‹ Un voyage au YunnanChapitre 9 sur 10 · LARGEUR. LONGUEUR. PRIX · texte numérisé non relu

LARGEUR. LONGUEUR. PRIX

pieds.

fr. c.

Colonnade écruc

La même en noir

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do

1,80 en plus

Colonnade écruc

o,ai

La même en bleu

do

0f80 en ijIus

Cotonnade rouge

Cotonnade cendrée ....

do

Cotonnades étrangères. — Le tableau des importations étrangères à Mongtze donne le résultat suivant pour les * grey shirtings » et les « T. Cloth » qui sont les articles les plus importants du chapitre des cotonnades :

Grey shirtings.

T. Cloth

QUANTITÉ

7068 pièces.

14336 pièces.

VALEUR

Hk.Tls. 17979 Ok. Ils. 31683

QUANTITÉ

16954 pièces.

17900 pièces.

VALEUR

Bk.TIs. 41634 flk.Tls. 39155

Il y a une augmentation assez marquée pour Tannée 1891, surtout en ce qui concerne les

« grey shirtings » ; mais cette avance n'est que fictive. L'offre Ta emporté de beaucoup sur la demande. Aussi les arrivages ont-ils été nuls au commencement de la saison de 1892, et, comme M. Happer en demandait la raison, les négociants chinois lui ont répondu qu'il leur restait en magasin un stock considérable de cotonnades dont ils ne pouvaient pas se défaire.

Il faut reconnaître du reste que ce commerce en est actuellement à la période de tâtonnement. Jusqu'ici les tissus étrangers n'avaient pu pénétrer au Yunnan, à cause des frais de transport et des droits qu'ils devaient acquitter. On avait apporté tout au plus des étoffes de qualité inférieure, par conséquent très légères, afin de pouvoir se rattraper par la diminution du poids, sur les dépenses qu'entraînait un long voyage à dos de mulet. Cette manière d'opérer avait jeté sur les produits européens un certain discrédit contre lequel ils ont à lutter maintenant.

Il est difficile de tirer quelque conclusion

d'un essai limité à un court espace de deux ans seulement ; on a pu néanmoins voir se dessiner le goût des acheteurs.

Les « grey shirtings > l'emportent de beaucoup sur les « white »,qui tendent à disparaître du tableau.

Les <r T. Cloth » de 36 pouces sont plus demandés que ceux de largeur moindre.

Les « velveteens » prennent aussi une avance marquée.

En résumé, l'importation des cotonnades étrangères au Yunnan est loin d'avoir atteint la progression sur laquelle on avait le droit de compter. Si elles n'ont pas eu le succès rapide obtenu par les filés de l'Inde, cela provient de ce qu'elles ne répondaient pas à un besoin réel du pays, et la raison en est bien simple.

Les indigènes préfèrent et préféreront longtemps encore les cotonnades qu'ils tissent euxmêmes, à toutes celles que nous pourrons leur offrir, surtout avec les dimensions qu'on cherche à leur imposer.

Ce n'est pas seulement une question d'habitude pour eux, mais une néœssité réelle.

Leurs vêtements, d'une coupe immuable que la mode mettra des siècles à entamer, pour les fenmies aussi bien que pour les hommes, trouvent, dans les petites largeurs propres aux étoffes du pays, des mesures calculées depuis les âges préhistoriques de façon à donner le moins de déchet possible.

De plus, comme le fait observer judicieusement un missionnaire anglais qui est resté plusieurs années à Ta-li-fu, et a pu se rendre compte exactement de l'état des esprits sur cette question, les cotonnades étrangères sont trop belles, par conséquent trop chères, et elles ont le défaut grave de donner plus de peine que les autres au lavage. « They hold thedirt », dit-il, et il en parlait savamment, car il a soin d'ajouter qu'il lui est arrivé maintes fois d*aider sa femme, quand elle ne trouvait pas de blanchisseuse.

Il ne faut donc pas être surpris de Finsuccès

relatif que rencontrent les tissus de l'Angleterre et de l'Inde sur les marchés du Yunnan, puisque la qualité qui devrait militer en leur faveur est au contraire un obstacle à leur diffusion parmi les indigènes.

C'est à ce dernier écueil, la qualité supérieure^ que nos manufacturiers se heurtent surtout dans les vaines tentatives qu'ils font pour lutter avec les importations étrangères. Ils s'obstinent plus encore que leurs concurrents à vouloir démontrer aux indigènes qu'il y a avantage et économie à acheter de bons produits.

Cette vérité n'a pas échappé aux gens du Yunnan; mais leur « buying power » a des limites qu'ils ne peuvent dépasser, et ils sont condamnés à acheter des articles inférieurs. Il faut se mettre à leur portée si l'on veut réussir.

Longtemps encore les conditions resteront les mêmes pour le Tonkin, le Laos, l'Annam, et la province reculée du Yunnan.

Nous devons par conséquent adapter nos produits à la situation, et non pas attendre que

210 UX VOTAGE AU YTXNAX

la situation s'adapte à eux. Il faat enfin savoir se conformer aux besoins de racheteor, et se résoudre à lui offrir des étoffes de petite largeur.

Le champ est assez vaste pour mériter une étade et des efforts spédanx, et le morceau en vaut la peine, car la fortune récompensera l'audacieux qui sortira de la routine suivie jusqu'ici.

Opium.

L*opium ! On ne paraît pas se douter en France de l'importance de cette question que l'on a le plus souvent traitée et résolue d'un cosur léger.

