Cf. ci-dessus, cbap. XV, p
conivaincu. que la religion de l' avenir ne sortirait pas du catbolicisme par une évolution naturelle (1), mais par mutation brusque, par rupture, par cassure. Je m'étais ainsi peu à peu détaché du catholicisme»' Si, en 1907 et depuis, un gros lot me fût échu, je l'aurais employé en prêchant le théisme, en fondant une chapelle théiste, en essayant d'importer dans mon pays certaines formes religieuses que j'avais vues en Amérique,, dans quelques Eglises unitaires les plus affranchies des survivances chrétiennes.
Mes derniers travaux m'amenèreint à penser que c'est un tort, de vouloir moderniser le christianisme.. Pas plus que toutes les autres religions positives, il n'est de révélation divine; comme elles toutes, il repose' en. grande partie sur des fraudes.. Vouloir lui créer de nouvelles bases ou de nouveaux titres est une entreprise aussi vaine que chimérique'.
Parfois,, en remuant mes fichés sur les fraudes commises dans l'histoire des églises chrétiennes et en pensant à l'insincérité (digne de leurs
I. Sur ce paiat, mes coacktsions rejoignaient celle de Marcel HéJDert. Il m'écrivait, le 28 mars 1906, à propos dtr la Lettre à un professeur d'antlir apologie,, publiée par Tyrrell : « Que les formes, religieuses, futures sortend de l'Eglise catholique évoluée., c'est une jolie thèse, qiie j'ai soutenue jadis.. Mais ce n'es.t qu'une thèse... et une bien peu probable hypothèse. » A la fia de sa vie,, Tyrrell ne croyait même pas ee que croyait Hébert,, que. daos l'avenir il y aura encore une religion.
prédécesseurs) qu© j'avais constatée chez nombre de leurs représentants avec lesquels j'avais été en rapports, je me demandais si la religion est autre chose qu'une mystification, tantôt cons ciente, tantôt inconsciente, — a humhug, comme disent les Anglais (1) — ou bien l'exploitation d'une survivance, bientôt aussi surannée que la magie.
Et quand je revoyais les interprétations auxquelles les modernistes s'étaient livrés pour remplacer des mytheis usés et réinterpréter leurs formules, je me demandais si Frazer n'a pas raison d'écrire : « L'histoire de la religion est un long effort pour réconcilier un ancien usage avec une raison nouvelle, pour trouver une théorie raisonnable expliquant une pratique absurde (2). » Et je me rappelais la parole prononcée par un pasteur sceptique quelque temps auparavant :
« De toutes les exploitations, la plus facile et la plus honorable est celle du sentiment religieux. » Et quand je revoyais mon évolution, —
1. « Nos A'oisins appellent humbug les diverses formes du mensonge inconscient, et notamment l'état d'esprit d'un homme qui prend au sérieux et au solennel ce qui ne l'est pas ; le mot se dit aussi des attitudes et des phrases par où se manifeste cet état d'esprit. Aussi bien que M. Prudhomme, un homme de génie peut être, à certains moments, un humbug... » Brémond, Hist. lilt. du sent, relig. t. III, p. 242.
2. The Golden Bough, Spirits of the Corn and 0/ the Wild, t. 11(1912), p. 477-
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comment mes oontradicteiurs m'avaient poussé, pied a pied, de la légende do saint Riené à considérer les dogmes essentiels du cathblicisme, puis les bases du cHristianisme, — je disais avec Pascal : « Les malheureiix, qui m'ont obligé de parler du fond de la religion 1 »
De telles idées me forçaient a rompre totalement avec toutes les organisations ecclésiastiques.
Je portais encore la soutane. Malgré l'irrégu* îarité de ma situation, ni mon évêque, ni Tarchevêque de Paris ne m'avaient exprimé l'ordre ou le désir que je la quittasse. Je l'avais gardée comme le vieil uniforme de l'idéalisme. J'aurais cru commettre une faute en la laissant, quand sévissait une crise de matérialisme et quand j'espérais une rénovation ou une transformation religieuse. Elle me semblait devoir être un signe de transition et pour ainsi dire d'autorité pour une future activité spirituelle (1). Après tout,
I . J'esquissai ces sentiments dans ma Crise du Clergé (article du Siècle, a 3 janvier 1906), chapitre « Ceux qui restent », p. 69 : « Notons, enfin, pour être complet, ceux qui sont encore dans l'Eglise actuellement, tout en ayant la ferme volonté d'en sortir un jour, au moment opportun, quand sera calmée la crise religieuse que traverse la France... Tels, certains prêtres, malgré les inconvénients multiples de leur fausse situation... Ils gardent seulement leur habit pour montrer que le but de leur vie n'est pas dans ce monde et qu'ils restent fidèles à l'idéal. » Tous ceux qui me connaissaient devinèrent que je parlais spécialement de moi dans ce passage .
Dans L'Univers du 4 juin 1909, Mgr Baudrillart se demanda
cette soutane ne coûtait pas un sou a l'Eglise et elle ne pouvait causer d'illusion à personne. Les journaux dogmatiques ne manquaient guère l'occasion de me traiter d'apostat ou d'inter^ dit (1) : leur clientèle était donc en garde contre moi et mes écrits. Ceux des catholiques libéraux pour lesquels la question pouvait présenter de l'intérêt, ceux-là savaient que je n'avais pas rétracté mes livres mis à l'index et que je ne les désavouerais jamais. «Mes conclusions ne me pennettant plus de conserv-er l'habit ecclésiastique, je le déposai le 24 avril 1912. •
Comm€ il y avait netuf ans que' mon évêque se désintéressait dei mon sort, je crus inutile de l'avertir de ce changement de costume. Je crus également inutile d'en informer le public et de lui déclarer mon bilan. Ma personnalité n'avait pas une telle importance qu'une pareille révélation fût urgente. Il me sembla cependant convenable d'indiquer discrètement le résultat de mon évolution dans l' avant-propos de mon Histoire du Modernisme, qui devait paraître six mois plus tard. Je le fis en ces teormes :
pourquoi je m'obstinais « à porter l'habit de prêtre catholique ». Je lui répondis : « Question indiscrète. Elle ne regarde que N. S. P. le Pape et mon évêque. Mgr le Recteur trouve sans doute qu'ils manquent de vigilance à mon endroit. »
I. Cf. ci -dessus, chap. XXTÎI, p. 42i,eitation de La Croix et ch. XIV, p. 3o2, citaticn de M. Maignen.
«... Vers 1900, comme je l'ai déjà raconté, « j'avais transposé ma foi, par des retouches successives ©t continues (1) ». Au mois de décembre 1903, l'autorité ecclésiastique, en mettant à l'index deux de mes écrits (2), montra qu'elle n'agréait point ces adaptations. Je ne m'y obstinai pas. A quoi bon? Mes études me conduisaient, — lentement, il est vrai, -— à la certitude qu'il n'existe pas et qu'il n'y a jamais eu de religion spécialement révélée. »
Je rentrai ainsi dans lei rang, c'est-à-dire dans la vie ordinaire.
Par là même, pour l'Eglise catholique, je devins et je resterai un «apostat», comme dit La Croix (3) , un « renégat du catholicisme et du sacerdoce», comme dit M. Femand Mourret, de Saint-Sulpice (4).
1. Mes Difficultés av6c mon Evêque (igoS), p. 19. a. Voir ci-dessus, chapitre XIV, p. 307.