‹ Un vie de pretre [microform]; mon expérience, 1867-1912Chapitre 9 sur 106 · Stendhal, Le Rouge el le Noir, ch. XVII · texte numérisé non relu

Stendhal, Le Rouge el le Noir, ch. XVII

2. M.Félix-Marie Baron, né à Gétigné (Loire-Inférieure), le 37 octobre i854, ordonné prêtre en 1880, nommé professeur au séminaire d'Angers en i885. Il devint, en 1908, aumônier des sœurs dominicaines du Tiers-ordre (gardes-malades) à Loudun.

arrivait le plus fré(ïuemnieiit, il appliquait strie tement le^èglement : toute la classe se faisait m latin, et nous récitions le manuel.

Telle fut mon initiation à ce qu'on appelait emphatiquement « la philosophie chrétienne », que jo me contentais de nommer « la néo-scolastique ». Je ne goûtais pas ce système où tout me paraissait reposer sur des définitions qu'on ne voulait pas nous laisser examiner et qui me semblaient contenir ce qu'il s'agissait précisément de prouver (1). Cependant mon éducation me faisait admettre des «dogmes philosophiques». Si la raison ne me semblait pas devoir être supprimée par la théologie, il me paraissait que la révélation devait énergiquement la guider en toutes choses.. Aussi i« repoussais parfois, comme des tentations, les doutes contre l'enseignement donné. Il me faisait grand plaisir, quand je les soumettais à M. Houbart, de l'entendre appeler, en riant, la scolastique : Verha et voces. Le bon vieillard

1. Dans une lettre de M. Mignot (mort archevêque d'ALbi) -i Marcel Hébert, j'ai trouvé au sujet de ce système une appréciation qui cadre parfaitement avec mes propres souvenirs r « Comme vous avez raison de ne voir que des mots dans la métaphysique scolastique ! Ce sont des apriorisles, comme aurait diï; le P. Brugère. Ils inventent de toutes pièces une définition, pui?; / iU finissent par croire à sa vérité objective, raisonnent encensé- | quence comme s'ils avaient prouvé la chose, à peu près comme | Tartarin de Tarascon qui finissait par croire lui-même à tout ce j qu'il avait inventé. Sans comparaison malséante évidemment. ♦: Lettre du 19 mars 1886.

me consolait de mes scrupules comme de craintes illusoires et chimériques. M. Letourn&au prenait la chose plus sérieusement. Je finis par me dire: «A quoi bon m'en préoccuper ? Durant ce siècle, lès sulpiciens ont successivement enseigné dans sette chaire le cartésianisme, la philosophie écossaise, le traditionalisme, l'ontologisme. Maintenant on y présente une doctrine moyenâgeuse, pour la seule raison, dit-on, que Léon XIII Fordonne. Cela changera peut-être encore. En attendant, mon professeur de philosophie de Mongazon et plusieurs autres prêtres que Je connais, pour n'être pas scolastiques, ne sont pas des hérétiques. »

Déçu sur le terrain philosophique, j'aurais très volontiers reporté ma studiosité sur les cours d'Ecriture sainte et d'histoire ecclésiastique, mais ils n'étaient pas plus scientifiques.

Si le professeur d'Ecriture sainte, !'« ineffable » M. Aehet (1), pouvait être signalé commeunvéné-

I. Né à Bourges en 1826, nommé professeur au séminaire d!Angers en 1860. Il a été justement qualifié d* «ineffable » par le doyen du chapitre d'Angers, M. Eugène Grimault, qui a publié deux volumes d'intéressants Souvenirs (Angers, Grassin, 1907, 1910). On y trouve de jolis portraits de plusieurs des sulpiciens dont je parle ici : MM. Houbart, Achet, Schvk^arz, Ruchaud, Laroche. J'y renvoie le lecteur que le sujet intéresserait.

Je profite de l'occasion pour avertir ceux qui voudraient, sur des matières plus importantes, se servir des Souvenirs et des articles de M. Grimault, de ne pas croire toujours l'auteur sur parole. Il i^'était pas ennemi du pieux mensonge, comme le prouve l'anecdote suivante que je tiens de M. Ledoyen, supé-

rable exemplaire des vertus des anciens sulpiciens, il était aussi un curieux assemblage de tous les ridicules. Certes, il avait une excellente tête de vieux prêtre, toute bonne, des yeux clairs et rieurs, des joues fraîches encore, une auréole de cheveux blancs. Malheureusement, quand il ouvrait sa bouche souriante, il bégayait drôlement, lançait, avec des calembours, les désagréables perl'es qu'on appelle familièrement «postillons ». Dans ses heures do gravité, il racontait des histoires de revenants et de diableries. Son jugement était aussi vieillot et puéril que sa figure ridée et enfantine. Ses classes auraient diverti la prison la plus dure. Le Très Révérend Père Hébert raconte que, dans son grand séminaire, il avait vu gravé sur un banc de là classe :« C'est ici que l'on fait la classe d'exégèse, où chacun rit et cause et n'en prend qu'à son aise (1).» On aurait pu porter cette ifiscription aux classes de M. Achet. Le fond de son en-

rieur de MoDgazoD et de la communauté des Oames de la Retraite d'Angers.

M. Grimault raconta dans la Semaine religieuse une cérémonie de profession à la Retraite, avec des détails touchants, mais inexacts. « Où donc as-tu pris les renseignements? » lui dit M. Ledoyén ; « lès choses ne se sont pas ainsi passées. » Et il se mit en devoir de lui dire la vérité. M. Grimault l'interrompit en riant : « Je sais tout cela, mais il faut édifier les peuples. » M. Ledoyen, qui n'était cependant pas scrupuleux en matière historique, fut surpris et me- raconta cette conversation. Elle doit se placer entre 1891 et 1897.

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