dans la limite des fonctions qui lui furent attribuées, lors de son établissement par le parti libéral, sous la direction de l’hon. Sydney Fisher, la confiance dans cette institution n’aurait pas été perdue comme elle l’a été par la suite.
Cette commission fut établie pour le service intérieur où certaines qualifications sont nécessaires. On devait s’assurer d’avance de ces qualifications et du mérite nécessaire des employés du service
Quand le parti libéral était dans l’opposition, plusieurs députés de ce parti s’étaient plaints du fonctionnement de cette commission.
En 1918, les fonctions de la commission du service civil furent étendues au service extérieur.
C’était à cette extension que je m’étais opposé de tout temps.
Le 16 juin, comme la Chambre votait les crédits du service civil, il vint bientôt un montant de $307,630 pour les salaires des employés du service civil et les dépenses casuelles.
M. Chevrier, député libéral d’Ottawa, l’homme certainement le plus intéressé à cette commission et qui avait étudié ce problème sur toutes ses faces, se leva à l’instant et fit ressortir les défauts de même que les qualités et les avantages d’un tel corps, et suggéra plus d’un amendement nécessaire pour son bon fonctionnement. Peu d’hommes au Canada sont aussi au fait de la situation sur l’administration du service civil que M. Chevrier. Pendant quelque temps j ’ai cru, et plusieurs avec moi, que M. Chevrier serait appelé à faire partie de cette commission, mais au moment où j’écris il vient d’être réélu député de la capitale avec M. Gordon C. Edwards, neveu de feu le Sénateur Edwards.
Pour ma part, je me plaignais de l’extension des pouvoirs donnés à cette commission ou de son contrôle du service extérieur. Je n’étais pas le seul à m’en plaindre. L’hon. Charles Marcil, député de Bonaventure, P. Q., se déclarait aussi fortement que moi opposé à cette commission, qui n’était responsable ni au peuple, ni au Parlement.
Je ne pouvais laisser passer cette occasion, la première depuis que nous étions au pouvoir, sans exprimer ma désapprobation de voir le service extérieur sous le contrôle de cette commission. Autrement, on aurait pu croire que dans l’opposition je ne tenais qu’à faire de la critique.
Je démontrai d’abord que depuis 1918, alors que la répartition des emplois avait été entièrement confiée à la commission du service civil, les frais de l’administration du service avaient augmenté d’une manière formidable. Jusque-là, les nominations dans le service extérieur ne coûtaient absolument rien à l’Etat.
J’insistai à démontrer la responsabilité pour le député qui doit recommander quelqu’un pour un emploi dans le service public. Pendant bien des années je m’étais trouvé le dispensateur des faveurs ministérielles dans mon comté, et à chaque élection j’avais toujours obtenu de plus fortes majorités. Si je m’étais trompé ou si j’avais recommandé des personnes inhabiles et malhonnêtes, j’aurais essuyé un revers à l’élection suivante. Je l’admettais et je déclarai: “C’est une rude tâche que d’avoir à distribuer des faveurs politiques dans sa circonscription. Un député doit être constamment sur ses gardes. Lorsqu’un emploi devient vacant, il lui faut être sûr de choisir un homme habile et compétent. Cependant celui qui est dans la vie publique doit être prêt à consacrer tous ses efforts au service de son comté et de sa patrie. S’il ne veut pas consentir à assumer cette obligation, qu’il reste chez lui.
Au point de vue de l’économie, je pouvais dire que, lorsqu’un receveur de la poste meurt, ou qu’il renonce à son emploi, il faut deux
ou trois mois à la commission pour lui donner un remplaçant, et cela coûte de deux à trois cents dollars. !Sous l’ancien régime, pendant les quinze années que j ’ai été dispensateur des faveurs dans mon comté, il me suffisait d’écrire une lettre au directeur-général des postes, ou au ministre du département intéressé, et la nomination avait lieu sans qu’il en coûte un sou à l’Etat. Pendant les quatre dernières années, il a fallu dépenser des milliers de dollars pour nommer des gens qui n’ont aucun droit à ces emplois, et je puis dire de plusieurs de' ces titulaires qu’ils ne sont pas les plus compétents. Pendant les premières années de la commission, je fis des recommandations et je désignai des personnes qui, je le savais, avaient les aptitudes voulues, mais pas une seule de celles que le député de Gloucester avait recommandée n’a été nommée.
Ceux qui sont appelés à des emplois dans le service extérieur doivent être utiles et jouir d’une bonne réputation. Prenons le cas des employés du service des pêcheries. Tous les commissaires ou les garde-pêche occupent dans leur district un emploi judiciaire. Ils ont le droit d’imposer des amendes et doivent être des hommes d’une sincérité et d’une honnêteté inattaquables. Cependant, comment la commission peut-elle savoir quelles seront leurs qualités à cet égard?
La commission avait tout dernièrement déclaré qu’il serait bon que les nominations à des emplois dont la rémunération était inférieure à $200 fussent recommandées par le député de la circonscription. La commission n’a probablement pas eu cette intention, mais je considère que c’est là la plus grande insulte qu’elle pouvait faire aux représentants du peuple au Parlement. C’est une insulte que de dire à un député qu’il n’a pas la sagesse nécessaire pour faire des nominations lorsque les appointements dépassent $200.00. Voyant l’ex-ministre de l’Agriculture à son siège, je lui dis que c’était une insulte pour lui-même et pour les députés de la gauche tout autant que pour moi. Si je suis incapable de proposer quelqu’un à un emploi de $1,000 et plus, je refuse d’en nommer à un emploi de $200.
Les progressistes et autres à gauche de l’Orateur disent: “Supprimons le favoritisme.” C’est bien, mais je leur prédis qu’avant dix ans ils pourront s’apercevoir que le service public a été avili dans les provinces des prairies, parce qu’aucune responsabilité n’incombe au membre du Parlement, et que, avant ce temps-là, il en aura coûté des millions de dollars au pays.
Après l’élection de 1911, la plupart des fonctionnaires libéraux ont été mis de côté et remplacés par des partisans conservateurs. Des milliers d’employés ont été destitués et remplacés, et tout ce service vient d’être nommé permanent sous la protection du service civil. Nous verrons plus tard si le pays a gagné ou perdu par ce geste du gouvernement conservateur.
Je reviendrai sur ce sujet plus tard, alors que d’autres développements donneront lieu à d’autres appréciations et fourniront de nouvelles suggestions dans l’intérêt public.