‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 94 sur 158 · DE RETOUR CHEZ MOI · texte numérisé non relu

DE RETOUR CHEZ MOI

Enfin nous arrivons à la maison, “Chez nous”. C’est bien toujours chez soi où l’on est le plus heureux.

J’avais bien des choses à mettre en marche et du travail pour tous les jours de la semaine, et cela pour longtemps.

Comme dans l’ancien temps, de nouveau au pouvoir, je devais faire face à beaucoup de demandes de toutes sortes. Mon bureau se remplissait de visiteurs du matin au soir, et si je ne pouvais répondre à toutes les demandes, surtout sur les questions de chemins de fer,

j avais réussi à obtenir des montants considérables pour des travaux publics, surtout pour des réparations à mes quais et brise-lames d’autrefois, qui avaient été complètement négligés durant les dix années du régime conservateur. Pour chaque quai et chaque brise-lame j’avais un montant de $3,000 à $10,000. D’abord j’avais une drague qui travaillait à Bathurst depuis le printemps, à enlever le sable accumulé dans certains endroits du chenal.

En même temps, un nouveau développement dans l’industrie de la pêche venait de se faire à Shippigan. C’était un immense accroissement de la pêche au maquereau. La compagnie A. & R. Loggie, la plus grande compagnie et la plus puissante dans le commerce du poisson de la province, avait construit un réfrigérateur chimique sur la partie intérieure du quai public, d une capacité d’environ un million de livres, et préparé des seines à maquereau pour une cinquantaine de bateaux de pêche, qui devaient partir tous les soirs et revenir tous les matins avec un chargement de ce bon poisson.

Avec un tel accroissement de commerce, le quai public ne pouvait plus suffire à tout ce trafic. Alors sur certaines représentations, j’obtins du Ministre des Travaux publics, l’hon. J. H. Iving, qu’on envoie cette drague de Bathurst a Shippigan enlever tout le sable accumulé autour du quai et creuser jusqu à la côte, ce qui donnait une accommodation suffisante et spéciale, pour bien dire, pour cette nouvelle flotte.

La drague rendit le même service au quai de la compagnie W. S. Loggie et le quai public restait libre pour tout autre trafic.

Cette nouvelle pêche à maquereau a toujours augmenté d’année en année ; les autres commerçants de poisson ajoutant aussi à leurs anciennes petites flottes, Shippigan est aujourd’hui un des plus beaux centres de pêche des Provinces Maritimes.

Après ces services finis, la drague retourna à Bathurst où elle travailla jusqu’à la fin de la saison de navigation; elle fut mise en hivernement dans le havre pour continuer les travaux le printemps suivant.

Il me fallait en même temps voir aux réparations des quais et des phares sur toute la côte de Gloucester.

J’avais obtenu un montant de $10,000 pour des réparations au quai de Petit-Rocher.

La paroisse de Petit-Rocher, dans le moment, était à subir sa plus grande dépression depuis la guerre et un grand nombre de soldats de retour, avec leurs familles, étaient réellement dans le besoin, plusieurs même dans la misère. Ayant ce montant d’argent à leur disposition, c’était bien le moment de le faire servir, dans l’espérance que l’hiver suivant, le commerce du bois pourrait reprendre son cours ordinaire et suffire aux besoins de la population alors dans un extrême besoin.

Je demandai au Ministre des Travaux Publics de faire commencer ces travaux sans tarder, sous la direction des ingénieurs et d’obtenir la pierre et le bois nécessaires, afin 'de venir en aide à la population en souffrance, ce qui fut fait immédiatement. Les ingénieurs arrivèrent, des prix furent fixés pour la pierre et le bois. Ce fut une vraie manne

bienfaisante tombée dans le bon moment. Toutes les familles gagnèrent un peu et ce fut un grand soulagement pour elles.

Dans les autres centres du comté où les gens sont employés à la pêche, les besoins étaient généralement moins pressants, il est vrai, mais il y avait beaucoup de monde en détresse aussi.

Je rencontrai de nouveau mes électeurs, en visitant ces nombreux endroits où des travaux de réparations devaient se faire.

J’étais bien habitué à leurs cordiales réceptions, à leur reconnaissance et à leurs bons souhaits, mais cette année-là tout était doublé et parfois l’expression de leur reconnaissance était mêlée de regret : "Mais nous allons vous perdre après tout cela”.

Je leur expliquais que si toutefois j’étais appelé au Sénat, je serais encore capable de surveiller leurs intérêts, que c’était la seule position que j’accepterais parce qu’elle me conserverait mon influen ce auprès du gouvernement et je pourrais aider à mon successeur, quel qu’il fût. Alors, nos bons pêcheurs reprenaient courage.

Parfois, je leur disais: "Ma nomination n’est pas encore faife, et il pourrait bien arriver que je n’irais pas au Sénat.” Alors, ou me répondait: "Mais, après tout, la différence ne sera pas bien grande, car si vous n’êtes pas appelé au Sénat, nous vous élirons le reste de vos jours.”

Inutile de dire que de telles expressions de sympathie mettaient dans mon âme des sentiments d’attachement qui augmentaient pour mon siège aux Communes.

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