Elle a été, et elle est encore pour le Tonkin, la boîte de Pandore, d'où se sont déversés tous les maux qui Taccablent et les désespérances qui l'envahissent. Aurons-nous le courage et le bon sens de la refermer après avoir eu la maladresse de rouvrir ?

IMl»ORTATION ET EXPORTATION 217

C'est de là que dépendent la pacification du pays, et le développement normal et régulier de son commerce,

A l'appui de ces prémisses, je ne puis mieux faire que de résumer un article publié au mois de juillet 1889 par le Courrier d'Haiphong^ et dans lequel Fauteur anonyme fait preuve d'un grand talent d'observation, et d'une sorte de prescience :

« Le Yunnan exporte en grandes quantités « l'étain et surtout l'opium dont la culture « couvre le tiers de la province.

« D'après des chiffres officiels, on a constaté

« en 1888 qu'il était sorti par la route de Pai-sé,

« à destination de Canton et de Pakhoï, 14 mil-

« lions d'opium et 2 millions d'étain, auxquels

« il convient d'ajouter 3 millions de produits

« divers, soit en tout 19 millions de francs, en

« échange desquels il est entré au Yunnan la

« même valeur de filés, cotonnades, flanelles,

« bimbeloterie, etc., etc.

« Ce trafic de près de 40 millions à l'impor-

« talion et à rezportatîon, qui n'a pu prendre « la route du Tonkin parce que toute relation « commerciale était interdite, passera-t-il main- « tenant par le fleuve Rouge?

« Pour qu'un produit pénètre dans une con- « trée, il doit y être attiré soit par les besoins « du pays devenu consommateur, soit par « les avantages qu'il présente comme voie K commerciale, et qui permettront à ce produit « de se déverser au dehors, sur des marchés « consommateurs, dans des conditions écono- « miques favorables.

« Or Topium, le principal article d'exportac tion du Yunnan, celui qui nous serait le plus « précieux pour l'échange de nos marchandises, « est condamné fatalement à fuir le Tonkin « tout aussi bien au point de vue du transit « que de la consommation locale :

a 1° Comme article de transit, il ne peut « abandonner la route de Pai-Sé et prendre la ce voie rapide et plus économique du Tonkin « pour se rendre à Canton ou ailleurs, car il

« devra d'abord payer 20 taëls en sortant de « Chine, et pour y rentrer il sera forcé d'ac- « quitter des droits énormes d'importation qui « compenseront Téconomie du transport.

« Donc Topîum ne transitera pas. »

Les événements ont démontré la justesse de de ces prévisions. Sur 15 millions de francs d'opium, au bas mot, exporté par le Yunnan, il en est passé seulement pour 156,000 francs en 1890, et 174,000 en 1891.

2° Comme article de consommation, l'opium se trouve consigné à la frontière par la ferme que nous avons établie, mais il entre quand même en contrebande, non seulement sans profit pour le fermier ni pour nous, mais en causant dans le pays les plus affreux ravages.

Il est donc clairement indiqué de supprimer la ferme.

« Ce serait la suppression de la grande pirate terie-contrebande qui s'organise aujourd'hui « et remplace la piraterie d'autrefois. Les pil- « lards épars de la frontière sino- annamite

« font place à des bandes organisées de conte trebandiers armés. Une bande de pirates est « signalée ; souvent elle ne vient ni pour piller « un village, ni pour enlever un poste et lui « voler ses armes ; elle passe simplement, em- « portant avec elle deux ou trois mille taëls « d'opium d'une valeur de 15,000 francs. Si « le coup réussit, la bande a gagné au moins « le tiers de la somme en peu de jours et sans « courir de grands risques, dans une région « difficile où il est impossible de les poursuivre « à travers des sentiers connus des seuls con- « trebandiers.

« Combien passent ainsi sur l'immense fron- « tière terrestre de Monkaï à Laokaï par « Langson, sans qu'on s'en aperçoive le moins « du monde !

« On se plaint d'un redoublement de pira- « tarie dans ces régions. Piraterie? non pas, « mais contrebande presque uniquement. Tant « qu'il y aura au Tonkin la ferme d'opiuni, (( qu'elle vendra une piastre et demie une once

« d'opium, qui ne vaut que ^ 70, il sera « impossible d*empêcher la piraterie, c'est- à- « dire la contrebande ; et on dira en France : « le Tonkin n*est pas pacifié ! »

Ces paroles prophétiques ont été écrites en 1889, et leur vérité trace au gouvernement la conduite qu'il doit tenir.

L'opium est la monnaie d'échange par excellence du Yunnan. Nous ne pouvons l'accepter en payement de nos marchandises, et les habitants du Yunnan à leur tour ne peuvent prendre nos marchandises parce qu'ils n'ont pas d'autre monnaie à nous offrir.

Il faut absolument sortir de ce cercle vicieux. L'intérêt du pays et de notre commerce l'exige impérieusement.

Le remède proposé par l'auteur de l'article me semble devoir résoudre pratiquement et avantageusement ce problème ardu en apparence.

« Qu'on supprime la ferme en la remplaçant « par un droit d'entrée sensiblement égal au

« droit de sortie de Chine, 20 taëls ou 30 plas- « très.

