I. Lettre à dom Chamard, aô août
sions m'intéressaient particulièrement : Mgr Duchesne (1). D'autre part, Meissas (2), Ermoni, Dabry, nombre d'autres prêtres m'avaient découvert les véritables convictions de tels et tels autres ecclésiastiques distingués. Je savais que tel vicaire général, tel gros curé de Paris, tels prélats érudits, tels éminents religieux, dont les raisonnements subtils avaient contribué à faire ou à raffermir mes croyances, n'étaient que d'habiles comédiens. Comme ma religion reposait encore en partie sur leur autorité et sur celle de leurs congénères, je ne m'en sentais pas plus à l'aise. Je découvrais sans cesse davantage l'importance que tiennent, dans la persévérance sacerdotale, les considérations de famille et, plus encore, la grave difficulté qu'exprimait si bien Figaro en ces termes : « Il faut dîner. » J'étais troublé : j'avais besoin de silence, d'études, de réflexions et de recueillement.
Lorsque fut venu le moment de régler ma
I. Attachant une importance particulière aux conclusions de Ducbesne, j'ai tenu à raconter de son vivant et du vivant d'Hébert que ce fut lui, Duchesne, qui ruina la foi chrétienne d'Hébert en lui faisant toucher du doigt les contradictions des évangiles relativement à la résurrection de Jésus. Duchesne se •garda bien de démentir mon récit, bien qu'il y eut été invité. — Cf. Hist. du mod. cath., p. 6-7, et Un prêtre symboliste.
a , M. de Meissas a résumé lui-même son expérience sur « la foi chez les prêtres » dans une note qui porte ce titre et que j'ai publiée en appendice de mon livre : La Crise du Clergé.
situation, j'adressai à mon évêque la lettre suivante :
Paris, ce 23 mars 1903 .
Monseigneur,
Je prie Votre Grandeur de bien vouloir renouveler mon celebret qui expire avec ce mois.
Elle m'écrivait le 2 octobre que je devais rentrer dans son diocèse, si, le 1" avril, je n'avais pas trouvé de poste ecclésiastique. Je n'en ai pas trouvé. Mais je pense que les derniers incidents ont modifié sa décision. Ils me paraissent, en effet, avoir singulièrement renforcé les raisons pour lesquelles j'ai sollicité la permission de rester à l'écart.
Je supplie donc Votre Grandeur de bien vouloir considérer le fond de la situation, et je crois même devoir la lui rappeler brièvement, si pénible qu'en soit le résumé pour un cœur d'Evêque et pour moi.
Quand je fis promesse d'obéissance à mon prélat, je voyais dans l'Eglise la maîtresse et la gardienne de toute science et de toute vérité. Je l'ai crue telle jusqu'au jour où les leçons de critique et de sincérité ecclésiastiques, que daigna me donner Votre Grandeur sur la légende de saint René, me firent apercevoir qu'il pourrait bien n'en être pas tout-à-fait ainsi. Sans savoir encore exactement à quoi m'en tenir (les discussions bibliques continuent de me renseigner), j'en ai cependant appris assez pour être sûr que ni mon enseignement ni ma prédication ne sauraient vous satisfaire.
Personne, Monseigneur, ne sera plus que moi soumis et dévoué à l'autorité, mais tant qu'elle ne me demandera rien contre la vérité. Elevé dans les idées d'un autre âge, je les ai perdues ; je ne puis parler comme si je les avais.
Dans ces conditions, l'éloignement d'un diocèse oii je ne pourrais être qu'un objet de trouble et de scandale, me semble la seule solution possible.
J'ai le plus grand désir d'accorder toute satisfaction à Votre Grandeur, je lui tiens la plus vive gratitude pour la bonté dont Elle m'a donné tant de preuves, mais je n'en reste pas moins soumis à un devoir plus impérieux que celui de la reconnaissance et de l'obéissance : celui de parler selon ma conscience.
C'est pourquoi j'ose vous demander, non seulement de ne pas me rappeler, mais encore de m'accorder un congé en règle, qui me laisse le moyen, tout en travaillant pour la religion, de chercher à gagner ma vie comme je le pourrai.
Daignez agréer l'hommage du plus profond respect avec lequel je suis,
Monseigneur,
de Votre Grandeur, le très humble et très obligé serviteur.
.Voici la réponse I EvÊCHÉ Angers, le 30 mars 1903.
d'ANGERS
Monsieur l'abbé.
Monseigneur me charge de vous accuser réception de votre lettre du 23 courant qui, vous devez le comprendre,, lui a causé une peine profonde.
Les dispositions que vous y manifestez ne lui permettent pas de renouveler votre ceîebret, qui expire à la fin de ce mois.
D'ailleurs, Monseigneur ne saurait admettre qu'un prêtre de son diocèse reste indéfiniment dans un diocèse étranger, soustrait en fait à sa juridiction, sans être accepté par un évêque qui le prenne sous la sienne et lui confie des fonctions ecclésiastiques.
Veuillez agréer. Monsieur l'abbé, l'assurance de mes sentiments respectueux.