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remettais à son ' jonrnaî, par l'entremiseï d'un de ses rédacteurs, M. Charles Dulot. O^e n'avais pas 'encore été présenté à M. Hébrard; il ignorait probablement mon nom, et ne me connaissait sans dont© que par les quolqueis caractéristiques que M. Dulot avait cru pouvoir lui donner sur ma personne. Tout cela explique qu'on ait retrouvé dans ies papiers de l'aTaditeur de la nonciature, Montagnini, la minute de cette note adressée a;u cardinal Merry del Yal :
« Article S, C. que he Temps ;a publié sut La Croix. Le directeur du Temps. Sl dit à Denys Cochin qu'il émanait d'un prêtre, ami de Loisy et très expert en exégèse. Briand a. dit qu'il était content de cette trahison, parce qu'elle permettait de se compter.:. . »
Cependant les procès-verb)aux de l'assemblée plénière avaient été envoyés au Vatican. Le 10 août. Pie X répondit aux évoques par une encyclique dans laqueille il considérait, non seulement comme non avenue, mais encore comme inexistante, leur opinion sur un accommodement qui ne lui agréait pas.
La décision du pape causa une profonde surprise, même à des ul'tramontains. L'un de ceuxlà, l'abbé Gayraud, quand il la lut, le matin du 15 août, à Lourdes, où il se trouvait alors, lut tellement abasourdi que le journal lui tomba
des mains. Il finit par se rappeler qu'il appartenait à un parti, et il télégraphia immédiatemont à L'Univers : « Pleine et entière soumission aux instructions pontificales. Vive Pie X! » De retour à Paris, il avouait, dans l'intimité, que c'était pure folie, mais lui, Gayraud, disait-il, ne pouvait agir autrement (1).
Le 16, l'évêque de Tarentaise me fixait un rendez-vous à Pougues, par une lettre dont voici les principaux passages :
« Lundi prochain, je pense avoir à déjeûner ***. Je viens de lui écrire pour l'inviter . Vous seriez tout à fait aimable de venir vous aussi, afin qu'à nous trois nous fassions un article à grand orchestre sur la lettre du pape- Préparez des notes d'ici-là, comme j'en préparerai moimême.
« Vous n'avez pas idée de la stupéfaction douloureuse que j'ai ressentie hier matin en lisant le document pontifical. Décidément, c'est le glas du catholicisme en France. Et puis, il y a deux ou trois mensonges de fort calibre sur lesquels il importe d'éclairer l'opinion publique. Quant au syllabus scripturaire (2), je ne m'en tourmente pas outre mesure. Ce sera un désastre dans le monde intellectuel, mais il sera sans effet dans les couches profondes du pays, tandis que la résistance à la loi nous jet-
1, Sur les motifs qui purent porter Pie X à prendre cette décision, on peut relire utilement la lettre de Mgr Mignot au P.. Hyacinthe, en date du 8 janvier 1906. Cf. Le P. Hyacinthe^ III, p. 292.
2. On disait imminente la publication de ce syllabus. Il neparut qu'un an plus tard, le 3 juillet 1907: c'est le décret Lamenlabili sane exita.
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tera infailliblement dans les pires catastrophes, et c'est la France entière qui en pâtira.
« L'article en question devrait être fait, me semble-t-il, sous la forme d'une lettre d'un archevêque français au pape. On y traiterait tout à la fois de la question politique, scripturaire et sociale. Documentez-vous sur ces trois points. Je veux qu'on fasse un chef d'œuvre . »
J'étais trop convaincu do l'affaiblissement de l'Eglise pour prendre les choses aussi tragiquement que mon correspondant, et J'étais trop détaché d'elle pour me mettre' dans la peau d'un archevêque ©t rédiger pour le pape une telle réponse. D'autre part, l'idée ne m' allait pas. Il me semblait certain que tous les archevêques français protesteraient et que par conséquent l'écrit obtiendrait un tout autre effet que celui qu'on s© proposait. Mgr Lacroix agréa cette observation, et la pièce eut pour titre : Supplique d'un groupe de catholiques français au pape Pie X.
Ce que je ne pouvais faire,*** l'entreprit et, comme il aime profondément l'Eglise, il écrivit, sinon un chef-d'œuvre, du moins une belle et touchante lettre.
Donc, le lundi 20 août (1906), j'arrivai chez Mgr Lacroix pour déjeuner.*** avait apporté le brouillon de la Supplique. Nous la lûmes ensemble. La contribution que l'évêque et moi y apportâmes se borna à quelques corrections de pure forme.
Nous édiangeâmeiS ensnite nos vues pour l'-organisatioii d'une campagno contre l'encycliqu©. Le lendemain, je (pentrai à Paris.
Du 23 au 28, je publiai dans Le Siècle toute une série de documents relatifs aux délibérations de l'assemblée des évêques, et je publiai dans Le Temps du 24 et du 25 le récit de l'assemblée elle-même (1).
