I .Maugis avait si bien pris l'habitude de
■ I < Palamè<le , que persoiuie ne se
lit plus ({ue ce rouciuin se nommait
ti réalité Jacob Wurtz, et comptait nom
re de parnits i^i Fram-forl.
Cette virtuosité aux érhecs forcnit l:i
vénération de Parville à qui le ciel avait refusé toute disposition pour les jeux < de combinaison» ; ayant appris à grand'peine la marche des pièces, et que la Reine \m\ivail aller dans tous les sens, et le cavalier d'une couleur à l'autre en sautant une case, le pau\Te en était resté là, conservant toujours pour le « coup du berger » une admiration n:iive. Aussi considérait il Palamède comme une manière de génie possédant un cerveau fourni de cases perfec-
tionnées celles de l'échicpuer, pai iil< u
« Ça doit être un rien pour ce malin lA, pensa-t-il, de se débrouiller dans les machines financières. Faudra que je lui demande... > Ft il lui demanda.
— Comment ? fit V ' de commisi ration, «.
ne vou<i rap|>ortc que '^ 1 2 |x>ur 100 7 C'est ridicule ! Certts, ce n' " vous consrillerais jamais ; .
chanceuses I Je vis trop au milieu de tout cela î Mais, sans aucun t' facilement tirer ti jHjur lOo ;
- Mais ce serait parfait, s*écria Uobcrt ; ce sont justem«*nt ces 2 1/2 pour 100 là (pii me font (hf.iut !
mon tuteur, mais seulement, par des mutations de fonds sûres, augmenter un peu mes revenus qui sont insuffisants ».
— Eh ben, mon cochon ! aurait dit Maugis. Mais Maugis n'était plus là,
— C'est curieux ce que tu es poire, mon pauvre Parville, constata Maugis, qui se trouvait là.
— Moi, continua Palamède, je veux bien, si ça peut vous être utile, vous donner quelques indications, mais pour rien au monde je n'entends vous forcer la main ; vous verrez vous-même ce qui vous con- * vient ; je ne me chargerai même pas de * * transmettre vos ordres.
— Ce vieux Palamède, clama Maugis,
toujours le même, cœur d'or, mains nettes. Je n'entrerai pas, — pour des raisons, —
Et costeau avec ça ! dans le détail des opérations délicates où
— Ah ! laisse-nous tranquilles ! grogna le le divin Palamède engagea (oh ! en le laispetit joueur d'échecs, qui redoutait l'ironi- sant parfaitement libre ! « Voyez ce que que argot de bookmaker parlé par le gros vous voulez faire... Je ne veux pas vous influencer... Seulement il me semble que... ») engagea, dis-je, son ami Robert.
Le premier mois : résultat inespéré, gain triomphal !
— J'en suis presque fâché pour vous, prétendit le rouquin méphistophélétique. Vous allez vous monter le coup, croire que vous réussirez tous les mois...
— Mais pas du tout ! pas du tout ! protesta Robert.
Et il comprit si bien la nécessité de ne pas s'habituer à des bénéfices exagérés, qu'il voulut consacrer le boni dépassant ses prévisions à l'achat d'une bou- • . , cle de ceinture convoitée par
— Ah! laissez- nou^^ grogna''k petit joueur d'échecs. Annette ! La dépense fut un peu
plus lourde qu'il ne s'y attendait, bohème, et savait la perspicacité de ce mais, bah ! de l'argent gagné ! chauve bouffi, d'une intransigeante honnêteté malgré son allure d'écumeur de pelouses engraissé de l'argent des gogos et * retiré des affaires après fortunes « faites ». ' ^ ^
Puis il conseilla deux ou trois valeurs qui, certainement...
En quittant le petit youpin, Robert trouvait le jeu de Bourse admirable de simplicité. Il s'agissait seulement d'acheter moins cher que l'on ne revendait. Quel mécanisme ingénieux !
c Et puis, ruminait-il, ce Palamède n'est pas un emballé, au moins ! Il ne vous promet pas des bénéfices extravagants ; 6 pour 100, pas plus. Et qu'est-ce que je veux moi? Je ne veux pas risquer mon petit avoir pour faire de gros coups ; je ne veux pas « danser sur la corde raide », comme dit
A dater de ce jour, Robert ne compta plus. A quoi bon? Fervent de reconnaissance, il contraignit Palamède d'accepter un échiquier de gratitude, véritable chef-d'œuvre de tabletterie ; puis il garnit sa cave ; puis U joua un peu plus gros jeu ; puis il acheta une alezane brûlée (3.500 francs), et, reconnaissant un peu tard qu'elle avait un «crapaud», la revendit beaucoup moins cher (150 francs); puis il désira explorer l'anatomie de la jolie petite marquise de Traversin qu'on lui procura, dans un
Il ht I .\ Torn oa.xs u: Bah Pai ou
I \ VILAIN MONSlEL'i; !
