I. Cf. ma Grande mystique
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■et fervent. La lectmre '(piotidiemi-e de la règle xie sakit Eenoît, des aaniales de l'Ordre, des biographies des abbés -et des abbesses qui,, jusqu'à la Révolution, jouèrent un grand rôle ou appartinrent aux plus grandes familles, l'influence du monastère de Sainte-Cécile, où régnaient les idées les plus aristocratiques, tout cela donnait à la communauté de Solesmes qui^ pourtant, n'avait eu aucun lien avec les anciennes congrégations bénédictines d'avant la Révolution, comme un reflet du prétendu patriciat de saint Benoît et de la gloire de son Ordre. On y déformait peut-être moins les postulants qu'ailleurs et, surtout, on ne les y avilissait pas. Un prêtre de mes amis m'a conté que chez les rédemptoristes, où l'avait égaré la recbercbe de l'idéal, une des punitions ou des épreuves le plus souvent infligées à un novice était de le faire promener dans le jardin ou dans la cour^ coiffé ée son vase de nuit. Dans certaines maisons de Jfeuites, l'efficace de cet ustensUe est également appréciée. Ailleurs les novices sont grossièrement injuriés; on leur cracbe au visage (1); on leur marche sur le corps. Comme tous les sujets subissent ces épreuves, ils n'y voient de déshon-
I. Voir ma vie du Père Hyacinthe, cbapitre III. — Un prêtre de mes amis, novice -chez les domiiiicains do Corbara, en fut coDgédié pour avoir refusé de cracher à la figure d'un autre novice.
neur pour personne. Pour la plupart des supérieurs qui les ordonnent, ce sont de pures comédies aux fins d'apprendre mie bonne contenance dans des occasions désagréables et surtout de briser le caractère. Ceux qui acceptent ces ignominies ont toute honte bue; ils trahiront sans vergogne le confrère qu'ils auront foulé aux pieds et couvert de crachats ; ils seront les effrontés prédicateurs de tous les mensonges, les janissaires aptes à toutes les besognes.
A Solesmes, on ne nous proposait pas non plus comme modèles les saints trop excentriques. La saleté d'un Benoît Labre n'est pas imitable en communauté : elle mortifierait moins l'ascète lui-même que ses voisins. On n'exaltait pas non plus les pénitences dégoûtiantes, dans le genre du père Jean du Sacré-Cœur, saint homme qui buvait le liquide de son vase de nuit et se faisait des pastilles avec le solide. Son premier hagiographe, l'abbé Timon-David (1), grand ami des bénédictins, prit conseil de dom Couturier pour savoir s'il devait raconter toute la vérité sur ce sujet. Le père abbé l'en dissuada. Ce fut quand il narrait cette consultation que je l'entendis critiquer ces aberrations.
Il était trop délicat pour les approuver, mais,
1. La vie du serviteur de Dieu, Louis Maalbon d'Arbaamont, en religion le /î. P. Jean du Sacré-Cœur^ directeur des religieuses Victimes du Sacré-Cœur de Jésus (Marseille, 1887, Ju-80).
je me permets, comme historien, de le blâmer d'en avoir fait omettre le récit. Nous n'aurons Jamais trop de traits authentiques pour étudier les mystiques. Si Dieu permet que, parmi eux,, il y ait des « scatophages » (1), pourquoi n'aurait-on pas le droit de le dire?
Les beaux dehors du noviciat de Solesmes ne faisaient d'ailleurs que le rendre plus redoutable, c'est-à-dire plus propre à capter les jeunes gens. On leur cachait les faits, les simples faits qui auraient pu les éclairer. Deux semaines après mon arrivée, Je vis s'en aller un Jeune novice, dont l'oraison continue nous était proposée comme modèle et faisait notre admiration. On nous dit simplement que des affaires de famille l'avaient forcé de retourner chez lui. J'entendis aussi parler d'un Jeune père qui, peu de mois avant mon arrivée, était tombé "malade le Jour même de sa profession et qu'oa avait dû envoyer se soigner dans sa famille. Ce ne fut que plusieurs années plus tard que J'appris la vérité sur ces deux malheureux : ils étaient devenus fous. L'un vécut dans une maison d'aliénés; l'autre se pendit. Ces cas étaient
I . Un écrivain catholique, le vicomte Maxime de Montmorand, dans son livre, Psychologie des Mystiques catholiques orthodoxes, p. 77, assure que « les ascètes chrétiens sont presquetous des scatophages ».
