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tion et je me laissai si bien prendre aux insinuants sophismes de sa Grammaire de V Assentiment, que je ne me rendis pas compte, sur le moment, de la force de la leçon qu'il m'avait donnée. Je ne rem^quai pas non plus ce que contenaient de dissolvant certaines pages de cette Grammaire, Elles me restèrent néanmoins dans l'esprit et, par la nature plus sentimentale qu'elles donnèrent à mon catholicisme, elles amortirent les chocs douloureux qae devaient produire plus tard en moi le développement de la critique, et la lente prise de possession de ces sciences historiques où j'étais censé maître, puisque l'ironie du sort m'avait fait professeur d'histoire. A partir de 1896, je fus un disciple, peut-être hérétique, de Newman, mais je le fus en toute sécurité et toute candeur. Le pape n'avait-il pas récompensé ses travaux par la pourpre romaine? Ses théories me semblaient également inspirer une revue fondée au commencement de cette année-là même, à laquelle je m'étais abonné immédiatement, sur le conseil de dom Cabrol, et que je lisais avec ferveur, la Revue d'histoire et de littérature religieuses. Des professeurs d'universités catholiques, qu'on disait très savants, comme l'abbé Duchesne et l'abbé Lejay (plus tard membres de l'Institut), des religieux qu'on quahfiait d'éminents, comme le Père Baudrillart et le Père Griselle, y écrivaient.
Provincial naïf, j'étais loin do me douter que les trois prêtres qui l'avaient fondée (1) n'avaient plus la foi catholique et chrétienne.
La rentrée scolaire de 1897 me fournit un spectacle piquant : celui du singulier attelage ecclésiastique qu'on appelle une coadjutorerie. La santé de M. Ledoyen était si affaiblie qu'il ne pouvait plus diriger son collège. Il le sentait lui-même et ne cessait de se lamenter. L'évêque, 1© bon Mgr Baron (qui avait remplacé le volage Mathieu), au lieu de le traiter comme lai-même eût traité tous ses professeurs, c'est-à-dire de le mettre à la retraite, lui donna pour auxiliaire le professeur de rhétorique, M. Jean-Baptiste Goupil. Or, M, Ledoyen paraissait craindre de l'avoir pour successeur et le jugeait peu apte à cette charge. Il lui aurait préféré l'un de ses amis, l'abbé Charles Marchand. Il n'y ©ut point de petites roueries, de petits moyens qu'il n'employât pour montrer à celui qu'on appelait « M. le Directeur» qu'il était toujours le professeur de rhétorique ©t que son nouveau titre n'impliquait aucun droit pour l'avenir. Quant à M. Goupil, il était trop spirituel et trop loyal pour ne pas se
I. MM. Loisy, Lejay et Margival. — Sur Lejay, mort en 1920, membre de l'Institut, cf. notice dans la Revue archéologique (par M. Salomon Reinach) et le Larousse mensuel illustré de igt^o. — Margival, agrégé de l'Université, et vicaire à Saint-Honoré d'Eylau, sortit de l'Eglisevers 1896 et]mourut en xgi^.
comporter toujours, correctement. La succession ne se fit d'ailleurs pas attendre. M.- Ledoyen mourut au mois d'avril 1898.
Le nouveau supérieur avait été l'un des plus brillants élèves du. collège (1). Il tint constamment la tête de son cours. C'est à ce cours qu'appartient l'académicien René Bazin, qui, après y avoir débuté modestement, finit, grâce à un labeur constant, par en sortir troisième. — Reçu licencié ès-lettres, M. Goupil revint au collège professer la rhétorique. Il fut mon maître en cette classe et il a contribué pour sa bonne part à m'inculquer l'amour des idées claires. Son goût très pur me préserva de tomber dans le romantisme qui séduisait ma jeunesse. Les sarcasmes dont il poursuivait impitoyablement ce qu'il appelait le galimatias, simple, double ou triple, me sont restés dans la mémoire, et ils se sont souvent réveillés en face de toutes sortes de mauvaises poésies, — poésie ordinaire ou métaphysique, théologie ou mystique. Lorsque je le retrouvai comme collègue, je ne tardai pas à me lier avec lui, bien qu'il fût un homme de petits groupes fermés. La délicatesse de sa nature et l'étendue d© sa culture avaient fait de lui un «catholique libéral».
I. On peut lire avec profit son bel Eloge funèbre par M. l'abbé J.-M. Delahaye (Angers, société anonyme des éditions de l'Ouest, igaS). ,
LE PROFESSEUR d'hISTOIRE 171
L©s grandes questions historiques et bibliques le passionnèrent, mais il sentit promptenient combien dangereuses pour la foi sont ces sortes d'études. Il essayait de se délasser et de s'étourdir, soit dans des taquineries gamines envers un de nos collègues, M. Préaubert, singulier mélange de finesse et de bonté, soit dans d'interminables parties de cartes. A certains jours, il racontait l'infortune d'un de ses anciens condisciples, Chabert, médecin à Seicbes, qui n'avait pas apprécié le whist ou le brelan. Pendant que ses camarades se récréaient dans le jeu et autres plaisirs, l'étudiant Chabert, qui allait encore à la messe tous les dimanches, se délassait en lisant les grands écrivains de France. Après avoir achevé méthodiquement ceux du xvii^ siècle, il attaqua ceux du xvin^... Montesquieu, Rousseau, Voltaire. Il y perdit la foi. M. Goupil racontait tout cela sérieusement comme une grande preuve du danger des lectures et de la supériorité des cartes. Il avait volontairement limité sa curiosité. Bien qu'il fût professeur de rhétorique presque depuis vingt ans et qu'il eût, chaque année, a parler des Lettres persanes, il ne les avait jamais lues. Il les appréciait avec les jugements des critiques à la mode (1), surtout ceux d'Emile Faguet.