« Ce droit rapportera, lui seul, eu un an, « plus que la ferme d'opium ne payera jamais « jusqu'à la fin de son contrat. Il donnera sa- < tisfaction aux Annamites à qui on vendra To- « pium qu'ils préfèrent un tiers moins cher que « celui de la ferme, et supprimera en même « temps la piraterie-contrebande sur toute la « frontière. »

Je m'associe patriotiquement à la proposition énoncée ci-dessus, car je suis convaincu, moi aussi, que ce moyen radical mettrait fin à tous nos ennuis.

Le Yunnan aurait un intérêt commercial et un avantage financier à diriger tout son opium vers notre frontière, et nous serions là pour en prendre charge.

Ce produit aurait ainsi moins de tendance à.

s'égarer entre les mains des contrebandiers, et ces derniers, du reste, ne trouveraient plus au Tonkin un débouché rémunérateur. Ils seraient

donc obligés de déposer les armes, car la guerre acharnée qu'ils nous font n'a pas d'autre mobile que f appât d'un profit considérable que nous avons l'imprévoyance de laisser à leur portée.

Indépendamment de l'épargne qui en résulterait pour la vie de nos soldats, et de l'économie que nous ferions sur les frais de colonnes, le Protectorat réaliserait encore un bénéfice sérieux, après avoir désintéressé largement le fermier auquel nous avons concédé ce monopole désastreux.

Étain.

L'étain du Yunnan provient exclusivement des mines de Ko-tchiou. Il est connu dans le commerce sous le nom de « Plank tin » (étain en planche), en raison de sa forme. On le coule dans des moules qui ont 0°*, 35 sur 1", 10 do long, et une profondeur de 0, 05 centimètres.

Pour la facilité du transport, on coupe les

saumons en deux morceaux d'un demi-picul chaque qui forment la charge d'un mulet.

Cet article constitue à lui seul les 86 centièmes du commerce d'exportation. Il présente le chiffre de 29,167 piculs pour l'année 1891 contre 22,121 exportés en 1890.

Son prix était autrefois de 8 à 9 taëls, mais il est monté rapidement à 13 et 14 taëls après la rébellion, et il est actuellement à 18 taëls. Il a augmenté naturellement au fur et à mesure de la demande, devenue d'autant plus pressante que l'opium était exclu du marché tonkinois.

L'étain restant ainsi le seul moyen d'échange important pour les produits chinois ou étrangers qui arrivent au Yunnan en quantités croissantes, il a atteint un prix qui va bientôt cesser d'être rémunérateur pour les transactions dont il est la base.

Le traitement appliqué à l'opium dans notre colonie commence à réagir d'une façon sérieuse sur le commerce d'importation qui touche à une

période critique, ainsi que M. Happer le fait ' remarquer dans son rapport de 1891.

« Les négociants chinois affirment qu'en « achetant Tétain au prix actuel, ils n'ont d'au- « tre avantage que celui d'économiser les frais « de banque qu'ils auraient à payer, s'ils fai- « saient des remises en argent à leurs commet- « tants de Hong-Kong et de Canton.

« Comme ils ne peuvent se servir de l'opium, « et que l'étain est le seul article d'échange « dont ils puissent disposer pour écouler leurs « produits, ils sont obligés d'exporter ce métal tf comme marchandise de retour, et la concur- « rence pour l'obtenir est arrivée à un tel degré « que les payements se font d'avance, long- « temps avant la livraison.

€ Les prétentions des propriétaires de mines « se sont accrues en conséquence, et ne laissent « plus à l'acheteur d'autre bénéfice que celui « dont il a été question plus haut.

« Dans ces circonstances, le surplus des im-

« portations prendra chaque année une pro-

« portion plus grande on ce commerce s'arrê- « tera ; car, quoique rétain ait été exporté en « plus grande quantité en 1891, il est encore c loin de couvrir le chiffre des exportations « auxquelles il aurait dû suffire comme moyen c d'échange.

€ L'opium rétablirait cet équilibre. C'est « pour cela que les marchands voudraient voir « le Tonkin l'accepter sur ses marchés, car ils « pourraient se procurer cet article en paye- « ment de leurs marchandises sur tous les « points du Yunnan, tandis que l'étain qui est « extrait dans le voisinage de Mongtze ne con- « serve sa valeur d'échange que dans un rayon « très limité.

« Aussi ont-ils accueilli avec un vif intérêt le a bruit qui a couru, que le gouvernement du « Protectorat avait l'intention de proposer au « fermier la résiliation de son contrat qui finis- « sait à la fin de 1892, et qu'on a renouvelé « pour huit ans.

ce Cette résolution, à leur avis, donnerait

« une vive impulsion au transit du fleuve « Rouge, car l'opium, en raison de sa grande c valeur sous un petit volume, serait un « moyen d'échange spécialement utile pour « le genre d'affaires qui se fait au Yunnan. »

Sel marin.

La fabrication du sel marin est l'industrie la plus importante du Tonkin, de TAnnam et de la Cochinchine, et fait vivre une population considérable sur cette longue côte qui s'étend du Cambodge à la Chine.

Le sel était autrefois le principal produit d'exportation du Tonkin. Il s'échangeait contre le thé, l'opium, les drogues chinoises, etc., et servait de monnaie pour les petites transactions.

Son prix était d'une 1/2 piastre à Hanoï et il se vendait 6 à 7 piastres le. picul à Manhao.

La clause de notre traité avec la Chine, qui en défend l'importation au Yunnan, a donc été un

coup sérieux porté tout à la fois à l'industrie indigène et à notre commerce.