d'autant plus intéressants pour juger' la spiritualité alors en vogue au noviciat que la mère abbesse les avait jugés tous los deux «très éle^ vés dans les voies mystiques».
Je ne soupçonnais pas que- la mysticité du noviciat pût aboutir à de tels résultats. Cependant elle ne m© plaisait pas complètement.
D'autre part, l'ultramontanisme de la congrégation me semblait également exagéré. Elle était plus catholique que le pape, et c'est pourquoi, en 1885, le cardinal Pitra avait osé faire puHïquement la leçon à Léon XÏII. Pour îes ques'tions relatives à la théologie, que je ne cannais^ sais pas, je ne pouvais formuler d'objections contre ce que j'entendais soutenir; mais, sur nombre de questions d'Mstoîre ecclésiastique, nous avions, au noviciat, assez de livres à notre disposition pour que je pusse me rendre compte de la valeur de mainte appréciation. On felsaît le plus grand cas des prétendues révélations de Marie d'Agréda et de Catherme Emmericb:; on s'en servait pour compléter les évangiles. Lesdiscordances évangéliques m'échappaient encore; je remarquais du moins celles des deux visionnaires. On attribuait certaines œuvres mystiques à « saint Denys l'Aréopagite, premier évêque de Pkris », mais ni l'authenticité de ces livres, ni l'identité de leur auteur ne me semblaient défeaar dables. J'exposai mes inquiétudes à dom Fro-
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mSLgQ. Il- ïïie répondit avec wb sourire de pitié : « On peut douter de tout ce qu'on veut » Cette parole ne me rassura pas-. Si on pouvait douter de tout, est-ce qu'on ne ne pourrait pas également croire tout ce qu'on voudrait? Un jour, j'entendis le père abbé, en qui j'avais grande eo^nfiance, traiter de <c faussaire» le cardinal de Bérulle, — dans sa conduite avec les carmélites, — et soutenir que, comme tel, il était excommunié. J'eus beau étudier la question, je ne pus me convaincre que ce prélat eût sciemment falsifié une bulle pontificale (1). Aussi restai-je souvent sceptique devant certaines affirmations et froid devant certaines manifestations. 11 m'apparut qu'on se passionnait pour de simples opinions et qu'on transformait en affaires capitales des questions subsidiaires. Quelques propos sur la manière d'écrire l'histoire m'inquiétaient. J'étais vraiment d'un tempérament trop raisonnable ou trop rationaliste pour m'accommoder d'un tel milieu. Le bon père abbé me l'avait dit avec une profonde justesse : «Vous êtes encore avec nous, sur quelques points, comme un étranger (2).» Avec l'étude, la différence qui nous
I . Rabaisser le cardinal de Bérulle était d'ailleurs une tradition héritée de dom Guéranger. Cf. Bernier^ Notes partica- Uères sur la polémique du R. P. abbé de Solesmes, relatives aux Jésuites et aux jansénistes (Angers, i858), p. 65-67.
a. Voir ci-dessus p. 70.
séparait ne pouvait que grandir. Elle devait devenir un abîme (1).
I. On trouve dans mes Dom Coulurier, Lettre à dom Chamardy. Notes sur les projes de Vabbaye de Solesrnes, Une grande mystique, d'autres souvenirs sur mon noviciat. Je n'ai pas tout dit^ Ce ■erait un de mes désirs de mettre en œuvre le reste de mes observations avec le fatras des notes que j'ai recueillies sur l'histoire de la congrégation de Solesmes. Mais, ici, je ne crois pasdevoir eu écrire davantage . Sat prata biberant .