SÉPARATION DES ÉGLISES E-T DE L'ÉTAT
attribueT la responsabilité de sa décision, s'ils se trouvaient d'accord avec lui. La réunion fut fixée aux 30, 31 mai ©t 1^^ juin (1906).
Elle devait être importante, puiscpi'il s'agissait de savoir si les êvêques entreraient en conflit avec la loi ou bien s'ils se résigneraient aux faits accomplis et tâchbraierit d'en tirer le meilleur parti. Mgr Lacroix m'écrivait, le 17 mai :
«Les résistants font untapage assourdissant. De toute nécessite, il faudralutter, lors de la prochaine assemblée, pour arracher à leurs griffas le trxjupeau des moutons . Je crois que, dans le catholicisme français, les caractères sont encore plus bas que les esprits. »
Pour influencer répiscopat et l'opinion publique, l'évêque de Tareritaise fit composer une étude sur la situation religieuse et sur les conséqtiences possiMes de la reunion des évêgues. Mme !Waldeck-Rousseau proposa le morceau au Figaro; mais ce journal le refusa de peur de mécontenter sa clientèle conservatrice. Alors Mgr Lacroix me chargea de le remettre^ au Temps, et il me donna pleins pouvoirs pour opérer les coupures et modifications que pourrait demander le directeur, M. Hébrard.
« Sur ce texte qui est déjàexcellen-t, mi'écrivaitrévêque, vous n'aurez pas de peine à faire un chef-d'œuvre. De telle isorte que vous ne serez pas embarrassé pour revendiquer la paternité des trois articles . Seulement
je dois vous avertir que M. Adrien Hébrard partage sa tendresse entre le Père du Lac (1) et une jolie actrice du Théâtre français. Voyez si cela vous inspire quelque méfiance, et de quel côté (2). »
L'étude fut accceptée, mais je dus l'abréger eu deux articles. On leiur dorma pour titre Les Associations cultuelles, et ils parurent au moment même de l'assemblé© épiscopale, dans les numéros des 29 et 31 mai (3).
Mgr Lacroix, arrivé le 29 mai, la veille de la réunion, s'hébergea, comme il le faisait à cette époque, chez le baron d'Ivry (8, rue Yvon-Villarceau). Je le vis tous les jours, pour le renseigner et pour recueillir les nouvelles qu'il jugerait à propos de divulguer. Le pape avait prétondu lier les évêques, pendant l'assemblée, par un ordre de silence qui comportait la suspens© de toutes fonctions épiscopales pour quiconque l' enfreindrait. Mais Mgr Lacroix n'était pas timoré.
Le 31 mai, au soir, il m© raconta la décision capitale de la réunion : les évêques avaient reconnu, à un© majorité d© vingt-deux voix, qu'il
I. Jésuite qui s'occupait beaucoup de politique. Il est mort en
a. Lettre du i5 mai 1906.
3. Dans le numéro du a juin, je dus répondre aux observations d'un abonné. Dans cette lettre de réponse, j'utilisai unr morceau de l'étude qui avait été écarté, morceau cité ci-dessus,, p. 365.
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était avantageux pour l'Eglise de former des associations canoniques et légales.
L'opinion de la majorité des évêques était donc conforme à celle des laïques catholiques les plus cultivés, particulièrement du groupe du Correspondant. C'était celle aussi de la Revue des Deux Mondes, du Journal des Débats, du Temps. On peut dire que c'était celle de la majorité et de l'élite des Français.
Je portai tout de suite au Temps et au Siècle deux notes qui résumaient le récit de Mgr Lacroix.
Le Vatican fut extrêmement mécontent de ces divulgations. Il fit nier le vote plus ou moins effrontément par ses organes et dans les Semaines religieuses des évêques « résistants », de telle sorte que beaucoup de gens doutèrent très fort que rien eût vraiment transpiré des délibérations. Une vaste intrigue s'onrdit immédiatement pour contrecarrer le vote de l'assemblée. De cette intrigue, je dévoilai ce que je sus par Mgr Lacroix, dans Le Temps du 3 juillet. Voici un extrait de mon article, conversation supposée d'un ecclésiastique frança^!s:
« Beaucoup de catholiques firent le voyage de Rome . Le directeur de La Croix notamment, M. Féron-Vrau, y envoya son collaborateur, le chanoine Masquelier, celui qui signe Cyr et qui est directeur de La Croix du Nord. Le cardinal Merry del Val et le pape lui dirent qu'il fal-
laitiparler dans le sens de la résistance et mettre en lumière les arguments favorables à cette thèse. Vous savez si La Croix a obéi Les autres journaux catholiques reçurent, par divers intermédiaires, la même direction. De là î'unamimité avec laquelle la pres&e religieuse a suivi jcette ligne de conduite . »
Par un singulier hasard, Le Matin, du 3 juillet, publia un© conversation privé© de l'abbé Lemire, député d'Hazebrouck', qui renforçait mes propos. « Le pape, disait-il, est prisonnier d'un clan gui l'empêche d'entendre et de parler... Les catholiques sont, en grande partie, aveuglés par de mauvais journaux, qui entretiennent entre Rome et Paris tout un système de dépêches et de nouvelles tendancieuses... Xia Croix eist un journal de parti-pris. » Dans une lettre adressée au Matin, l'abbé Lemire protesta contre la divulgation de ses paroles, en des termes qui semblaient les confirmer (1).
La nonciature essaya de connaître, par M. Denys Cochin, l'auteur de mon article. M. Hébrard, contre l'indiscrétion duquel Mgr Lacroix m'avait prévenu (2), ne garda pas parfaitement mon secret. Il ne pouvait d'ailleurs le livrer complètement. J'avais pris la précaution de signer d'initiales fantaisistes les communications que je
I. Sur cet incident, on peut voir Le Matin du 3 juillet, Bt La Croix des 4, 5 et il juillet.