Je n'aurais pas à parler de cet article prohibé, si je n'avais Parrière-pensée qu'il est possible, et qu'il est de notre devoir, de remédier à cette situation regrettable.

Bien que le sel ne doive pas, théoriquement, pénétrer au Yunnan, il s'y infiltre néanmoins en quantité notable, et j'ai vu des caravanes entières de mulets chargés de sel partir de Laokaï, et traverser la frontière sous Toeil bienveillant des autorités chinoises, qui sont les premières à profiter d'un mal qu'elles sont le plus souvent impuissantes à empêcher.

Le sel gemme du Yunnan, que l'on a voulu favoriser en édictant cette prohibition contre le nôtre, a un goût amer et détestable auquel les indigènes paraissent ne pas s'être accoutumés plus que moi, et c'est avec plaisir qu'ils verraient le sel annamite arriver sur leurs marchés.

Cette question est venue plusieurs fois sur le

tapis dans nos conversations avec les mandarins de Mongtze, et tous étaient d'accord pour admettre qu'il vaudrait mieux établir un droit élevé sur le sel que de lui fermer la porte, puisque la contrebande le fait entrer par la fenêtre, et qu'il est une cause perpétuelle de troubles pour le pays, comme l'opium l'est pour nous.

Le moment est donc propice pour leur dire :

Passez-nous le sel, nous vous passerons V opium.

On arriverait facilement à une entente commune, par l'intermédiaire de notre consul, sans qu'il soit nécessaire pour cela d'entreprendre une aussi grosse affaire que la revision d'une clause de traité avec la Chine.

Cuivre.

Bien que le cuivre ne figure pas au tableau des exportations, il n'est pas sans intérêt de lui consacrer quelques moments d'étude, car cet article, à l'égal de l'étain et de toutes les

marchandises lourdes et encombrantes, est destiné fatalement à prendre tôt ou tard la voie du fleuve Rouge, surtout si une ligne ferrée relie Mongtze à Yunnan-Fu.

Il constituerait alors pour nos compagnies de transport un fret important, dont nous pouvons apprécier la valeur à l'aide de chiffres puisés à des sources officielles.

Le Yunnan possède une grande quantité de mines de cuivre ; il y en a sur tous les points de son territoire, et celles de l'Ouest et du Sud qui se trouvent dès maintenant dans notre zone d'attraction ne sont pas les moins riches.

Le cuivre est un article de première nécessité pour le gouvernement de Pékin, puisque ce métal sert à fondre les milliards de sapèques qui forment, avec les lingots d'argent, la seule monnaie courante de ses 400 millions de sujets.

• Aussi n'a-t-il pas hésité à faire les plus grands sacrifices pour dompter la rébellion musulmane, qui l'avait privé tout à coup des 63,000 piculs

de cuivre (3,800 tonnes) que la province lui fournissait comme redevance annuelle, et de la quantité plus grande encore qu'elle envoyait aux fonderies provinciales.

Depuis lors, malgré l'énergie développée par le vice-roi Tsen-yu-ying, qui avait à cœur de réaliser les projets qu'il nourrissait déjà quand il n'était que Fu^aï, l'industrie minière, presque anéantie par les ravages de la guerre, ne s'est relevée qu'avec une extrême lenteur, et ce n'est pas sans peine que la province a pu expédier en dix ans 50,000 piculs de cuivre seulement, c'està-dire une quantité inférieure à ce qu'elle donnait annuellement avant la rébellion.

Assailli par la crainte de voir le Trésor manquer de ce métal, dans un moment où la Chine faisait appel à toutes ses ressources pour lutter contre nous, le ministre des finances O-loho-pu demandait rapports sur rapports au viceroi et au gouverneur du Yunnan, en vue de remédier à cette éventualité menaçante.

On peut suivre dans la Gazette de Pékin y à

partir de 1883, les préoccupations graves que cette question a causées au gouvernement chinois. Le système de réglementation des mines, où rÉtat s'adjugeait la part du lion, fut revisé de façon à laisser un peu plus de marge aux producteurs, et le contrôle, livré exclusivement aux mandarins qui absorbaient les bénéfices par leurs exactions, fut partagé entre eux et un comité de marchands.

Les procédés d'exploitation étant trop primitifs et trop coûteux, on pensa à leur substituer des moyens plus scientifiques ; mais on s'arrêta malheureusement à une demi-mesure. On se contenta d'envoyer deux ingénieurs japonais sur les lieux, et d'acheter en Europe des appareils de ventilation et des pompes d'épuisement pour une somme dérisoire de 40,000 taëls. Une avance de 2 millions de taëls, et un subside annuel de 1 million de taëls avaient été accordés par décret impérial au vice-roi Tsen-yuying, pour encourager et aider les propriétaires de mines.

Le rapport de 0-lo-ho-pu auquel nous empruntons ces renseignements insiste même sur la nécessité de créer des compagnies particulières pour exploiter, non seulement le cuivre, mais aussi les autres métaux.

Dans sa réponse, Tsen-Yu-Ying déclare à son tour que Vimpossihilité cT exporter par eau les produits du sol, enlève toute activité à Vexploitatlon minière.

Cet aveu explicite fait par le gouverneur général, dans un rapport confidentiel adressé à l'empereur, démontre clairement l'intérêt réel que la province du Yunnan aurait à se servir de la voie du fleuve Rouge.

Le gouvernement de Pékin n'est pas moins intéressé lui-même à ce qu'on fasse un pas décisif de ce côté. Voici quelques chiffres à l'appui de cette opinion.

