I. Histoire du modernisme catholique, p. 68 ; M. Loisy dit
à la sacristie, des propos d'une liberté et d'ane irrévérence invraisemblables. L'affaire fut l'objet de vifs commentaires. CeTtains prêtres blâmaient véTiémentement l'intransigeance de M. Hébert gui avait refusé de se rétracter. Il lui était si facile de se sauver on signant simplement un formulaire! D'autres blâmaient l'intransigeance de l'archevêque qui privait le clergé des services d'un homme distingué. D'autres opinaient dans le sens que formulait ainsi, quelques a,nnées plus tard, un prêtre éminent : « Ce n'est pas parce que nous avons perdu la foi que nous sonmies obligés de le dire à tout le monde. »
Les discussio'ns suscitées par la destitution de M. Hébert dépassaient, non seulement le champ de l'orthodoxie catholique, mais encore celui du christianisme : elles portai^ent sur le déisme, le spiritualisme, la certitude de la connaissance. Les prêtres discutaient hardiment, profondément, les trois grandes questions : «Peuton rester catholique, chrétien, croyant, sans faire le sacrifice de sa raison ? » Ceux qui répondaient négativement, même aux trois questions, n*en continuaient pas moins leur ministère.
Dans ma province, j'avais connu d'e bons
pareillement, dans ses Choses passées, p. aS'C : « Je voyais mêiïie l'anarchie intelleetuel'le qui commençait à gagia^r le clergé catholique. »
prêtres timorés qui, par crainte de mal penser, n'osaient guère penser, et des prêtres avisés qui sentaient que, « si on touche à quelque chose, tout croule (1) ». A Taris, je connus des prêtres qui pensaient plus librement que nombre de soi-disant libres-penseurs et qui, par métier, n'en continuaient pas moins de défendre l'Eglise avec acharnement; je connus des prêtres cbimériqnes qui voulaient réconcilier «l'Eglise et le Siècle», les dogmes et les sciences, et, comme autrefois le Père Hyacinthe, «concilier l'autorité et la liberté, le célibat et l'amour (2) ».
Pendant que mes nouvelles relations me prouvaient la gravité et l'intensité de la crise de la foi, M. Loisy portait le trouble à son comble, en publiant, au mois de novembre 1902, son livre intitulé L'Evangile et VEglise. L'ouvrage déchaîna une véritable tempête dans le monde ecclésiastique. En ce moment-là même, je don-