hucn-liro de la rue Lord-Byron, contre un versement plutôt élevé. (La charmante lui confia : t Je vois que j'ai affaire i\ quelqu'un de bien ; quand tu voudras, une autre fois, adresse-toi directement à moi ; tu me donneras la moitié de la commission que prend Marie Lacroix... > C'était tentant ; mais il avait trouvé qu'elle ne valait pas ce qu'elle coûtait).
Toutes ces aimables fantaisies se cotimt de plus cher en plus cher, Robert Par\'iLle au bout de quelques nouveaux mois, se trouv;; de nouveau très gêné.
11 venait de publier ^ Les Anciens Sourires dans je ne sais plus <|uelle Revue qui payait la copie) ! et, pwur soixante pages, avait palpé quelque chose comme 13 fr. 50; ce fut en plaisantant ce premier bénéfice littéraire qu'il entreprit, le soir même, au Bar, Palanuxie.
— Décidément la psychologie ne nourrit pas son homme. Ah ! si je ne m'étais pas promis d'être raisonnable !...
— Vous êtes gêné ! demanda le gring-.det, avec une grimace qui plissa son fourbe visagt tavelé de taches de rousseur.
— Ma foi, oui
— Jl ne voudrais pour rien au monde avoir l'air de vous conseiller une imprudence ; mais vous [>ouvez faire produire .1 pour 100 de j)lus à vos capitaux, sans danger
— Oh ! sans danger ?..
— Certainement. Il suffit de limiter vos risques : ainsi en ce moment je ix)urrais vous citer à titre d'ami quelcfues e Poodbalfonlein > rpii cotent .. Mais non, tenez, je ne veux i)as vous influencer. C'est vous qui avez raison .. on ne saurait être trop prudent . Restreignez un peu vos déiKMises, que diable 1
- Penh î dit Robert
Il fil un tour d;ins le bar, grignota une frite givrée d»* sel, puis rrvinl s asseoir près de Palamèdc :
- Vous dites que les Potxtluiffnntiin? .. Pauvre Robert ' Vous voyez (,a d'ici
Il s'emballa; ça réussit d'abord. Alors, a^lons-y .. Puis ce fut la première grosse
perle... Il voulut se rattraper... Aie Aïe I Aïe!... Il s'affola... Risquons le tout pour le tout .. Il ne sut plus du tout où il en était!... Méfiez-vous l> susurra Palamèdc, insidieux... Bah ! Fallait se refaire coûte que coûte... Et allez donc '
Enfin vint une liquidation suprême après laquelle, tous comptes faits, Robert Parville constata qu'il lui restait, en tout et
/ — J'ai affaire à quelt^u uti de bien...
pour tout, sept mille huit cent inm j ix
francs et soixante-quin/e centimes .\\oc les soixante-quinze centimes, il acheta un
cigare ; avec les trente francs, i! * • n
un joli jHMit ccJidrier <|ui la» * ; puis il héla un fiacre, se fit conduire chex
lui, et offrit les quaranf * r.
Lors, ayant allume le t . i4
la cendre dans le cendrier, c« aveo
méhinrolie qu'il «lemeur ' io
sept milb- huit cenls fr.t it peu Celait jK-u, en effet
UN VILALN MONSIEUR !
Robert se montra très bien.
D'abord il ne s'abîma pas dans les regrets à quoi bon) ? Il ne songea ni à flaire des bêlises avec un revolver, ni à s'engager dans la Légioin, ni à 'postuj^er dans les chemins de fer une place de graisseur.
Il prit seulement la résolution de changer son genre de vie le moins possible, résolution dictée par ce principe que l'habitude est une secoinde nature, dont il vaut bien mieux tirer parti que de ne pas réussir à en triompher. ^
Cependant, comme il lui faUait, par mois, une somme minimum, si minimum fût-elle, Parville conçut l'idée, à première vue audacieuse, d'élever la littérature, initialement adoptée comme « raison d'être », à la hauteur d'un moyen d'existence.
