‹ Un vieillard, doit-il se marier?Chapitre 18 sur 19 · UX VIEILLARD · texte numérisé non relu

UX VIEILLARD

purgandam Nicolai accusât ionern intentus, « Sine, » Carolus inquit, « ut pro te cœterisqiie senibus respondeam Nicolao.

Liber ius enim honestiusqiie seniim caiisam tuebitur is, qiiem, extra senium positum, nulla propria affectio,sed veritas, ad dicendiim impelîit.

» Vides Nicolaum nostrum eam legeni probare quam ipse sibi indixit, nulla quideni ratione, scd timoré nescio quo supervacaneo et austeritate quadàm subagresti, quam communis vitce iisus repudiavit. Qiii enim non improbare debemus eam vivendi consuetudinem, quam si omnes sequerentur, unico sœculo gérais hominum penitus interiret? Etenim maris et fœminœ conjunctionem ad conservationem orbis necessariam, natura ipsa instituit, nedum inter homines, sed in reliquis quoque animalibus. Itaquerectissimum puto malle communi vita vivere, et se accommodare ad civilem vitam prolemque gignerc ad amplitudinem

et j'allais réfuter l'accusation en règle de Niccolo, lorsque Carlo s'écria : « Permets-moi de lui répondre, pour toi et pour tous les autres vieillards. Leur cause et la tienne sera défendue avec plus de franchise et de désintéressement par un homme encore éloigné de l'âge mûr, et que la vérité, non la passion, pousse h prendre la parole.

» Notre ami Niccolo, comme tu le vois, fait aux autres une loi du célibat qu'il s'est imposé à lui-même, sans motif plausible, mais au nom de je ne sais quelle crainte chimérique et austérité sauvage que l'expérience de la vie a depuis longtemps répudiées. Comment pourrions-nous, en effet, ne pas désapprouver une manière de vivre qui, si elle était suivie par tout le monde, serait cause que le genre humain s'anéantirait complètement en moins d'un siècle?

L'union du mâle et de la femelle est nécessaire à la conservation de l'univers; la nature l'a ainsi voulu, non-seulement pour l'homme, mais pour tout le reste

civitatis, quam solitarium degere, sterilem, remotum consiietudine cœteroriim, vera ac perfecta amicitia, quam maxime conjiigium prœstat, ac quotidiana benevolentia privatum. Turpe quidem est, ac prœter natura nobis insitam rationem, cum homo animal sit sociabile ad procreationem natum^ ■ respiiere gignendi facultatem, et eam societatem spernere quœ sit omnium optima et jocundissima.

Cœtera animalia ratione carentia, vis ipsa impellit natiirœ ad conjunctionem procreandi gratia, ut sua species cuique conservetur. Qiiid homo ratione utens, cujus fœcunditas iitilior est brutis, an erit cœteris deterior, et facultate cœlitus propagande sobolis data, ad delendum genus hominum abutetur? Vide ne erres nimium^ mi Nicolae, si id etiam viro sapienti suadere velles, quod ad extinguendiim, non solum civitates et hominum cœtiis, sed terrarum quoque orbem spectaret. Quanquam sapiens nullo modo esse posset, qui naturœ ordini institutoajic conirairet , a qua

des animaux. C'est pourquoi je pense qu'on fait plus sagement de suivre la loi commune, de se plier aux convenances sociales, d'avoir des enfants et de contribuer à la richesse de la cité, que de vivre seul, stérile, dédaigneux de l'usage général, sevré de cette véritable et parfaite amitié que le mariage surtout fait naître, et d'une continuelle affection. Puisque l'homme est un être sociable, né pour procréer, il est honteux et contraire au vœu de la nature d'abolir en soi la faculté génératrice et de mépriser cette association conjugale qui est la meilleure et la plus agréable de toutes. Les autres êtres, privés de raison, sont poussés par la seule violence de l'instinct au rapprochement du mâle et de la femelle, en vue de la procréation et de la conservation de chaque espèce : et l'homme, être raisonnable, dont la fécondité a bien plus d'importance que celle des brutes, leur serait en cela inférieur 1 Cette faculté de se reproduire, véritable don du ciel, il

bene vivendi omnc principium diici tiir.

>) Neque vero illos ab olio lîterarum matrimonium vocabit. Non enimSocrati, Platoni, Aristoteli, Theophrasto, et c nostrîs Catoni illi prisco, M. Tiillio, Varroni, Senecœ, reliquisque doctissimis viris iixores impedimento extitere, qiio minus cœteros qui conjugia respuerent in omni virtutum et doctrinœ génère superarent. Qiiid qiiod matrimonio qui abstinet vel adulter vel fornicator cvadet, aut alîeri vitio detestabiliori involvetur. Neque tu mihi vitœ continenîiam prœ te feras : et quidcni pauci aduioduv.i existunî

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refuserait d'en user, pour la ruine du genre humain! Vois donc un peu, mon clier Niccolo, si tu ne vas pas trop loin, si même tu pourrais persuader à un sage une manière de vivre qui amènerait infailliblement la fin des cités, de la race humaine et du monde entier. Encore ne serait-ce en aucune façon un sage, l'homm.e qui irait à rencontre de la loi et du but de la nature, de ce dont elle a fait la base de toute existence bien réglée.

