‹ Un vie de pretre [microform]; mon expérience, 1867-1912Chapitre 63 sur 106 · CHAPITRE XVF · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVF

VOYAGE A ROME (Mars-mai 3905 )

Le journal anqTiel je collaborais, Le Siècle, avait oonnu des jours do gloire et de prospérité, mais, lorsgn© j'y entrai, ce n'était pins, — selon le mot du principal do ses collaborateurs, Gornély, — qu' .«un journal confidentiel», c'est-àdire presque sans abonnés. Cependant il n'avait pas perdu toute importance, puisqu'il restait l'organe du parti radical.

jGte parti, dont le principal but avait toujours été la lutte contre le cléricalisme, résolut de profiter de l'attitude prise par Pie X, dans les affaires des évoques de Laval et de Dijon, pour réaliser la séparation des Eglises et de l'Etat.

SLe Siècle en étudia fort séTieusement les moyens (1). Afin de se renseigner sur la pensée

I. Voir les ouvrages suivants : Une campagne da Siècle. Lia Séparation des Eglises et de TElat, par Henri Brisson, J . -L. de iLsnessan, Raoul Allier, etc, etc.. (in-ia, XXlH-564 p.); Raoul AWietf La Séparation aa Sénat (in-12, a84p-)i Henri Gharriau (SecrétaiTe de la Tédaction du Siecle^y Apres la Séparation^ Enquêiesur l'mvenir des L%lises (in-ia, Sao .p.).

de la Cuîie romaine; la direction du jonrKàl résolut d© m'envoyer à Rome. Elle haussa, pour la durée de mon voyage, mes honoraires à cent cinquante francs par mois, et m© donna une « passe » de chemin de fer pour la France. Un© petite collaboration au Giornale d'Italia devait m© fournir un billet d'aller ©t retour en Italie.

Je quittai Paris le 7 mars et visitai le Père Hyacinthe Loyson, villégiaturant à Montpellier, et Mgr Lacroix, villégiaturant à Menton. J'arrivai à Rome 1© 17, après avoir passé quelques jours à Florence.

Mes amis m'avaient muni d'introductions auprès .d'un certain nombre de porsonnages ecclésiastiques et laïques. Parmi les gens d'Eglise, je dois citer Mgr Guthlin, canoniste officiel et consulteur ecclésiastique de notre ambassade près le Saint- Siège; Mgr Duchesne, directeur de l'Ecole franj?aise; le Père Grenocchi, procureur des missionnaires du Sacré-Cœur d'Issoudun; le Père de Cara, d© la Compagnie d© Jésus, rédacteur à la ..Civiltà cattoUea; un bamabite, le Père Ales- ^andro Ghinoni. Parmi les laïques : 1© président du Sénat, M. Tancrèdé Canonico; le prince Bal- .dassare Odescalchi; le marquis FrancescO' Nobili Vitelleschî, sénateur, auteur d© diverses .études d'histoire et d© philosophie religieuse; la .l)aronne Augusta d*Eichthal, un© amie de Doel-

linger ©t de Kraus, qui recevait quelquefois des cardinaux. Tout ce morïde m'accueillit avec bienveillance et ne demanda pas mieux que de causer avec moi et de me faire causer.

En général, on était fort peu renseigné sur notre situation parlementaire. Beaucoup de gens croyaient que la séparation ne pourrait se réaliser avant quelques années ; d'autres voulaient croire qu'elle ne se réaliserait jamais et qu'on conclurait un nouveau concordat. On ne comprenait pas le système d'associations cultuelles, dont le gouvernement français entendait faire la base du nouveau régime. La diplomatie pontificale surveillait cependant attentivement les événements, en se tenant sur la défensive. Les moines semblaient jouir de l'embarras des évêques français, qui ne les avaient pas défendus lors des lois contre les congrégations. Bref, le plus grand événement religieux depuis la réforme du xvi« siècle s'opérait assez tranquillement, sans qu'on semblât s'en rendre compte, ni comprendre les graves conséquences qui en découleraient.

J'envoyai au Siècle quelques chroniques sur mes découvertes et je -m'en expliquai dans deslettrés confidentielles à Louis Juttet, alors chef de cabinet de M. Dubief, ministre du Commerce, qui, en mon absence, restait chargé, dans le journal, de la rubrique des affaires religieuses.

Je pénétrai dans les milieux divers. Je connus

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l'èrudit eomte Uga Balz^ani (1)„ 1& baron LéopoLd Francbetti (2;), alors député, plus tard sénateur; te mimstre^ Luigi Luzzati; les journalistes Paul Ziegler (3), François Carry, Andréa Torre^. Un des maîtres de l'arcMologie clirétienne, Mgr^Wilpert, me fit visiter les cataGombes. Je déje-unai chez fes princes Giovanni Borghèse et E3ibrizie> Rusp.Qli. Je fréquentai chez: la comtesse Ersilia LovateEi, née Caefcanj;. chez la comtesse Ga? brielle Spalletti, née Rasponi; chez; Mlle Dora Melegari, qm écrivait ses romans en français^ comme uae vraie française (4) ; chez une protes^ tante convertie au cathoheismei Miss Bessie Anstice Baker.

Chez Mlle Melegari, je rencontrai le comt© Ferdinando de Bojani,. qnii, pendant les dix suiaées suivantes,, jusqu'à sa mort (août 1915),, me témoigna, d© l'attachement. C'était un vieil ami du substitut à la Secrétaérerie- d'Etat,, Mgjr deHa Chiesa, le futur Benoit X¥ (5^). Il laissera un

1. Balzani, mort l» 27 fév, igi6. Cf. Revue hûtoriqaej nov.déc. 19.16, p.. 4%. .

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