‹ Un vie de pretre [microform]; mon expérience, 1867-1912Chapitre 64 sur 106 · Franchetti, mort en 1917. Cf. Coltara popoïare, nov · texte numérisé non relu

Franchetti, mort en 1917. Cf. Coltara popoïare, nov

â. Gorraspondaiït du FigAro, du Temps et du itfafia j il est mort à la fin de juin 1909 .

4 . Mort©' mx r§24 ;• elfe^ a no» pettl?e notice datt» le» sappfémeat da dictiûaaaÎEe Larousse,,

5. Il m'écrivait, le i5 septembre 1914, au sujet de rélecfîou èet DOHTeaiiF poo^lê. « Je ïe coss'aâ» ^pHis^ quIB était ^Btf^ta. ebïe ;.tû»ï net: QSk'à&Ugie»it à esmaei^Yei^ des r£|igQct& afiai^aux,

nom dans l'érudition religieuse comme éditeur de la correspondance diplomatique d*Innoeent XI avec ses nonces. Comment gagnai-je la sympathie de ce fervent ultramontain ? Elle renfermait r arrière-pensée de me faire rentrer dans le giron de l'Eglise (1).

Chez la comteisse Spalletti, je rencontrai le marquis de San-Giuliano qui, neuf ans plus tard, en octobre 1914, devait mourir ministre des Affaires étrangères. C'est un des plus grands impies qu'il m'ait été donné de connaître. Anacliarsis Cloots se glorifiait d'être. 1' « ennemi personnel de Jésus-Christ ». San-GiuMano aurait pu en dire tout autant : il professait pour Jésus un mépris radical, foncier, continu, que je n'avais encore jamais vu et que, depuis, je n'ai découvert que chez une seule autre personne. Il a fini avec la bénédiction pontificale,

«inon la communauté des sentiments religieux et l'appréciation de ses vertus. 11 n'est pas enclin à tout casser », etc...

I. M. de Bojani m'écrivait, le 18 mars 1916 : « Pourquoi ai-je eu de l'amitié pour vous ? Vous me le demandez; et je réponds : parce qu'il m'a semblé de voir que dans votre intérieur oût racine de bons sentiments de fils envers l'Eglise, et que, si vous les avez cachés, les laissant dormir, c'est à cause des injustices des hommes. Votre travail a fini par vous engagera donner du corps à de simples doutes, inévitables à tout esprit qui cherche, s'il trouve un autre chemin. Laissez-moi croire que bien souvent dans votre intérieur il y a lutte. Et lorsqu*il y a , lutte, la victoire est incertaine à ravajita.ge d'une des partie» j j,'espèrfj que l'ancien, le premier, prévaudra sur le nouveau . » M. de Bojani est mort au mois d^aout 1916 * la dernière lettre que j'aàe reçue de lui est datée du la avril igr5.

soit qu'il l'ait expressément sollicitée, soit que le politique Benoît XV ait spontanément jugé convenable de l'en gratifier. Des ministres d'Italie, il fut le premier qui ait reçu un tel honneur rituel, quoique sans doute il ait été le plus irréligieux de tous.

Le marquis de San-Giuliano n'exprima aucune sympathie pour ma chimère de vouloir moderniser le christianisme. Tout autre fut l'attitude du vieux marquis Vitelleschi, auprès duquel M. Hyacinthe Loyson m'avait introduit. Absolument sceptique, mais partisan d'une religion pour le peuple, il souhaitait qu'on rendît 4a nôtre supportable aux générations nouvelles. Il pressait toujours le Père Hyacinthe de rentrer dans l'Eglise. Il m'accabla de conseils semblables:

«Ne touchez pas à la Bible, me disait-il, autrement la religion croulera; il n'en restera plus rien. La Bible est la base nécessaire. Il faut la respecter. Ne rompez pas avec le pape; vous n'auriez plus de mission, ni d'autorité. Profitez de votre séjour à Rome pour vous, arranger avec l'Index. Mais que votre soumission ne vous empêche pas de continuer sans cesse la propagation du libéralisme. iQu'une condamnation ne vous emtpêche pas de déjeuner; dites-vous qu'ils font leur métier. Recommencez d'autres livres immédiatement, pourvu que ce ne soit pas sur la question biblique. Ils seront mis à l'index;

soumettez-vous encore et contintiez toujours. C'est ainsi que se comporta le Père Curci, mon ami. Il a fait beaucoup de bien en Italie. » Je dis au marqfuis qu'une telle conduite me semblait une comédie. Il me répliqua : « Je vois bien que vous êtes Français. La vie est iine comédie.