» Le mariage ne distrait pas non plus forcément des loisirs studieux. Leurs femmes n'ont pas été un embarras pour Socrate, pour Platon, pour Aristote, pour Théophraste et, parmi nos vieux Romains, pour Caton l'Ancien, pour Marcus Tullius, pour Varron, pour Sénèque et pour tout ce que Rome compta de savants personnages ; bien mieux, ils ont surpassé en science et en mérites de tous genres ceux qui ont dédaigné le lien conjugal. Ajoute que celui qui s'abstient du mariage tourne à l'adultère ou à la

qui cam virtutem amplectantur. Itaqiie propter honestiorem quoque vitam iixoris muneri hœrendum est. His ego de causis, etiamsi cœtera commoda abessent, omni œtaiî ad progeniem aptœ nuptias suaderem : neque vererer nescio qiiod inaue servitutis nomen, qiiod subesse in conjugio censés. Summa quideni liberlas est vivere ut velis, quod solum conjugium prœstal, in quo non servis sed imperas. Liber enim es a vitiis quœ undique innuptos circiimfluunt : imperas mulieri.^ quœ tibi parère ac servire sua sponte condiscit.

» Maxime vero senibus, quod tu pauïo anteverbis abhorrebas, matrimonium esse utilissimum judico, cum eo temporeuxorem quœrant, quo lasciviis, inscitia^ levitate. incuria vacua œtas, rébus autem

paillardise, ou s'enfonce dans cet autre vice que tu sais, plus odieux encore. Ne m'allègue pas la chasteté de ta vie :

bien peu d'hommes ont la force d'être aussi vertueux. Pour l'honorabilité même de notre existence, mieux vaut donc se marier. Voilà pourquoi, n'y eût-il d'autre avantage, je conseillerais de prendre femme à quiconque est en âge d'avoir des enfants, et je ne me ferais pas peur de je ne sais quelle absurde idée de servitude que tu vois au fond du mariage.

La liberté capitale, c'est de vivre à sa guise; le mariage seul te la donne, puisque là, bien loin d'obéir, tu commandes en maître. Tu es délivré de ces immorales tentations qui assiègent continuellement les célibataires; tu as pour servante ta femme, toute prête à t'obéir et à t'être agréable.

» Mais c'est surtout pour les vieillards que je trouve une grande utilité à ce qu'ils se marient, ce que tu nous disais tout à l'heure détester si cordialement. L'âge où ils prennent femme.

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agendis et consilio apta^ optimum acprœcipmmifructum ex re iixoria poterit percipere. Hic soins novit quœve appetcnda fuerint qiiœve fugienda : inscitiam alteriiis suo reget consilio : appetitus priidentia moderabitur. Labantcm retinebit, et ri'.dem vitaw, in suos mores traducet. »

Hic cum ridere cœpisset Nicolaus.

« Atqui, » inquit, « tu senes omnes laudas; tanquam non rnulti pueris détériores atque imprudentiores reperiantur . — Omnis œtas, » inquit Carolus, a tam seni quam juveni, si stulta fuerit, molesta est. Sed nos non de uno aut de altero, sed de communi senum causa quœrimus. Mihi quidem rationem, vivendi ducem , consideranti , et senis conjugium approbatum est, et ei rectius

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exempt de libertinage, d'étourderie, d'inconstance, d'imprévoyance, est en revanche plus apte aux affaires, plus sage au conseil, et ils pourront recueillir du mariage ses fruits les plus certains, les plus savoureux. Le vieillard sait ce qu'il faut rechercher, ce qu'il faut fuir; sa sagesse servira de guide à Tinexpérience d'une jeune femme; sa prudence lui inculquera la modération dans les désirs. Il la retiendra, s'il lui arrive de chanceler, et façonnera à ses habitudes ce caractère encore indécis. »

Ici Niccolo se prit ù rire : « Alors, » s'écria-t-il, ce tu crois à l'excellence de tous les vieillards sans distinction, et cependant il en est pas mal qui sont pires que des enfants, qui n'ont pas plus de sagesse, — Il y a des fous à tout âge, » reprit Carlo. « aussi bien parmi les jeunes gens que parmi les vieillards, et l'inconvénient est le même pour tous.

Mais nous n'avons à nous occuper ni de celui-ci ni de celui-là; c'est la cause

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