Et voici comment il s'y prit :
Il s'attacha tout d'abord à conserver les apparences de sa vie d'hier. Il ne déménagea pas ; mais, de toutes les chertés entassées par sa fantaisie, depuis les bicyclettes jusqu'aux gravures, des vases flambés aux gnéridons signés Bing, il vendit (sans s'attarder à s'ébaubir du peu pour cent qu'il en retirait), les numéros qui pouvaient se vendre sans que leur départ fût remarqué. Il obtint ainsi une certaine somme qui, jointe aux sept mille huit cents francs, constitua sa dernière ressource, celle qu'il baptisa, dans l'intimité qu'il se faisait à lui-même, la « Vieille Garde ».
Puis, il héla un fiacre.
Il s'agissait, pendant le laps de temps que durerait la Vieille Garde, reliquat des anciens revenus, de se créer des revenus nouveaux.
Ses fournisseurs, chics et chers, il les quitta sous divers prétextes, et s'adressa moins haut.
La façon cavalière et « bien parisienne » d;ont il rompit avec Annette de Provins valut à Parville de la ooinsidération (même^ il s'en fallut d'un rien que, du looiup, la donzelle se mît à l'aimer).
Robert s'exerça encore ,aux petites économies qui, additionnées, forment de grosses sommes. Successivement, son médecin, dûment stylé, lui défendit de fumer, puis lui interdit la chasse, puis lui enjoign,it de remplacer toius crus par l'eau de Vichy (Grande Grille), puis le persuada de marcher davantage au lieu de toujours rouler en voiture.
A Palamède, il conta :
— Mon cher, c'est inouï ce qu'Annette me coûtait gros ! Depuis que j'ai rompu
\]s VILAIN monsielr:
avec elle, j'ai toujours plus d argent qu'il ne m'en faut.
— Vous devriez bien me prêler dix louis, alors.
— Les voici ! dit le pauvre garçon plutôt emhêlé, et prévoyant que ce fragment de Vieille Garde ne se c rendrait > jamais.
— Vous ne vous êtes pas laissé emballer dans les mines, vous ?
— Entre nous, confessa Parville, les c PoodbaUontein » ne m'ont pas réussi.
— Je vous avais bien dit de vous méfier ! Vous n'avez pas vendu à temps ?
— C'est vrai ! Mais, en somme, je sors de là sans perles ; et .\nnette y a gagné des bijoux.
— C'est très beau de s'arrêter en gain.
— Puisque les raisons qui me faisaient avoir besoin d'argent ont disparu, je ne joue plus ..
— Kvidemment... Enfin ! Bonsoir I Quant à vos dix louis...
— Ne vous pressez pas, mon cher 1
— < Si tu crois que çii prend ! > pensa le petit joueur d'échecs. Mais il était discret par tempérament. Il avait embringué Parville par dilettantisme, et aussi \Kiwv se ménager, à la sourdine, quelques petites commissions ; Parville rincé, il ne s'intéressait plus du tout à lui.
€ Pas de défense, cet enfant, conclut-il. Si c'avait pas été moi, c'est un -autre (|ui l'aurait empile, comme dit ce pochard de Maugis. »
La Vieille Garde faiblissait.
l'n soir, au sortir du lriiK)t, Hobcrt P;^r ville |)rit le bras de Jim Smiley et l'acconi pagna jusfpi'à sa |)orlc :
— Mon cher, ça commence à m'embétor de publier de la sentimentalité dans de viigucs Hevues. Ht, vous savez, moi, si je me suis installé dans la littérature, ce n'est pas jKJur (|ue ça m'embèle . Il mo seml)le (jur ça m'amuserait de t;\ter un peu du journalisme...
Voilà un drAlc d'amusement, parexem
pir :
— Que voulez-vous ! Je Mll^, .lu fond,
l'individu sur la terre qui souffre le plus d'être inoccupé.
— Si vous y tenez : Dites donc, liambat quitte Le Scandale... C était trop stupidece qu'il y déix)sait ! Voulez-vous que je parle de vous ? une chroni(iue par semaine ?
— Oui.
— Seulement, pas de blagues. Jamais de copie à l'œil, jamais ! Flambât touchait dix louis par article. A vous on n'uw donnera pas plus de cin(i, mais réclamez-les
Depuis, j'fii tnujiturs tir Vargrnt plut qu'il ne m'rn faut...
mordicus ! Je sais bien cpie vous n'cJi avez pas besoin, mais c'est jM)ur les camarades ; faut pas gâter le métier !