Nous devons la jouer le plus honnêtement possible, mais toute notre honnêteté ne peut rempêcher d'être une comédie. »

Mon noble conseiller était aussi d'avis que les prêtres libéraux se groupassent en une sorte d'Oratoire (1). Il ne considérait pas que la hié-

I. Vîtelleschi, plein de ces idées, les répéta au père Hyacinthe dans un séjour que celui-ci fît à Rome, au commencement de 1906. Le Père Hjracinthe me les écrivait ainsi : « Le marquis Vitelleschi prétend que les prêtres éclairés et courageuxdevraient résister ouvertement à l'Index, au Saint-Office, au Vatican, mais sans passer dans une autre Église et sans former une secte nouvelle... en se groupant en une sorte d'Ecole ou d'Oratoire composé d'écrivains catholiques indépendants » (Lettre du ler janvier 1906). « Il prétend que si nous touchons à la Bible^ sauf en quelques légendes, nous laissons le christianisme sans fondementi » (Letlredu 19 févriengoô). — « Le marquis V., quime prêche la prudence, me disait ces jours-ci ; « Nous sommes ici bas pour y jouer la comédie ». 11 ajoutait cependant : « Une comédie honnête, utile aux autres et qui ne soit pas contre nos convictions » (Lettre du 5 mars 1906). — Considérer la vie comme, une comédie me semble une philosophie assez fréquente dans le clergé et la neblesse d'Italie. Pie IX disait lui-même : « Bouffons par ci, bouffons par là ; nous sommes tous bouffons, n Ce n'est pasma philosophie. Je pense comme William James, quand il écrivait :

« Un instinct profond et indéracinable existe en chacun de nous, qui nous empêche de considérer la vie comme une simple farce^ ou une élégante comédie. Non, la vie est une âpre tragédie, et ce qui en elle a le plus de saveur, c'est ce qui est le plus amer. Sur'

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rarchie n'eût pas toléré une telle réunion, ni q[u'il eût fallu un Mécène pour doter une telle Société. \I1 mourut presque subitement, l'année suivante, le 3 avril 1906, assisté par son ami le cardinal MaccM, prélat mondain et, par conséquent, lui-même excellent comédien. Cette fin d'apparence clirétienne me rappela un mot du prince Giovanni Borghèse : « Je ne crois à rien; mais, sur mon lit de mort, j'appellerai un prêtre: j'ai cela dans le sang » (1).

Il n'y eut pas que le marquis Vitelleschi à me conseiller de me soumettre à l'Index. Mgr Duchesne me parla dans le même sens.

A tous ces oonseillers, je fis la même réponse: « Je n'ai rien à dire à mie administration qui, depuis deux ans, semble me considérer comme totalement étranger, et qui elle-même me dévient sans cesse plus étrangère. Que si elle me der mande des explications sur ma conduite, je ne refuserai cependant pas de lui en donner. Elles se termineront par cette déclaration ; Je ne ré-

ia scène du monde, c'est l'héroïsme^ et l'héroïsme seul, qui tient les grands rôles. C'est dans l'héroïsme, nous le sentons hien, que se trouve caché le mystère de la vie .»

I. Le .17 avril 1918, La Croix, en annonçant à ses lecteurs la mort du prince Giovanni Borghèse, recommanda à ses lecteurs ce « chrétien convaincu ». J'ignore si et comment le prince put recouvrer la foi; mais, dans le temps que je le connus, il ne croyait à rien ; le « modernisme », c'est-à-dire l'adaptation du catholicisme aux générations modernes, l'intéressait seulement au point de vue politique et social.

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tracterai jamais des lierres purement historiqties^ à" moins qu'on n© me montre auparavant les erreurs que j'y ai commises. »

L'autorité suprême ne me demanda rien.

Peut-être cependant ne m'ignora-t-elle pas complètement. Le comte de Bojani, qui naturellement me conseilla plusieurs fois de me soumettre, m'affirma toujours, de science certaine, disait-il, qu'en publiant cet acte l'Index n'ajouterait pas le supplément encore ordinaire: « Et opus reprohavit » à la formule : « Auetor laudahilit'er se suhjeeit». Or, Bojani était un ami du secrétaire de l'Index, le Père Esser. Ces propos pouvaient-ils être considérés comme une démarche officieuse?

Je n'avais pas envie de séjourner à Rome sans voir ce qui, dans l'opinion publique, ©n constitue la principale curiosité : le pape. Solliciter une audience ne me semblait pas convenable.

Il me fallait donc m'y prendre d'une autre manière. Une occasion favorable se présenta. Pie X devait bénir et inaugurer dans les jardins du iVatican une cbapelle de Lourdes commencée sous Léon XIII et récemment achevée. J'allai demander au cardinal Mathieu, mon ancien évêque, un billet pour cette cérémonie. Je l'avais rencontré à la poste centrale, un jour que j'y causais avec François Carry. Il m'avait facilement reconnu, sachant sans doute ma présence

dans la Ville Etemelle. « ,Que complotent ces deux brigands? », nous dit-il, en nous abordant. Et il m'invita très aimablement à lui fairei visite.

