I. Univers, i4 iuillet. Cf. Autour, p
426 IION EXPÉîlîErNCE
pTêtre y>, sur « l'attitnd-e si grava » prise par l'Eglise en cette matièi©. I© ne lui arais pas caché ma façon de penser, d'ailleurs imprimée. Dans noire polémique, il répéta d'un ton enteiadu et malveillant qu'il connaissait bien mes idées. Elles n'avaient rien de secret. Je m'abstins de lui rappeler combien il s'était alors montré troublé.
Toute cette polémique fut pour moi du plus grand intérêt. J'étais curieux de voir les Oratoriens sur le terrain pratique de l'histoire. Les œuvres des Lescœur (1), des Largent (2), des Nouvelle (3), des Alfred Baudrillart (4) m'avaient toujours semblé des « avocasseries ». J'éprouvai quelque satisfaction à connaître personnellement leurs auteurs et à reconnaître leurs procédés. Ces procédés étaient conformes aux principes de • l'apologétique catholique, si parfaitement résumés par l'archevêque Darboy dans cette for-
I. Le Père Lescœur a publié une vingtaine de volumes qui ne sont guère que des avocasseries en faveur d-u « surnaturel », et contre « l'esprit révolutionnaire », «, la mentalité laïque », « l'Etat, maître de pension et père de famille », «TElat, mère de famille », etc..
a. Auteur d'un médiocre livre sur saint Jérôme.
3. Auteur d'un mauvais plaidoyer intitulé V authenticité du quatrième évangile et lathès£ de M. Loisy.
4- Voir surtout son pauvre livre l'Eglise catholique, la Renaissance, le Protestantisme. Depuis, Mgr B. s'est constitué l'avocat de la conversion de Lîltré, Pavocat de Ja decisioB du Pie X dans l'affaire de la Séparation, Est-il nécessaire de rappeler que- Mgr Baudrillart a remporté deux foiele grand prix Gobert ?
mule : « On ne vous d'^ïiajide pas d'avoir raison, mais de paraître avoir raison », et par l'arciièvêque Meignan, dans cette autre parole : « Nous sommes les avocats de la tradition. »
Quand mes adversaires eurent été battus, ils prirent leur revanche, en répétant ce que la plupart des orthodoxes soutiennent de tous ceux qui les gênent (1) : à savoir que j'avais été « payé » pour écrire (2).
Un ecclésiastique éminent, lié avec les gens du BuUetin de la Semaine, m'écrivait, dès le 18 août 1909, lorsque j'avais déjà manifestement écrasé mes contradicteurs :
« 11 est évident que toute cette campagne a été menée en dépit du bons sens et qu'il j a quelque chose d'odieux à voir l'histoire démentie par ceux qui la savent vraie. Somme toute, ce sera une leçon de franchise, mais chèrement achetée. Mais, pourquoi, avec votre documentation impeccable, ne faites-vous pas, par le menu, le procès des Assomptionnistes ? Il me semble que leur histoire, depuis le commencement du Pèlerin, dite simplement avec une ironie discrète, leur porterait un coup terrible », etc., etc..
I . On lit, par exemple, dans le New York Freeman Journal, du lo octobre i^goS: «The Freneh correspondaTit of an Irish paper bajs that a letter bas been published in which Ihe apostate Renan is stated to bave told an old collège friejad that he attacked religion because it paid to do so. Doubtless it is for the same reason tbat Ibe apostate Combes is engaged in the same evil work. »
a. «... Ceux qui font courir le bruit sottement calomnieux que M. Houtin a été payé par un certain comité afin de démolir la réputatioTi de Charles Perraud », lettre de Mgr Mignot au P. Hyacinthe, 5 fév. i^io.
Ce conseil continuait conx qii'ori me donnait depuis cinq ans de tourner mon activité contre les juifs, les protestants et les francs-maçons (1). Je ne fus pas, une seule seconde, tenté de le suivre. En quoi, dans ma triste expérience et envers ma chétive personne, les Assomptionnistes se sont-ils révélés pires que les Oratoriens? En quoi les catholiques intransigeants ou fanatiques se sont-ils montrés pires que les catholiqiies libéraux ou éclairés?
N'avais-je pas vu chez les uns et chez les autres le même esprit de corps, les mêmes procédés? Et peut-il en être autrement? Comme toutes les autres passions, la passion religieuse n'aveugle-t-elle pas ? Ce « qui est avant tout et par-dessus tout une école de sincérité et d'htimilité », c'est la science.
« La science nous enseigne, en effet, à soumettre notre raison à la vérité et à connaître et à juger les choses comme elles sont ; c'est-à-dire comme elles veulent être et non comme nous voulons qu'elles soient... La science est l'école la plus recueillie de résignation et d'humilité, puisqu'elle nous enseigne à nous incliner devant le fait en apparence le plus infime (2). »
« Celui-là seul est assuré de ne jamais mentir aux hommes qui, dans le silence de la méditation scientifique, a senti l'impossibilité de se mentir à lui-même (3).»