— Entendu, dit Robert en riant ; on trouvera toujours bien moyen de laisser ce pclil béncf au baecara.
Les chroni(iues de Parville au Scandale réussirent assez bien ; ça lui fit quatre cents francs \K\r mois , ça lui fil surtout le « pied à l'élrier > . Avec l'aulorité que lui donnèrent ces chroniques, il chercliu des besognes anonymes
Ce fut d'abord une combinaison ingénieuse de Correspondances él rang ^res ci de
Corrcrpjndanccs provinciales. Il démarqua les unes pour écrire les autres, les autres pour écrire les unes ; résultat excellent. — En tout ; quinze louis mensuels.
La Vieille Garde faiblissait toujours,
Robert coupa les dernières ficelles qui l'altiichaient aux jeunes Revues ; des périodiques mieux rentes accueillirent des articles sérieux (retapages soigneusement maquillés des publications anglaises ou allemandes signalées par la Revue des Revues) ; les directei'js opinèrent : « Il sait un tas de choses ce garçon ! » Ci, sept nouveaux louis par mois.
Quoi encore ? Robert porta ses nouvelles à un éditeur : « Penh ! des nouvelles ? j'aimerais bien mieux un roman. Enfin voulezvous vingt-cinq centimes l'exemplaire ? » Il accepta. On en vendit huit cents. « C'est très gentil pour un début, affirma l'éditeur. Vos amis des journaux sont charmants pour vous ; essayez-moi donc un petit roman ; je vous donnerai quarante centimes. »
Robert bâcla le roman demandé : La Fatigue du Cœur. La presse s'affirma de plus en plus aimable : « Il est si gentil, ce Parville ! » On vendit deux mille exemplaires, passes non comprises. L'éditeur annonça huit éditions, prononça : « Ça va bien ; seulement il ne faut en publier qu'un par an, et puis, la prochaine fois, corsez un peu les situations. »
— « Rien qu'un par an ? Il est gai ce libraire, réfléchit Robert. Deux mille exemplaires à quarante centimes... ça me rapporte 66 fr. 65 par mois... Hum ! »
Et puis... et puis ce fut tout... pardon! Il vendit ses vers de rhétorique à un jeune Bizontin qui s'en acquit de la célébrité locale : Les Cyclamens, premières poésies. Le plus roulant, c'est que le volume décrocha le prix Bourjoade-Molinchart», cent louis 1 Robert en fumait de rage ; mais le jeune Bizontin lui envoya la moitié de l'aubaine inespérée. (On trouve encore des gens délicats, en province) . Ces mille francs, renforcèrent quelque temps la Vieille Garde.
Et puis ce fut bien tout. Jamais Parville ne réussit à gagner plus de cinquante louis par mois.
La Vieille Garde était morte au champ d'honneur.
Ne m'objectez pas que, en somme, avec mille francs par mois, un jeune homme peut s'en tirer.
J'ai déjà eu l'honneur de vous exposer plus haut que l'argent qu'on possède ne signifie rien du tout, et que seul l'argent qu'on dépense doit être pris en considération.
Or, Robert a conservé son ancien loyer, ça lui eût d'ailleurs coûté plus cher de déménager) ; s'U a changé de fournisseurs, faut tout de même qu'il distribue quelques acomptes aux nouveaux ; si décidément, le matin, il se contente de deux œufs sur le plat et d'une côtelette préparée par son groom à tout faire (dont il faut à peu près payer les gages), le soir, c'est souvent Lucas, parfois Julien, ou le Café de Paris puisqu'il a repris la vogue, et, pour frugal qu'on soit, les additions vont un train !... Faut aussi inviter des chers camarades ; alors c'est le coûteux Paillard. Et, lorsqu'on accepte trop d'invitations en ville, à nous les corbeilles de roses ! c'est la note de la fleuriste Lion qui s'enfle... Sans compter que, si l'on ne promène pas de temps en temps une de ces charmantes personnes que Maugis appelle irrévérencieusement des « outils de besoin », les confrères 'vous attribuent tout de suite des mœurs inavouables — et c'est hors de prix, à Paris, de sortir une femme.
