‹ Un vie de pretre [microform]; mon expérience, 1867-1912Chapitre 43 sur 106 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Visites et confidences. — Marcel Hébert. — Mon évêque condamne"''mon livre sur la Question biblique et me refuse un celebrei.

Ma Question hihiique me valut, de nombreuses lettres et de nombreuses visites. Je reçus des félicitations, des injures, des demandes d'explications. Un assez grand nombre de personnes qui se disaient troublées dans leur foi catholique et chrétienne sollicitèrent mon avis et mes conseils. Que, parmi elles, il y ait ©u quelques espions des janissaires de l'orthodoxie, j'ai tout lieu de le croire. Des prêtres, désireux de connaître un confrère aussi audacieux, vinrent voir comment j'étais fait, ot se livrèrent à d'intéressantes confidences sur les convictions de certains apologistes (français et étrangers) qu'ils connaissaient intimement. Quelques ecclésiastiques, qui se prétendaient frappés de mes talents de polémiste et qui me voulaient particulièrement du bien, me conseillèrent de me lancer dans l'antiprotestantisme, l'antisémitisme et l'antima-

çonnisme : «Vous nous rendriez les plus grands services», disaient-ils. «Pourquoi ne combattezvous pas les ennemis do l'Eglise? » Ils s© renfrognaient, lorsque je leur répondais: «Les seuls ennemis de l'Eglise dont j'aie l'expérience jusqu'ici sont ceux qui organisent et exploitent le mensonge pieux. »

Parmi les premières et les plus chaleureuses félicitations qui me furent adressées se trouvèrent celles qu'écrivit sur sa carte de visite «l'abbé Marcel Hébert, chanoine honoraire de Bayeux, ancien directeur de l'école Fénelon. » Elles furent le point de- départ d'une intimité qui dura entre nous deux jusqu'à sa mort, c'està-dire pendant quatorze ans.

M, Hébert venait d'être, pour cause d'hérésie, destitué d'un poste honorable et privé de ses pouvoirs sacerdotaux. Il ne possédait aucune fortune personnelle. D'une situation suffisamment rémunérée- et, s'il l'avait voulu, de grand avenir, il tombait dans la pauvreté et brisait de belles relations, — dont le clergé de Paris est particulièrement friand. Son cas causait,, parmi ses confrères, une profonde émotion; je pus en recueillir les éch^os très divers. On était albrs dans un temps que j'ai qualifié d' « anarchie dogmatique (1) ». Le clergé de Paris tenait, même

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