‹ Un vie de pretre [microform]; mon expérience, 1867-1912Chapitre 82 sur 106 · Cf. mon Histoire du Modernisme · texte numérisé non relu

Cf. mon Histoire du Modernisme

a. Sur l'histoire de cette société, cf. une petite revue mensuelle publiée à Paris, Le Mouvement desjaits et des idées, année igaS.

immense réaction. Je me bornerai à y noter ce qui concerne deux questions qui m'ont particulièrement intéressé, parce que j'y avais été mêlé : celles de l'apostolicité et de la Bible.

Dans un compte rendu qu'il publia, en 1903, sur mon livre La controverse de VAposfolicité, un historien catholique, Paul Allard, disait : « Si M. Houtin a trop bruyamment et parfois trop brutalement enfoncé une porte ouverte, au moins sera-t-il désormais impossible de la refermer derrière lui. » Au fond, c'était, à la manière orthodoxe, c'est-â-dire avec quelque dénigrement, reconnaître mon livre comme définitif. Mais le digne Paul Allard s'illusionnait. Les répliques que lancèrent immédiatement contre moi les chanoines Blondel (de Sens) et Marbot (d'Aix) montrèrent que les partisans des traditions ne se tenaient pas pour battus, et l'enseigaement des séminaires continua tout comme devant jusqu'à la fin de 1907. Le 18 septembre de cette années là, en remettant la barrette au cardinal Andrieu, évêque de Marseille, Pie X déclara que « Marseille est le port, où, après le divin sacrifice du Calvaire, aborda non seulement le disciple, mais l'ami du divin Rédempteur ». Ces paroles furent le signal d'une aggravation de l'enseignement légendaire. Les pieux laïques firent naturellement écho. Dans une réception solennelle à l'archevêché de Paris, au commencement de jan-

vier 1908, le colonol Keller disait au cardinal Richard :

« Nous ne renions aucune des glorieuses traditions de notre histoire. Nous croyons avec Pie X que Lazare, . l'ami de Jésus, est venu apporter la foi à Marseille ' qu'en baptisant Clovis, saint *Rémy a fondé la France chrétienne ; que saint Michel a parlé à Jeanne d'Arc et l'a envoyée délivrer la France du joug des Anglais ; enfin que la Sainte Vierge est apparue à Lourdes et qu'elle y a fait de nombreux miracles . »

La réaction alla crescendo, tant et si bien que, le 17 octobre 1913, un© circulaire de la Sacrée Consistoriale prohiba officiellement dans les séminaires les œuvres de consultation et d'érudition non conformes aux critères théologiqlies, ce qui ne signifiait pas les œuvres de Renan, mais des livres d'une piété éclairée, spécialement celui du Père Delehaye sur Les Légendes hagiographiques. Naturellement encore, les politiques qui voulaient faire leur cour au pape se distinguèrent dans cette réaction anti critique. L'un des manifestants les plus prononcés fut un prélat répuj blJLcain, l'archevêque de Rouen, Mgr Euzet, dont I son ami Mgr Lacroix m'a dit plusieurs fois 1 qu'il ne savait pas s'il croyait en Dieu, et m'a 1 conté quelques bonnes histoires que j'écrirai i peut-être, si j'en ai le loisir. Mgr Fuzet envoya 1 au pape une lettre impudente qu'il avait écrite 1 en faveur de l'apostolicité des évêchés de Pro-

vence. Le cardinal secrétaire d'Etat répondit au prélat (le 22 avril 1912) en lui signalant les effets contagieux du poison plus ou moins sub^ til du modernisme et le venin plus ou moins déguisé de l'hypercritiqu©; il invita les esprits courageux, animés de l'esprit de Dieu, a unir leurs efforts contre les assertions d'une science téméraire et à élever le cri d'alarme contre la fausse sagesse du siècle (1).

Ce qui se passa sur le terrain biblique fut aussi édifiant, mais de plus graves conséquences.

En 1906, M. Fulcran Vigoureux avait inventé de faire rendre à la Ck)mmission biblique pontificale des oracles qui tranchaient certains problèmes de l'exégèse catholique. A partir de 1907^ la machine fonctionna plus fréquemment. Elle promulgua des solutions dont elle ne pouvait pas être sûre, et même, si j'en ai été correctement informé par l'archevêque d'Albi, qu'elle savait n'être pas vraies. On voulait « serrer les freins », « endiguer la critique ». Ces solutions furent imposées dans l'enseignement des séminaires. Les étudiants intelligents voyaient bien qu'elles n'avaient pas de fondements solides. Ils regimbaient. On leur répondait en classe que tel était renseignement de l'Eglise, que c'était à prendre ou à laisser. Mais, pour les

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