Additionnez un peu les dépenses, comparez aux recettes ; n'oubliez pas, s'il vous plaît, le blanchissage, l'éclairage, le chauffage, diverses autres choses en « âge », songez au chancre du pourboire ; à présent, une petite soustraction mentale, je vous prie... Hein ?
Ah ! ce pauvre Robert Parville avait beaucoup de mal à ne pas joindre les deux bouts !
Aussi, que faisait-il ? Il jouait la matérielle, sans en avoir l'air.
Peut-être existe-t-il encore, en quelque département reculé, une candide lectrice, ignorante de ce que c'est que « jouer la matérielle » . Qu'elle s'instruise donc :
Robert n'était pas joueur, condition es-
UN VILAIN MONSIEUH !
scnlicllc ; le terrible archange du Baccara ne l'évenlait pas de ses ailes faites de bûches. Pas du tout. Il avait coninicncé à jouer sans passion, parce qu'on joue ; il continua, toujours sans passion, par besoin pour faire sa matérielle.
Voici le problème : vous arrivez à la table avec cinq louis ; vous les perdez ostensiblement.
— Mais?...
— Mais, au cours de la partie, vous en avez étouffé sept. Soit rjuarante francs de béncf, glissés à mesure en des poches spéciales ; ces deux louis sauveurs, c'est la nmtcn'elle.
Vous comprenez le mécanisme ? Si l'on joue comme un saj^e, si l'on se retire aussitôt le jK'tit bénéfice réalisé, on a fait sa matérielle ; si la guigne s'en mêle, la guigne au fondement verdàlre, faut pis s'obstiner, faut fuir.
La matérielle, c'est le dîner, le fiacre, la soirée, le soujK'r, (pieUpiefois l'amour. La Matérielle, c'est le nerf de la Douloureuse !
Voilà comment un garçon raisonnable, et (|ui répugne à s'eiuietter, écjuiiibre son budget.
Robert Parville carlnniKul ;iu C////; /"nz/ir- Comlois. tout près de lOpéra.
Doux asile ! Un reste de pudeur incite les I)ontes (jui y fréqueiitt-nt à se faire inscrire sous leur prénom s( iilciiu'nt ; d'où un cachet de distinction tout i>articulier. Quand le pré|)osc au t:il)li':iu noir appelle les joueurs :
•Monsitur .Mbert !
— .Monsieur Roger !
— Monsieur Lmile !
on se croirait dans une réunion de gens de maison.
Lt cjuelle gravité ! Comme l'on sent bien (\uv la |)Iupart de ceux qui opèrent là n y viciimnl p:is fwur s'amuser !
Régulièrement, de six à huit, R<>1mi| vint f:iire sa matérielle en ce lieu.
Sjms se départir des apparences de 1 indifférence, il iK>nta avec la prudi'iice bien conniH») que déploie riiidien Oomanche sur la piste de guerre ; il joua soigneusement contre la passe trois du b:in(|uier , il... mais, foin do ces détails oiseux ! Si vous avez passé i)ar là, vous comprenez très bien <-omment il s'y ï>ril ; sinon, ce serait trop long ù vous expliquer.
Kt et; lui était un sup|>lice ! Jadis, aux
heures fortunées, il entrait un instant, perdait trente louis ou en gagnait dix, savourait un {K)rt<j blanc et s'en allait. -Maintenant, il restait là de longs quarts d heures, attejitif à surNeiller les coups, sans miser, tandis qu'autour de lui...
— Laites vos jeux !
— Rien ne va plus !
— Une bûche î
— Ça n'arrive qu'à moi !
— Sept, huit, neuf. Le coup est régulier î
tf
Il jouait la malérielle au u Franc-Comtois à
— C'est le coup Giraud î l n rate pas souvent.
— Dix louis au porte crayon !
tandis (pi autour de lui .
— Combien au billet ?
— Attention, le coup du lion
— Ln plaque |K)ur moitié
— .!•• n'/ilaire pa»» «■ • nie fiehe l.i tnifgne
— 1- ailes vos jeux '
— Banco •
— Huit !
— Caries ? •
— Cinq 1
— Ça colle !
— Ah : les bûches !
— Si je n'avais pas tiré, c'était le même prix...
— Je gagne la baleine.
...tandis qu'autour de lui s'échangeaient, mécaniquement, les quelques phrases, bien personnelles, dont le tapis vert a enrichi notre chère langue française.
Il glissa dans sa bottine le louis de son dîner.
Ah ! c'est dur de gagner sa vie !