D'après les calculs qui ont été faits, le transport du cuivre de Yunnan-Fu à Shanghaï par la voie de Chung-king coûte au moins 7 taëls, soit 10 dollars par picul.

Par le Tonkin il payerait seulement jusqu'à Hong-Kong.

De YunnanFu à Manhao, à dos de mulot :

12Jour8àHk.Tls.O,3opar jour ot par bèlo do«ommc. 5 i$ 60

Do Manhao à Halphong 1 50

Do Haïphong à Hong-Kong 20

Total 7^30

Ce serait donc une économie de 2 ^ 70 par picul, et de 170,000 & pour 63,000 piculs ; et nos steamers y gagneraient un fret de 94,500 piastres, sans compter le cuivre qui serait exporté par les marchands chinois.

Dans le cas où un chemin de fer serait établi entre Mongtze et la capitale, la dépense se trouverait encore réduite de près de moitié :

Par rail, de Ynnnan-Fa à Monglzo, maximum .... 1 ,5 00 Do Monglze à Manhao, à dos de mulet, 3 jour>«... 1 40 Do Manhao à Hong-Kong 1 70

Total 4 ^ 10

Bénéfice net pour le gouvernement chinois 6^ 90 par picul, soit 434,700^ pour 63,000 piculs.

Musc.

Le Yunnan exporte annuellement plus de 3 millions de francs de ce produit, dont le Thibet fournit les deux tiers à lui seul.

Ce commerce est actuellement entre les mains des marchands du Szetchuen, qui expédient le musc à Shanghaï par Hankow, et h Canton par la route de Pai-sé.

Le musc vaut actuellement 10 taëls l'once à Mongtze. Il en est sorti seulement 636 onces en 1890, et 1,134 en 1891 par la voie du fleuve Rouge ; mais cette quantité pourra prendre de très grandes proportions, si nous savons tenter les indigènes par le choix des marchandises que nous leur enverrons, et surtout si nous intéressons les colporteurs chinois à aller chercher cet article jusque sur le marché d'A-teng-tze, où nos produits peuvent arriver à meilleur compte que ceux de nos concurrents par les autres voies.

Produits du Thibet.

L'Angleterre fait tous ses efforts pour s'ouvrir une voie commerciale avec ce pays par Darjeeling. Nous pouvons, nous aussi, pénétrer dès maintenant jusqu'au Thibet par le Yunnan, sans payer d'autres droits que ceux de la douane chinoise à A-teng-tze, ville située près de la frontière dans le nord-ouest de la province.

Les pèlerins thibétains et les lamas, qui ne dédaignent pas de faire du commerce, apportent sur ce marché des laines brutes, du musc, de Tor en paillettes, de la cire, des étoffes, des tapis, en un mot tous les produits de leur pays.

On évalue le commerce d'échange à près de 20 millions de francs.

Nous pourrions offrir nos indiennes, nos draps rouges, verts et jaunes (couleurs qu'ils affectionnent), et les divers articles de notre industrie qui flattent leurs goûts et répondent à leurs besoins.

La ville de Sin-an-sau. — Un ethnographe. — Une auberge de muletiers. — Mes voisins de chambre. — Deux égoïstes. — La chambre de Monseigneur. — Tarif des auberges. — Départ pour Laokaï et la ligne. — Un audacieux reptile. — Hanoï.

10 mai, — Malgré tout le plaisir que j'éprouve à me trouver dans ce pays intéressant, où l'existence s'écoule douce et tranquille, il a fallu songer au retour et quitter ces relations agréables et ces bonnes amitiés que je m'étais créées.

J'ai donc repris seul, car mes compagnons sont partis pour Yunnan-Fu, j'ai repris seul et mélancolique le chemin de Manhao, d'où je me lancerai comme un trait sur Yenbay, le long de ces fameux rapides qui vont enfin me restituer à

la descente, cette vitesse qu'ils m'ont prise à la montée si impitoyablement.

Mes coolies fontun premier arrêt à Sin-an-Sau, petite ville murée, fort coquette, et presque propre si je la compare aux autres. C'est le but de promenade le plus habituel des étrangers de Mongtze ; aussi, les habitants montrentils un empressement plus discret pour me voir passer. Les femmes, les enfants ne peuvent résister à la tentation, et viennent sur le pas de leur porte, mais ils regardent à la dérobée, comme s'ils avaient peur d'être vus.

On me dépose près du marché, devant un arc de triomphe en granit finement sculpté et orné de nombreux bas-reliefs.

Le commerce du fleuve Rouge avait apporté par ici la richesse, et même le luxe. Je conçois qu'ils se rappellent ce beau temps avec regret, et qu'ils comptent sur nous pour le faire revenir ; mais nos efforts ne répondent guère à cette attente.

Je suis bientôt entouré de gens de la cam*

pagne que leurs affaires ont amenés à la ville. L'un d'eux m'exhibe comme une bête curieuse, et paraît donner à son auditoire ébahi les renseignements les plus intéressants sur cet animal étranger. C'est probablement un savant ethnographe de la localité.

11 mai, — J'ai fait pour la première fois Texpérience d'une auberge de muletiers.