Il me reçut gracieusement et m'interrogea sur le motif de mon voyage. Je lui répondis en riant : « Auteur condamné, je viens étudier l'administration qui m'a censuré. » Le cardinal sourit et, sans parler de soumission, me dit qu'il me serait utile en tout ce qu'il pourrait. Comme je l'attendais là, je lui demandai mon billet. Il m'en procura un, des meilleures places.

Je vis donc Pie X, et sa seule vue dissipa tous mes préjugés contre lui. De la quinzaine de cardinaux ou d'évêques qui l'entouraient, il avait le meilleur air. Svampa, l'archevêque de Bologne, qui se trouvait là, paraissait évidemment plus intelligent, mais il ressemblait plus à un •homme d'Etat qu'à un homme d'Eglise. Le cardinal Mathieu promenait de côté et d'autre, d'une manière peu édifiante, sbn regard éveillé. Au miheu de la cérémoniei, Pie X prononça une homélie : son ton suave et pénétré était celui d'un saint. Plus tard je ne me gênai pas pour lui décerner cette qualification (1), au grand mécontentement de certains catholiques libéraux

I. Par exemple, dans le compte rendu de l'ouvrage de Debi- 4our, VEglise catholique et l'Etat sous la troisième République, que je publiai dans la Revue de l'histoire des religions, tome Sg (1909% p. 370.

et de soi-disant libres penseurs qui la jugeaient impolitigue et maladroite. Quand ils me la reprochaient, je leur rapportais, en manière de consolation, lin mot du cardinal Mathieu : « Le gouvemem©nt des papes saints a toujours été néfaste à l'Eglise. »

Le 17 mai, je repris le chemin de la France.

En revenant, j'allai conter mon expédition a Mgr Lacroix, dans son palais épiscopal de Moûtiers.

Me fau<: il résumer mes impressions de Rome?

La capitale du catholicisme ne m'inspira aucun sentiment religieux, a part l'édification de l'homélie de Pie X. Mais l'administration de l'Eglise ne me paT*ut ni sénile, ni dégénérée, comme me l'avaient représentée Mgr Lacroix et maints catholiques libéraux. Quant à la Ville éternelle, j'y fus aussi à l'aise qtue dans ma patrie; je me sens un citoyen et un héritier de Rome; elle est, doublement, mon ancienne capitale, ma vieille métropole.

Dans la singulière éducation que j'ai reçue, j'ai appris l'historre romaine avant l'histoire de France; j'ai traduit le De viris iïlustribus avant de lire les vies de mes plus illustres compatriotes. Mes maîtres m'ont fait admirer Virgile et Horace avant de me faire connaître les grands poètes de mon pays. J'ai même composé beaucoup plus de vers latins que de vers français.

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'Aussi ïie fut-ce pas sans plaisir qné je vis les sept collines, le vieux Tibre, les voies antiqTies, le Forum, les arcs de triompîi'e et le Colisée qui ont occupé mon enfance.

Je dois bien plus encore à la seconde Rome qu'à la première. De son empire spirituel, plus grand que l'empire politique, le sacerdoce m'avait fait missionnaire. Je lui ai appartenu tout entier, sans réserve, pendant trente-cinq ans, — la plus grande partie de ma vie. J'ai vénéré en elle le siège de la vérité, je l'ai tenue piour la cité de Dieu sur terre, le parvis du ciel. Aussi, quoique désabusé, cette Rome papale m'intéressa encore avec ses basiliques, ses palais et tout ce qui fit le sujet de mes études ecclésiastiques.

Et quelle vive sympathie m'inspira la troisième Rome, la capitale de la nouvelle Italie, ressuscitée par la Révolution française et unifiée par la brèche de la Porta Pia 1 Quelle volonté de gloire^ manifestent son monument à iVictor-Emmanuel II, son Palais de justice, ses larges avenues ! Puisqu'elle a rejeté le Syllahus pour adhérer aux Droits de l'homme, je crois pouvoir espérer qu'unie à la France, elle ouvrira, pour la vieille civilisation latine, une nouvelle ère de grandeur.

Cette auréole de gloire passée, présente et future, qui flotte autour de Rome, s'allie à

une splondide lumière pour on faire une enchanteresse incomparable. La lumière de Rome, cette lumière, dit Chateaubriand, « qui semble idéale et plus belle que nature (1) I » A mon retour, Paris me sembla un petit Londres : ciel nuageux, maisons noires, costumes sombres, têtes barbares, gens affairés pour qui le temps n'est que de l'argent. Toutefois, combien la vie> de l'esprit ne se révèle-t-elle pas plus intense à Paris qu'à Rome! Et n'est-ce pas là que les idéalistes de tous pays travaillent le plus vaillanunent et le plus efficacement^

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