L'effet produit fut énorme. On vit clairement que le pape ;avait Youlm cacher l'opiniou eonciliatrice de l'épiscopat, et lui faire partager, ou ^même lui faire supporter entièrement, la responsabilité de son intransigeance. Pour réconforter les ^eaiti'oliques scandalisés, la Semaine religieuse de Besaaçon inséra la déclaration suiTantej
« Nous recommandons au clergé et aux fidèles du diocèse de ne point se laisser émouvoir par les considéra-
I. On lit dans Le Correspondant du lo février 1920 (pages 437-438) : « Le ^oa^ernement de M. Giemenceau crut machiavéUque de faire publier dans Le Temps et dans Le Siècle des «xtraîts du procès-verbal de l'assemblée plénière des évêques, <ju'il s'était procuré par des moyens inavouables », article anonyme de Mgr Batiffoi. Les documents qui furent alors publiés le furent par moi seul; ils me furent donnés directement par IVtgr Lacroix, qui me laissa iïn'arranger comme je le crus bon pour leur divulgation. Je ne vis à ce sujet aucun membre du gouvernement; je ne pris conseil de personne, si ce n'est de Mgr Lacroix. Je pensais alors et g'ai toujours pensé depuis, qu'en frae laissant publier ces documents, qui déconcertèrent les fauteurs de guerre civile, Mgr Lacroix avait rendu un inamense service : à notre pays .
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tion« d'une presse sans autorité dans les questions religieuses, ni surtout par la publication toute récente de documents inexacts et de comptes rendus erronés relatif s à l'assemblée plénière des évêques français.
Lorsque le vicaire de Jésus-Christ décide des choses de la foi, nous croyons à son enseignement infaillible, car il a été chargé par Notre Seigneur de confirmer ses frères. Lorsqu'il décide dans les questions disciplinaires, sachant qu'il a reçu pleine puissance de gouverner l'Eglise universelle, nous obéissons religieusement et sans arrière-pensée à sa souveraine autorité.
Tel est le devoir strict des évêques, des prêtres, des :Bdèles ; i:elles sont aussi Jeur sauvegarde et leur consolation. »
Je répondis dans Le Siècle par cette note anonyme :
« La « publication toute récente » de documents que l'archevêque de Besançon qualifie d'inexacts ne peut être que celle qui a été faite ici.
« Les personnes qui hésiteraient entre notre parole et celle de l'archevêque n'ont qu'à venir au bureau du journal. Elles pourront comparer notre publication avec le texte même des documents 4e l'assemblée des évêques. Elles verront que nous l'avons très exactement reproduit.
« Nous ne sommes d'ailleurs pas étonné du démenti de M. Fulbert Petit. Dans une institution où tout repose sur le mensonge, il est évident qu'on ne peut pas monter si haut sans être apte à le pratiquer.
« Nous n'envions pas aux catholiques la « consolation » qu'ils éprouvent à obéir à de tels chefs. » (i)
i.Les évêques, leurs Semaines religieuses elles journaux catholiques se livrèrent alors à une véritable débauche d'effrontés mensonges. Quelques-uns ont été relevés dans le livre Ce qu'on
Moa récit de l'assemblée avait également mis en cause le comte Albert de Mun, dans le passage que voici :
« L'archevêque de Besançon, en sa qualité de principal auteur du projet des statuts proposés à l'assemblée par la commission, en prit nettement la défense. Il montra que la formation des associations cultuelles était nécessaire, et que même les catholiques qui s'étaient le plus ardemment prononcés pour la résistance commençaient à s'en rendre compte . Il signala l'évolution qui s'était produite dans l'attitude de La Vérité Française. Il raconta que le comte Albert de Mun était allé lui faire visite pour lui dire qu'il regrettait d'avoir écrit cet article retentis sant, où il soutenait qu'on ne fait pas l'essai d'une « loi d'apostasie ». Le récit de cette rétractation produisit une impression profonde. »
Aussitôt qu'il eut vu cet article, le comte de Mun adressa au Temps un démenti :
« Sassetot-le-Mauconduit, 25 août.
Je n'ai dit à Monseigneur l'archevêque de Besançon rien de semblable au propos que me prête Le Temps d'hier soir dans son article sur l'assemblée des évêques. « Albert de Mun. »
a fait de l'Eglise (Paris, Alcan), pages 290-295 et 892 -agô. Mgr Lacroix en fil une colleclion dans des dossiers qu'il tenait soigneusement à jour sur chacun de ,'ses collègues. D'une lettre de Julien de Narfon au P. Hyacinthe, le 6 avril 1908, je note ce passage : « Le cardinal Lecot vient encore de faire des siennes en démentant ma « Réponse de Rome à l'assemblée de Bordeaux », comme il avait démenti mon compte rendu de cette assemblée. Cette fois, je lui ai répondu dans le Figaro. L'homme est d'une inconscience ou d'un cynisme qui tiennent du prodige. »