‹ Un vie de pretre [microform]; mon expérience, 1867-1912Chapitre 72 sur 106 · SÉPARATION DES ÉGLTSES ET DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

SÉPARATION DES ÉGLTSES ET DE L'ÉTAT

pos de la « supplique adressée par un groupe de catholiques français à Sa Sainteté »j et de m'attribuer je ne sais quelles manœuvres pour l'organisation d'associations cultuelles schismatiques .

< Permettez-moi de vous déclarer :

« 1° Que j'ai connu le texte et l'existence de la supplique seulement par le journal Le Temps ;

« 2° Que jamais je ne me suis occupé à aucun degré des associations cultuelles schismatiques ou non schismatiques . Si mon opinion à cet égard vous intéresse, je puis bien vous dire que je considère la formation d'associations schismatiques comme une erreur et un enfantillage.

« De mystères et de subterfuges, on n'en a pas besoin chez moi. Ayant admiré la supplique, je l'ai envoyée à des amis, tout comme il m'arrive de leur envoyer — pour des raisons diverses — VOsservatore Romano ou la Civiltà.

« J'espère, je vous l'avoue, n'avoir pas été le seul à être secoué d'émotion à la lecture de ces pages qui, venant après tant de documents oii les préoccupations politiques se trouvaient au premier plan, jetaient vers la suprême autorité ecclésiastique un cri d'indicible angoisse religieuse.

« Veuillez agréer. Monsieur, l'expression de mes sentiments les plus distingués.

« Paul Sabatier (1). »

L'intention inspiratrice de la note de la couverture était de recueillir des adhésions qui pussent vraiment faire passer, après coup, la lettre comme émanant d'un « groupe de catHoliqnies ». Peutêtre aussi Mgr Lacroix et le pasteur Sabatier désiraient-ils savoir sur qxiels partisans ils pour-

T. Lettre reproduite dans Le Siècle du i4 octobre.

raient compter en cas de besoin. Comme j'étais « recclésiastiquo » chargé d'ouvrir les lettres d'adhésion, je puis dire-, en toute connaissance de cause, qu'il s'en produisit exactement huit, y compris celle d'un étudiant Suisse, qui se qualifiait de libre-penseur.

M. Hyacinthe Eoyson remercia la main inconnue qui lui avait envoyé la supplique :

« Je ne signerai pas, disait-il, ce manifeste, où mon nom, si, par impossible, il y figurait, compromettrait ceux qui l'environneraient. Vous pensez qu'il faut se soumettre, quoi que dise et quoi que. fasse le pape. Je pense qu'il faut lui résister. Ainsi faisait l'apôtre saint Paul, à l'égard de saint Pierre, à Antioche : « Je lui résistai en face,, parce qu'il était répréhensible. » (GalateSy II, 11.)

Si elle recruta peu d'adhérents,, la supplique n'en causa pas moins une certaine impression. Un publiciste clérical en résume ainsi les principaux effets :

« MM. Clemenceau, ministre de l'Intérieur, Ferdinand Buisson, Président de la Commission Parlementaire, qui élabora et fit voter la loi de 1905, Aristide Briand, ministre de l'Instruction publique, des Beaux- Arts et des Cultes, lui empruntèrent le canevas de leurs discours et de leurs calomnieuses insinuations contre la Papauté : le premier, dans un discours prononcé à La Roche-sur- Yon, le 30 septembre 1906 ; le second au Congrès radical et radical-socialiste de Lille, en octobre 1906 ; le troisième en novembre 1906, devant la^Chambre (1). »

I. Aventino, Le gouvernement de Pie X, p. 3ia. Sur Avcntino, voir mon Histoire du Modernisme catholique.

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