Robert conservait très dignement les apparences.
— Vous êtes un veinard, vous, gémissait Smiley ; vous vous en fichez de perdre dix louis !
— Comment ? Vous êtes encore bon, vous !
— Ah ! laissez donc, richard !
— Ce Parviile ! grognait Alaugis, c'est un type dans le genre du Pactole, tandis que nous autres, pauvres matérialistes (c'est un mol, v' savez), quelle purée! Faudra
que j'fasse un Parallèle à la façon de ce vieux frangin de Plutarque : « Le Pactole et le Matérialiste ». Dis donc, Smiley, tu viens au Bar ? Parviile, qui a assez de monnaie pour engraisser la cagnotte, peut bien nous payer des boissons coûteuses.
Robert s'exécutait et laissait au barman une portion notable de son gain.
— T'es tout de même un drôle de type, ronchonnait Maugis ; tu t'installes au claque-dents tous les soirs en guise d'apéritif, ça ne t'amuse pas, tu y perds régulièrement ton pognon ; v'ià une économie que j'ferais à ta place... Vrai ! Faut-il être marbré !
— Ce vieux Pactole, disait-il à Smiley, c'est jeune, ça ne sait pas, ça jette ses picaillons par les fenêtres ! Nous autres pauv' bougres, qu'on vit avec des douzièmes provisoires. Ah ! prodigue jeunesse !
— Penh! que veux-tu?...
Parviile gardait bien les apparences, très bien même ; pourtant, un soir...
(Ça, c'est une anecdote).
... Un soir, Robert, se sentant énervé, avec la crainte, peut-être, de se laisser emballer un peu — et c'était pas le moment ! — eut l'idée vraiment bien pratique, pour être sûr de n'aller pas l'y reprendre, de glisser dans sa bottine le louis de son dîner.
Aussilôt, le banquier se met à passer comme un fleuve.
Maugis se lève, avec quelques piécettes sauvées du désastre.
— Tu t'en vas ? fait Parviile.
— Un peu ; cette usine à abatages me trotte sur le ciboulot. Viens donc avec moi à l'Américain ; tu vas redécoconner tout ce que t'as gagné.
— Non, je sens la veine.
— T'as rien un flair !
Sur ce, la main arrive à Robert qui, ses derniers jetons faisant masse, et possesseur de deux bûches, implore :
— Cartes...
se fait répondre :
— Neuf !
et prétend mensongèrement :
— Ça n'arrive qu'à moi !
En gagnant la porte (la seule chose qu'il eût gagnée de la soirée), les mains encrassées de poussière, la gorge saharienne, le décavé sent quelque chose, dans sa bottine, qui le gêne ; il se souvient du louis
UN VILAIN monsiflh:
pour la soif, et, hâtif, entre au lavabo où il y a des tire-boutons.
Vlan ' au beau milieu de l'opération, la porte s'ouvre, et ce jeune crétin d'Isaac Spring s'amène, son petit ventre en ix)iiite devant lui.
— Tiens ! qu'est-ce que vous faites donc là, Parville?
Vous pensez si Robert, un pied déchaussé, s'embêtait. Il n'y avait pas d'erreur, Spring était ejilré juste au moment...
— Vous avez un drôle de porte-monnaie, vous !
— Mon Dieu, je...
— Oh ! s'écrie Spring, cachottier ! J y suis! C'est un fétiche 1 Faudra que j'essaie!
— Ah . vous êtes un malin vous ! on ne peut rien vous cacher ; mais gardez cela pour vous au moins,, sans cela tout le monde...
— Tiens, parbleu ! Pas si bête !
\^Fin de l'anecdote).
Et c'est ainsi que Robert Parville « équilibrait > — hum ! hum ! — son budget...
D'aiJlcurs, toujours gentil garçon, chroniqueur guilleret, ronumcier facile, suchant flirter aux boudoirs, sachant blaguer aux boulevards, il était très bien dans son genre, et le sourire sur les lèvres.
— Une belle fortune avec ça !
— Pas poseur !
— Ma chère, il fait de très jolies choses'
— Excellent camarade !
— l'n beau parti !
— Bob ? très chic type !
— Il est de très bonne famille !
— Moi, je r gobe, ton ami :
rCes exclamations se rapportent aux différents mondes où Robert était reçu à merveille).
Spritiff était entré au moment.
El l'on reprejiail, tous en chieur
- Robert Parville ?
— Un charmant garçon !