Ouvrage cité (édition de Paris, i883), p. a
sentiments sont au fond de mon étude sur l'Apostolicité des Eglises de France. Si je n'ai pas fini comme le Père de Smedt, c'est que j'ai appliqué ses Principes aux documents bibliques, qu'il n'a jamais examinés.
On a vu quel accueil reçurent mes premières publications. En 1901, dom Cbamard m'attaqua fort méchamment : « Ma jeunesse, lui répondisje, s'indigne parfois si douloureusement de constater partout et toujours l'organisation du pieux mensonge; pour qui croit à l'objectivité de la vérité et de la sainteté, c'est un spectacle si ridicule et si navrant que la manière dont on autorise la parole des sceptiques : L'homme fait la vérité de ce qu'il croit et la sainteté de ce qu'il aime (1). »
Ainsi, dès 1901, mon expérience se résumait en ce que j'avais constaté et que je constatais « l'organisation du pieux mensonge », partout et toujours, dans le présent comme dans le passé, dans l'histoire ancienne de l'Eglise comme dans son histoire contemporaine. Certes, ma formule
I. Lettre à Dom Chamard sur Un dernier GaZ/ica/i (publiée dans la Revue de V Anjou, juillet-août 1901). La « parole des sceptiques » que je citais est de Renan. Comme je la citais de deuxième ou troisième main, d'après des auteurs orthodoxes, je n'étais pas sûr de son exactitude ; aussi me suis-je abstenu de l'attribuer à un auteur particulier. Plus tard, j'ai retrouvé le texte authentique dans les Etudes d'histoire religieuse, page daS. Le voici : « L'homme fait la sainteté de ce qu'il croit comme la beauté de ce qu'il aime . »
était incomplète : elle aurait dû comporter quelque remarç[ue sur lillusion mystique; mais, sur ce point-là, je n'avais pas encore tiré mes conclusions. De plus, en 1901, j'admettais toujours l'institution divine de l'Egljse. Sur cet autre point, il n'y avait pour moi ni illusion ni mensonge. :Je distinguais entre l'Eglise, que je croyais sainte ' et infaillible, et ses ministres, que je savais peccables et décevants. J'étais convaincu que l'Eglise et la société moderne finiraient par s'entendre. Je croyais do mon devoir de prêtre de travailler à cette réconciliation.
Lorsque l'Eglise condamna pour la première fois mes naïves élucubrations, neuf mois s'étaient écoulés depuis que je ne disais plas la messe. La mesure prise par mon évêque fut aussi efficace que pénible. En cessant de m'autosuggestionner par devoir d'état, j'avais pu regarder en face tous les problèmes que la critique historique posait devant moi. Durant ces neuf mois, mes idées s'éclaircirent singulièrement. Elles continuèrent à s'éclaircir encore dans les mois qui suivirent, où je réfléchis à ce qu'était l'Eglise et à tout ce qu'impliquait une soumission aux décrets qui me frappaient.
Je me sentais capable de démonter pièce par pièce la dogmatique chrétienne et d'expliquer sans aucun miracle son élaboration. Pour tirer mes idées au clair, je réfutai, la plume à la
main, les deux traités fondamentaux que la théologie chrétienne met à sa base : celui de la «Révélation» et celui de « l'Eglise ».*Je me prouvai que les documents fondamentaux du christianisme, les Evangiles et los Actes des Apôtres, ne sont pas, comme on me l'avait ensoigné au séminaire, authentiques, intégres et véraces. Je me prouvai que ni Dieu, ni Jésus n'ont institué d'Eglise au sens strict où le prétend FEglise romaine. Pour des raisons d'ordre purement philosophique, je croyais toujours fermement en Dieu, au libre arbitre, à l'immortalité de l'âme. - Je croyais même à « la religion »; seulement, ma foi dogmatique dans l'Eglise s'était dissipée.
Comme le dit Bossuet, «la foi est une habitude de croire une chose par l'autorité de quelqu'un qui nous la dit (1) »! L'autorité de ma pieuse mère, l'autorité des prêtres qui m'avaient instruit, l'autorité des textes tronqués de mes manuels de séminaire avaient fait le fondement de mes croyances. Plus tard, j'avais cru sur l'autorité de savants prêtres libéraux que je voyais rester dans FEglise : DucKesne, Loisy, Tuimel, Batiffol. Mais, depuis plus de dix ans, j'avais vérifié trop de vieilles légendes, de textes bibliques et patris tiques, pour ne pas conclure que les contre-sens, les interpolations et même