PILATE
La dédicace commence par ces mots :
Cette apothéose de la VERMINE
Et ainsi se trouve affirmée de la façon la plus insultante pour Israël l'indépendance absolue de l'auteur.
Sous ce titre, le Salut par les Juifs, c'était son unique moyen d'échapper au soupçon que de charitables gens n'auraient pas manquer de faire naître.
11 est difficile de citer quelque chose pouvant donner une idée de la conception générale de l'œuvre. Ce livre suprême entre les suprêmes nécessite une lecture complète et approfondie.
Voici toutefois une parabole qui se peut détacher du chapitre XXVIII :
Et voici maintenant que, du fond des hypogées de la mémoire, me revient un apologue sublime d'Ernest Hello sur la Gloire et la Justice.
Cette parabole étonnante, qui ne fut
peut-être jamais écrite et que l'auteur, vraisemblable-
ment, n'eût pas osé publier, je la livre de bon cœur, telle à peu près qu'il me la conta lui-même, quelques années avant de mourir.
Le Juge vient à son heure que nul ne connaît. A son approche, les morts ressuscitent, les montagnes tremblent, les océans se dessèchent, les fleuves s'envolent, les métaux entrent en fusion, les plantes et les animaux disparaissent; les étoiles accourues du fond des cieux montent les unes sur les autres pour assister à la Séparation des bons d'avec les méchants. L'épouvante humaine est au-delà de ce qui peut être pensé.
— J'ai eu faim et vous ne M'avez pas donné à manger; J'ai eu soif et vous ne M'avez pas donné à boire ; J'étais étranger et vous ne M'avez pas accueilli ; J'étais nu et vous ne M'avez pas vêtu; J'étais malade et captif et vous ne M'avez pas visité... » St MATTHIEU, chap. 25.
C'est tout le jugement, — effroyablement infaillible, effroyablement sans appel.
Enfin, un homme se présente, un être horrible, noir de blasphème et d'iniquités.
C'est le seul qui n'ait pas eu peur.
C'est celui-là et non pas un autre qui fut maudit des malédictions du ciel, maudit des malédictions de la terre, maudit des malédictions de l'abîme d'en bas.
C'est pour lui que la malédiction descendit jusqu'au centre du globe pour y allumer la colère qui devait dormir jusqu'au jour des grandes Assises.
C'est lui qui fut maudit par les cris du Pauvre, plus terribles que les rugissements des volcans, et les corbeaux des torrents ont affirmé aux cailloux roulés dans le lit des fleuves qu'il était vraiment maudit par tous les souffles qui passaient sur les champs en fleurs.
II fut maudit par l'écume blanche des vagues exaltées dans la tempête, par la sérénité du ciel bleu, par la Douceur et la Splendeur, et maudit enfin par la fumée qui sort des chaumières à l'heure du repas des très humbles gens.
Et comme tout cela n'était rien encore, il fut maudit
LEOiN BLOY. 33
dans son infâme cœur, maudit par Celui qui a besoin, éternellement besoin et que jamais il ne secourut.
Il se nomme peut-être Judas, mais les Séraphins qui sont les plus grands des Anges ne pourraient pas prononcer son nom.
Il a l'air de marcher dans une colonne de bronze.
Rien ne le sauverait. Ni les supplications de Marie, ni les bras en croix de tous les martyrs, ni les ailes éployées
des Chérubins ou des Trônes Il est donc damné, et
de quelle damnation!
— J'en appelle!... ! dit-il.
Il en appelle A ce mot inouï les astres s'éteignent,
les monts descendent sous les mers, la Face même du Juge s'obscurcit. Les univers sont éclairés par la seule croix de Feu.
— A qui donc en appelles-tu de Mon Jugement? demande à ce répouvé Notre-Seigneur Jésus-Christ.
C'est alors que dans le silence infini de la création, le Maudit profère cette réponse :
J'en appelle de Ta Justice à Ta Gloire!
Et je trouve, dans le même chapitre XXVIII, cette phrase qui exprime si bien le côté mystérieux de pareilles conceptions :
Quand on parle amoureusement de Dieu, tous les
mots humains ressemblent à des lions devenus aveugles et qui chercheraient une source dans le désert...
En 1906, nouvelle édition du « Salut par les Juifs » à Paris, chez Victorion et C'*^, un vol. in-8 comprenant VII p.p. pour la dédicace et la préface, 163 p.p. pour le texte, plus le tit. le f. tit. et un feuillet. Impression de premier ordre en caractères Grasset; lettres ornées en tête de chaque chapitre. - 4 exemplaires sur Japon et 20 sur Hollande.
Dédicace modifiée comme il suit :
à Raïssa Maritain
Je dédie ces pages
écrites à la gloire catholique
du Dieu
d'Abraham, d'Isaac et de Jacob
Cette seconde édition, publiée avec un soin infini, n'a pas encore donné à ce livre sa vraie place (1).
(1) On en trouve encore des exemplaires à la librairie Gougy et à la librairie Grès.
Slieir de Saog (1870-1871). Paris, Dentu, 1893, un volume in-18 de 358 pages de texte et table, neuf feuillets pour le titre, le faux-titre, la dédicace et la préface. Il a été tiré dix exemplaires sur papier de Hollande.
Le livre est orné d'un portrait de Léon Bloy par Charles Gain et de trois dessins d'Henry de Groux.
Dédicace primitivement rédigée par l'auteur :
A LA MÉMOIRE WtFAMÉE
DE