I. Voir ci-dessus chapitre TIII, p
21 f> MON EXPÉRIENCE
'■■ Si, en toute sincérité, je pouvais me croire encore catholique, il y avait cependant nombre de points sur lesquels je me sentais en désaccord avec l'enseignement officiel, comme l'institution directe de la confession auriculaire pax Jésus- Christ et la valeur historique de nombreux récits de l'Ancien Testaments Ce désaccord m'embarrassait grandement. Il me semblait immoral d'enseigner des choses que je ne croyais plus, de présenter la foi en Dieu et l'amoar de la vertu comme solidaires des légendes bibliques. Il m'était impossible de m'exprimer sur plusieurs questions sans déchaîner contre moi, et même contre mon supérieur, de vives protestations.
D'autre part, si je tenais bon pour l'essentiel des doctrines catholiques, l'opposition qu'on témoignait à ma dissertation sur la légende de saint René et même à ma thèse sur l'apostolicité opérait lentement dans mon esprit.' L'étude que j'avais entreprise sur les légendes de l'apostolicité et les notices des martyrologes m'avait prouvé qu'elles sont, en majorité, des faux consciemment et impudemment perpétrés par des personnages ecclésiastiques. Comme la légende de saint René repose sur une falsification littéraire, je commençai à collectionner les faux commis par les ecclésiastiques, les faux miracles, les fausses prophéties, les supercheries pieuses, les imposture dévotes.»^ De tout cela, je recueillis rapide-
ment une impressionnante moisson. * L'hostilité que je constatais dans l'Eglise, depuis le xviie siècle, contre les érudits qui ont voulu, dire la vérité n'était pas non plus pour me rassurer sur l'ensemble du système. Enfin, pendant que je méditais sur les faux religieux, j'entendais justement parler de faux patriotiques avec une indulgence ou même une complaisance fâcheuses, — à propos du procès d'Alfred Dreyfus...
L'Eglise contemporaine m'apparaissait comme une caste, indifférente à la vérité et à la justice, mettant toute sa confiance dans l'alliance des vieux partis politiques, bien que nombre de laurs représentants (même en Anjou) ne se souciassent guère de ses enseignements. L'histoire me montrait que l'Eglise du passé ne différait guère <le l'Eglise contemporaine.
D'autres observations me donnaient encore à penser.
Je disais la messe dans deux communautés de femmes, certainement ferventes. J'y constatais des efforts d'auto et d'hétéro-suggestion, des coteries et des intrigues qui complétaient encore mes expériences de Solesmes.
Des conversations avec des prêtres distingués élargissaient mes horizons. Les plus impressionnantes, — déjà un peu antérieures à cette époque, il est vrai, — furent celles d'un jésuite archéologue, le Père Camille de La Croix. Je
le vis plusi^uES fois à l'abbaye de Saint-Manr, où il faisait -des fo^iiilles. Il passait les jo<urnées. •dans ses tranchées, habillé d'une grande blouse^ cham««é d=e hoètes jmon.iimen.tales., la barbe laérissée, et, de haut en bas, «alB comme un paysan russe. Les propos .q:u'il tenait étaient ceux d'un fanatique, possédé 4'un^ haine folle contre Léon XIII, les ralliés à la République, les historiens critiques et tous ceux qai ne prodiguaient pas à ses thèses archéologiques les marques d'une admiration sans réserve. Lorsqu'il avait bu plus quse de raison, ce qni lui arrivait de temps en temps, il éclatait en récits^ extravagants et terribles qui découvraient des abîmes d'oppression et de délation chez les jésuites, et qui traliissaient en lui-même, — qu'on aurait Jugé si fermement imbu des croyances catholiques,, — le travail du doute. Il me dit notamment, un jour (1), ces paroles que i'ai rapporitées dans ma Crise du clergé :. « Nous ne -devrions jamais apprendre de sciences exactes, positives. Elles disciplinent l'intoilligence. On veut ensuite se rendre compte de tout. On s'aperçoit peu a peu que ce que l'on ^nous sert est de l'imagination et ne répond pas à la réalité. Plus tard, les bases mêmes de la foi ne résistent pas a -ces observations. » L'éru-