‹ Un vie de pretre [microform]; mon expérience, 1867-1912Chapitre 42 sur 106 · RECHERCHE D UNE SITUATION ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

RECHERCHE D UNE SITUATION ECCLÉSIASTIQUE

Paris, 15 septembre 1902.

Monseigneur,

J'ai le regret de vous informer que la négociation pour laquelle j'avais sollicité une permission de Votre Grandeur n'a pas abouti.

Votre Grandeur m'arépété,pour ce cas,Vordre de rentrer immédiatement dans le diocèse, sous peine de rester privé du pouvoir de dire la messe.

Je vois avec une vive douleur les choses atteindre cette extrémité. Si, néanmoins, je ne crois pas devoir le faire, je prie Votre Grandeur de bien vouloir considérer que ce n'est aucunement par amour-propre blessé; c'est parce que mon retour lui serait une cause de nouveaux ennuis et qu'avant peu de temps, je devrais partir de nouveau. La sincérité ne m'y laisse plus de place.

Comme le refus de renouvellement- de mon celebrei équivaut pratiquement à un-e interdiction, je prie aussi Votre Grandeur de bien vouloir reconnaître qu'il m'est impossible de subir cette position infamante sans donner des explications détaillées et justifiées à ma famille et aux personnes à l'estime desquelles je tiens. Je me vois donc contraint à faire imprimer des notes et pièces relatives à mon interdiction. J'ose penser que vous n'aurez pas d'objections contre cette publication, qui ne s'écartera certainement en rien des sentiments de profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monseigneur,

de votre Grandeur, le très humble et très obligé serviteur.

Après avoir, quinze jours, attendu vainement une réponse, j'écrivis une nouvelle lettre :

Paris, 29 septembre 1902.

Monseigneur,

Je suis peiné au delà de toute expression que ma dernière lettre soit restée sans réponse et, au risque dlmportuneî' Votre Grandeur, de peur qu'il n'y ait méprise de sa part ou erreur de la mienne, je crois devoir encore lui exprimer mes sentiments .

Si je ne rentre pas dans le diocèse d'Angers, c'est uniquement par crainte de ne pas donner à Votre Grandeur une satisf actian qu'Elle est en droit d'^attendre des prêtres qui sont s-ous sa direction .

Mars mon intention reste toujours de travailler là où je serai, pour TEglise, selon mes forces et comme par le passé.

Si je n'ai pas été utile et véridiqTa:e,qii'on me le montre, je reconnaîtrai volontiers ma faute et la réparerai. Pourtant, je ne pense pas, jusqu'à présent, avoir rendu de mau-vais^ services en essayant de prouver qu'il y a encore dans FEglîse, quoi qu'on dise, place pour l'es gens intelligents et sin-eères .

Je ne croîs pas non plus que ma position puisse être taxée de manque d'obéissance. L'obéi&sance canonique que promet le prêtre à son Évêque, au jour de TordiTiation, n'est point le vœu très strict de l'obéissance religieuse.

Enfin j'ai toujours cru que le pouvoir transmis par Notre Seigneur à ses Apôtres était une autorité paternelle et bienveillante, n'ayant d'autre raison d'être et d'autre but que le bien des âmes et de toutes les âmes. C'est cette convietion qui me donne le courage de vous présenter encore une fois ma requête.

Daignez agréer l'hommage du profond respect avec lequiel je suis.

Monseigneur,

de Votre Grandeur, le très humble et très obligé serviteur.

RECHERCHE d'UNE SITUATION ECCLÉSIASTIQUE 263-

Voici la réponse;:

EvÊGHÉ Angers, le 2 octobre 1902,

d'Angers

Monsieur l'abbé,

Ma conscience m'oblige à vous dire que les sentiments contenus dans vos lettres, particulièrement les deux dernières, me causent beaucoup de peine et me donnent de graves inquiétudes, en ce qui touche à votre esprit sacerdotal.

Il y a place dans l'Eglise, dites-vous, pour les gens intelligents et sincères; je le veux bien, mais il y a place surtout pour les humbles et les obéissants.

Vous voulez mesurer le degré d'obéissance promise au jour de votre ordination . Vous ne pouvez contester cependant le droit de votre Évêque à cette obéissance,, quand il veut vous garder dans son diocèse. Et si j'insiste pour que vous y rentriez, c'est sans doute parce que je vous reconnais capable d'y remplir des fonctions dans l'avenir comme par le passé ; c'est aussi, permettez-moi de vous le dire, par sollicitude pour votre âme de prêtre. Je ne puis admettre que vous soyez un prêtre sans emploi, livré aux incertitudes d une existence sacerdotale sans but.

J'ai fait preuve de longanimité, vous devez le reconnaître, et de paternelle bonté, en vous permettant de chercher et de chercher encore une position selon vos attraits, selon vos préférences . Si vous n'avez pas réussi, ce n'est pas de ma faute. Je veux bien aller jusqu'au bt)ut en fait de condescendance et vous accorder un nouveau celebret pour six mois, afin que vous puissiez continuer vos recherches en vue d'une position dans un diocèse de votre choix. Mais si, au terme de ces six mois, c'est-à-dire le 1^^ avril, vous êtes sans emploi,, ce sera l'extrême limite. Vous devrez rentrer ici et vous mettre à ma disposition pour le poste que je croirai

devoir vous confier. Si, ce qu'à Dieu ne plaise, vous n'obéissiez pas, alors vous me mettriez dans la dure mais impérieuse nécessité de ne plus prolonger votre cetefcre^ et, pas plus qu'aujourd'hui, je ne vous permettrais de publier ce que vous appelez des notes justificatives de votre conduite. D'ailleurs vous savez très bien qu'un prêtre ne doit rien publier sans l'imprimatur de l'Ordinaire du lieu où il réside.

Agréer, Monsieur l'abbé, l'assurance de mes sentiments dévoués en N.-S.

t Joseph, Evêque d'Angers.

Page 1