On s'est apitoyé bien souvent sur le sort du petit Jésus naissant au milieu d'une étable entre un âne et un bœuf ; je réclame à mon tour un peu de commisération, car je viens de passer la nuit dans une écurie entre un buffle qui soufflait comme une locomotive (c'est sans doute sa manière à lui de ronfler?) des cochons qui, dès 4 heures, grognaient la faim, des coqs matineux, des poules qui venaient de pondre, et de braves petits chevaux et mulets qui mangeaient silencieusement la paille hachée qui leur sert d'avoine. Il y avait là une chambre à deux couchettes, « Si parva licet

componere magnis

Je n*étais séparé de mou noble entourage que par un faible treillis de bois à jour, qui s'élevait à peine à hauteur d'homme. C'était évidemment la chambre de luxe réservée pour les voyageurs de distinction ; cela devait être comme ce qu'on appelle dans les hôtels de Lourdes la chambre de Monseigneur ; aussi avaitelle été occupée avant mon arrivée, par deux boys Chinois que je suis chargé de ramener à Hanoï. Ils s'étaient hâtés de prendre les devants et la chambre ; et l'on prétendait n'avoir plus à me donner qu'un lit de fumeur d'opium qui se trouvait dans la salle commune, où grouillaient une trentaine de coolies et de muletiers. On y fumait le tabac et l'opium, on y faisait la cuisine ; la fumée était aveuglante. C'est là que je pris un modeste dîner froid, réchauffé toutefois à la fin par une tasse de café, dont j'avais eu la précaution d'emporter une bouteille avec moi. En regardant se dérouler les spirales de mon havane, je songeais au moyen d'améliorer ma po-

sition qui me paraissait désespérée, et j'escomptais déjà les heures de mauvais sommeil que j'allais passer au milieu de cette foule bruyante et puante, lorsqu'il me vint à Fesprit que mes deux gaillards, que je ne voyais pas, avaient dû se débrouiller pour leur gîte. Et quand je les trouvai si confortablement installés (ce que je dis est relatif!), on ne peut se figurer la vigueur avec laquelle je mis en pratique le « Ote-toi de là que je m'y mette ». Les deux roués avaient Tair de dormir comme des souches, enveloppés dans leurs couvertures jusque par-dessus la tête. Jésus, chassant les marchands du Temple, le fit certainement avec plus de délicatesse que je n'en usai pour conquérir de haute main la Cham,hre de Monselgiieur. Une bonne claque sur le bas du dos fit lever la tête des dormeurs qui décampèrent sans protester. A égoïste, égoïste et demi!

Voilà comment j'ai pu dormir assez tranquillement de 9 heures à 5 heures du matin, dans le

village de Shui-Tien.

212 ex VOYAGE AU YUXXAN

La note était moins salée que ne le sera celle des hôtels de Chicago pendant Texposition, mais aussi quel contraste! Voici le tarif des auberges :

\ sans riz : 30 sapcques par jour (3 sous).

Pour un Chinois..... ^-

r avec riz : 70 sapèqucs.

!100 sapcques, sans le riz.

on paye le riz comme extra.

Il n'y a pas lieu de s'étonner après cela que la main-d'œuvre soit à si bon marché, et que l'on achète à si bon compte le musc, le thé, Topium, et les diverses productions du pays.

Le temps ne m*a guère favorisé ; une brume épaisse, qui m'aurait traversé jusqu'aux os si je n'avais pris mes précautions, me prive du plaisir de contempler une fois encore ces fiers sommets, produit des dernières convulsions de la nature quand elle a créé l'Himalaya. Mais à mesure que je descends au-dessous des nuages, les plateaux, les vallons verdoyants se découvrent devant moi. Je revois les sites charmants où je m'étais arrêté, et je leur souris en pas-

sant comme à de vieilles connaissances. Je traverse ça et là quelques affleurements de charbon analogues à ceux que Ton trouve sur le bord du fleuve Rouge, et j'arrive à Manhao vers 5 heures du soir.

Le 12, je repars pour Laokaï sur un bateau chargé d'étain. Avec une cargaison aussi peu encombrante, ce n'est pas la place qui manque à bord, mais on me la fait payer cher. On est soumis ici comme ailleurs à la fameuse loi de l'offre et de la demande, et, comme je suis pressé, on en profite pour me mettre le couteau sur la gorge.

La descente est vertigineuse dans certains passages, mais, avec des gens rompus dès leur enfance à ces manœuvres, le danger est absolument nul.

Un seul incident a marqué cette courte traversée.

Un serpent de belle taille traversait la rivière devant nous ; le matelot de l'avant laisse retomber sur lui sa ongue gaffe en bambou,

dans Fespoir de lui casser les reins, mais il manque Tanimal, qui, furieux, se retourne contre nous, et s'avance menaçant, la tête haute hors de Teau. Entreprendre une lutte aussi inégale dans un élément qui n'est pas le sien, c'était vraiment de l'audace ! Un second coup mieux asséné blesse l'imprudente Bête qui gagne péniblement la rive, et disparaît dans les hautes herbes avec des mouvements désordonnés.

Nous gagnons Laokaï en douze heures. De là un convoi militaire me ramène à Yenbay en quatre jours, et je m'embarque le 17 sur le steamer Yunnan qui me dépose le soir même à Hanoï.

J'ai donc mis huit jours seulement pour descendre de MongtzeàHanoï; il m'avait fallu un mois à la montée pour franchir cette distance.

Le Tonkin actuel au point de vue agricole et industriel. — Nouvelles industries à créer. — « Les petits ruisseaux font les grandes rivières ». — La législation sur les sociétés. — Modification nécessaire. — Avantages qui en résulteraient.

