‹ Un vie de pretre [microform]; mon expérience, 1867-1912Chapitre 36 sur 106 · RECHERCHE DUNE SITUA-TION ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

RECHERCHE DUNE SITUA-TION ECCLÉSIASTIQUE

me séduisit. Je l'exposai à mon évêque (1). Je fus naturellement obligé d'avertir mon pauvre frère que je ne me rendais pas à Saint-Melaine et que Je sollicitais une cure dans le diocèse de "Versailles. Il m'approuva et fit même écrire à l'évêque d'Angers, à mon insu, pour appuyer ma demande. Voici la réponse que reçut toute cette correspondance :

EvÊCHÉ Angers, ce 19 mai 1902

d'Angers

Monsieur l'Abbé,

Vos inquiétudes m'étonnent et j'ai de la peine à me les expliquer. Vous invoquez, pour ne pas rentrer dans votre diocèse, « les difficultés que peuvent vous susciter vos idées très différentes de celle de l'immense majorité des prêtres du diocèse d'Angers ». Mais je pense qu'en tout ce qui concerne Pesprii ecclésiastique, la vie sacerdotale et le ministère pastoral, tous les prêtres de tous les diocèses ne sauraient avoir que des idées parfaitement conformes.

Vous parlez de déboires et de désillusions. Je ne sais vraiment pas ce qui a pu vous en donner ici. Plaise au ciel que vous ne les voyiez pas naître et se multiplier loin du pays qui est le vôtre !

Vous paraissez cependant attacher un tel prix à l'autorisation d'entrer dans le diocè«e de Versailles que je ne veux pas employer mon autorité à vous en empêcher. J'y mets toutefois une condition, que m'impose la sagesse administrative la plus élémentaire, c'est que vous obteniez d'y être incorporé. Je suis tout prêt à vous

I. Lettres des i5 et 17 mai 1902 imprimées dans lies difficultés avec mon Evèque, p. 37-89.

accorder dans ce but des lettres d'incorporation avec le bon témoignage qui vous est dû comme vie sacerdotale.

Je suis obligé de pourvoir sans retard à Saint- Melaine ; je ne puis temporiser jusqu'à la fin de vos négociations. Mais, si elles aboutissent finalement à votre retour ici, je vous trouverai un autre poste.

Agréer, Monsieur l'Abbé, l'assurance de mes sentiments tout dévoués enN.-S .

t Joseph, Ev. d'Angers.

«Vous parlez, m'écrivait mon évêque, de déboires et de désillusions. Je ne sais vraiment pas qui a pu vous en donner ici.» Hélas! Qui donc m'en avait donné plus que lui-même, surtout en me déclarant que l'Eglise s'était trompée (à propos de Lorette), mais qu'elle ne pourrait jamais l'avouer? (1)

Ohl Monseigneur, vous ne paraissiez pas me comprendre quand j'osais vous parler de «déboires » et de « désillusions ». Pourtant, presque tous les prêtres on ont subi, vous devez ïe savoir. La désillusion, c'est la vie de tout prêtre qui, à force d'auto-suggestion, n'aboutit pas à devenir ce que l'Eglise appelle im saint.

Exaltés par de pieuses mères, qui les dirigent vers le sanctuaire, les bons petits enfants entreprennent « la marche à l'étoile. » Comme les mages du premier évangile, ils ont vu l'étoile du roi des Juifs, et ils sont partis pour l'adorer.

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