IX, — LES MOULINS
En sortant de l'école, les enfants voient laDurdent, qui écume et se cabre sous les roues de nombreux moulins.
Dès le XII® siècle, la mouture des grains fut la principale industrie d'Héricourt. Mais jusqu'à la Révolution personne n'eut le droit de choisir son moulin, pas plus que son four ou son pressoir. Il fallait aller au moulin, au four et au pressoir du seigneur, et si les services du seigneur étaient publics et obligatoires, ils n'étaient pas gratuits.
Le bénéfice des moulins était même si considérable qu'il tenta les moines de Saint-Wandrille et les prieurs de la Madeleine de Rouen. Moines et prieurs promirent des prières, des indulgences, quelques bonnes places en paradis, et obtinrent à ce prix, dans le courant du xii° siècle, de beaux moulins sur la Durdent ^
Les banalités comptaient parmi les charges les plus onéreuses et les plus vexatoires de l'ancien régime. Les moines et les prieurs, gros, gras, dodus, enfermés dans leurs retraites comme des rats dans des fromages de Hollande, ignoraient les misères du pauvre monde, ne comprenaient rien aux gémissements qui s'élevaient du fond des campagnes et tiraient de leurs moulins le meilleur parti possible.
1 V. M. Hellot, op. cit., pp. 77-8