Dans le numéro du 16 octobre dernier, et sous le titre « Travail », le Courrier d*Hdiphong fait un exposé complet du développement actuel du Tonkin au point de vue agricole et industriel.

Cet article ne pouvait tomber plus à propos,

car il vient à Tappui de tout ce que j'ai pu dire

en faveur de notre magnifique colonie. Il

trouve donc ici sa place:

c L'inauguration de la fabrique d'allumettes

semble marquer pour le Tonkin le premier jour d*ime ère nouvelle, l'ère du travail. Si la fête de mardi a été à Hanoï la fête de l'industrie, la fête du conmierce, Tère qui commence sera vraiment celle de Tindustrie et du commerce.

c De tous côtés des sociétés s'organisent, et des efforts particuliers viennent avec elles contribuer à mettre en œuvre le Tonkin agricole et industriel. On travaille, on travaille sans relâche, avec foi dans l'avenir, car cet avenir est demain pour beaucoup déjà, pour les ouvriers de la première heure.

« Près de Ké-so, MM. Guillaume frères ont plus de 50,000 pieds de café de la plus belle venue ; la période des essais est terminée pour eux, et aujourd'hui que Texpérience est faite, ils vont augmenter rapidement leurs plantations avec les espèces les plus vivaces et les mieux

appropriées au terrain et au climat. C'est la première grande exploitation agricole du Tonkin, et toutes les sympathies accompagnent ces efforts intéressants.

« MM. Gobert frères, à Nam-dinh et près d'Hanoï, ont commencé de grandes plantations d'arec. C*est une culture indigène qui ne peut que réussir et être productive. Mais, comme celle du café, elle demande quatre, cinq ans de travail et de patience ; ici où Ton voudrait recueillir avant de semer.

« Encore deux ou trois ans et MM. Gobert, comme MM. Guillaume, auront leurs plantations en plein rapport.

« Sur les bords de la rivière Claire, à Phudoan, c'est M. Duchemin dont rien ne peut abattre le courage, et qui finira par triompher de toutes les difficultés ; avec de faibles ressources il continue ses expériences agricoles et touche au succès.

« Entre Kep et Phu-lang-Thuong, autre tentative intéressante, celle de MM. de Boisadan

et Chesnay à la Ferme des Pins : jumenterie, culture du coton. Rien n'a été épargné pour réussir, et la ferme est une merveille d'organisation.

a Rappelons encore les plantations de café de MM. Le Vasseur, Bigot et Morice à Hunghoa; de coton de M. D. Vincens près de la montagne de TÉléphant dans la province d'Haiduong.

« Une immense concession est accordée depuis longtemps déjà à M. Bourgouin-Meiffre sur la rive droite de la rivière Noire, et cette année notre entreprenant compatriote va commencer la culture du coton en grand. Il a fait venir, et a installé sur place, un homme compétent pour diriger les travaux.

« EnQn M. U. Pila, dans deux concessions qui viennent de lui être accordées, va aussi commencer la culture du coton.

« On le voit, au point de vue agricole, Teffort est indéniable, et le résultat, nous Tespérons, sera à la hauteur de Tesprit d'entreprise de tous ces courageux colons.

« Industriellement, la bonne volonté n'est pas moindre.

« Mardi le gouverneur général inaugurait la fabrique d'allumettes de la Société française.

« Rien n'a été épargné, ni vastes bâtiments, ni outillage le plus perfectionné pour créer une usine modèle. Bientôt on ne brûlera au Tonkin que des allumettes tonkinoises.

« A Ke-so, à côté de leurs plantations de café, MM. Guillaume frères ont leurs ateliers de marbrerie si connus de tout le Tonkin.

« Dans quelques jours Tinauguration de la fabrique de papier de M. F. H. Schneider. Déjà ses ateliers d'imprimerie lithotypographique, de cartographie et de gravure sont sans rivaux en Extrême-Orient. L'industrie du papier, avec les mille applications et la consommation énorme qu'on en fait au Tonkin, est appelée au plus

grand succès, que nous souhaitons à la tenta-

tivo intelligente de notre imprimeur.

c M. BourgoinMeiffre ne s*est pas confiné seulement dans sa grande fabrique de vêtements et d'équipements militaires. Admirablement secondé par Mme Bourgouin-Meiffre, une femme d'une intelligence et d'une énergie rares, qui dirige ses plusieurs centaines d'ouvriers et d'ouvrières avec un ordre parfait, et trouve encore le temps de tenir la correspondance et la comptabilité, il peut porter au dehors toute son activité. C'est ainsi que, d'un côté, il tient la ferme de la Badiane de la province de Langson, qu'il a pu installer à Hanoï une distillerie, une filature de soie, et qu'une filature de coton importante va s'élever bientôt sur les vastes terrains qui séparent du fleuve les bâtiments de la rue Jean-Dupuis.

« Tout près de là, M. Daurelle s'occupe du redévidage de la soie indigène, avant de l'expédier en France.

« Enfin, dans quelques mois, la maison U. Pi-

la va créer trois filatures de soie avec 600 bassines.

« Nous ne parlons pas, dans cet exposé de rindustrîe, des maisons de tous genres, fort importantes également, qui n'ont pas pour objet d'utiliser les produits du Tonkin.

« La fièvre des mines est calmée.

« Aujourd'hui deux mines sont seules exploitées par des particuliers ; la mine d'antimoine de MM. Devaux et Vézin à Ma-thé près d'Ackoy, et le charbonnage de MM. Marty etd'Abbadie près de Yen bay.

« C'est qu'il faut beaucoup d'audace pour risquer une aussi grosse partie, sans avoir derrière soi les capitaux d'une société puissante.

« Viennent ensuite les grandes sociétés : la Société française des charbonnages du Tonkin, la Société des mines de Ké-bao, et la Société française des houillères de Tourane en Annam.

'Sj^ vs vuyage au yunxan

c La première a déjà dépensé au moins six ou sept millions, mais elle est vraiment à la Teille de lexploiiation commerciale et de la vente sur tous les marchés de TExtrême-Orient.

4 Ké-bao suit de près. Voici son port qui va se faire et son chemin de fer ; le puits est terminé déjà ; dans quelcpies mois ses actionnaires seront arrivés au terme de leurs efîorts.

c On peut en dire autant des houillères de Tourane, d'une exploitation relativement plus facile et qui demandera moins de temps.

€ Le Tonkin agricole, le Tonkin industriel et minier sont dans la période de travail préparatoire des grands essors.

« Nous sommes heureux de saluer cette heure qui sonne, pour le Tonkin et TAnnam, une ère de paix et de travail. »

Voilà des faits qui valent mieux que des paroles pour montrer le Tonkin sous son jour véritable.

Cette relation fidèle est d'autant plus flat-

teuse pour notre génie colonisateur, si souvent discuté et mis en doute, que tous les résultats signalés sont dus exclusivement à l'initiative privée, et que la plupart ont été obtenus dans des temps de cruelle indécision, où Tincertitude du lendemain faisait hésiter les plus audacieux.]

Il y a malheureusement une ombre à ce tableau, et une lacune regrettable.

On y cherche vainement, et pour cause, le Tonkin commercial, le Tonkin du transit avec le Yunnan, celui qui intéresse le plus directement le commerce et Tindustrie de la métropole, et sur lequel j'ai appelé Tattention avec tant d'insistance, car c'est lui surtout qui scellera l'avenir et confirmera le grand succès du pays.

Bien que l'énumération des progrès accomplis jusqu'ici soit longue, elle est loin d'être complète, et l'auteur aurait pu citer encore les chantiers de MM. Marty et d'Abbadie où l'on a construit de toutes pièces, et avec les produits du

pays, des steamers comme le Yunnan ; les grands ateliers de la maison Chaumont et Daniel, où la marine trouve Toutillage nécessaire pour réparer ses navires, et enfin cette compagnie fluviale qui a donné une si vive impulsion au développement de la colonie, et qui n'aura achevé son œuvre que le jour où elle poussera jusqu'à Laokaï , le point terminus de ses escales.

Que de choses nouvelles on pourrait faire encore ! Que d'industries profitables on pourrait établir, si les capitaux étaient mieux renseignés et plus disposés à entreprendre des campagnes lointaines!

Une ligne de bateaux à vapeur, un service de touage et une voie ferrée sont nécessaires entre Yenbay et Laokaï.

La culture du coton, qui prend un si grand essor en ce moment, va réclamer des machines à égrener et à presser.

On a besoin d'appareils de forage pour les recherches minières, et une maison qui s'en

tiendrait à cette spécialité et à ce genre de travail, ne chômerait guère.-

L'huilerie serait une des industries les plus intéressantes à installer au Tonkin, et ne demande pas un énorme capital comme les raffineries, les filatures de coton ou de soie, etc. Outre des graines très oléagineuses que l'on récolte dans les parties montagneuses, on trouverait le coton, puis le ricin et Tarachide que Ton cultive sur une grande échelle. Comme débouché on aurait d'abord la consommation du pays, puis Hong-kong et tous les points de la côte jusqu'à Singapour.

Enfin, si on consulte les rapports de douane de rindo-Chine, on pourra constater avec une douloureuse surprise que la Cochinchine et le Tonkin paient annuellement à Tlnde près de trois millions de francs pour les sacs de jute, dits « gunnies », qui servent à l'exportation du riz. L'exploitation de nos charbonnages va encore augmenter nos besoins.

Est-il possible que nous restions plus long-

temps tributaires de l'étranger pour une somme aussi considérable, quan 1 le Tonkin peut fournir les textiles nécessaires, et la main-d'œuvre destinée à les transformer?

Les Japonais viennent de nous donner l'exemple, et ont inauguré Tannée dernière, près de Kobé, une vaste usine pour la fabrication de ces sacs.

Comme on le voit, le Tonkin est pavé de bonnes affaires au point de vue agricole, industriel et commercial, et j'entends par là nonseulement de vastes entreprises, mais aussi des affaires modestes qui feraient courir peu de risques aux capitaux, tout en leur assurant un dividende sérieux. Ces dernières conviendraient merveilleusement aux petites bourses de la colonie si elles savaient se grouper; malheureusement l'éducation financière de nos colons laisse beaucoup à désirer sous ce rapport. On a eu beau leur rappeler que les petits ruisseaux font les grandes rivières, on n'a pu réussir à concentrer leurs efforts pour une action commune,

et à mettre en jeu cette énergie latente qui aurait eu tant d'influence sur le développement du pays.

La faute en revient aussi, il faut bien le dire, à notre législation sur les sociétés, qui a fixé le taux d'émission des actions à un chiffre trop élevé, surtout pour un capital au-dessous de 100,000 francs.

Si on pouvait former des sociétés d'études ou d'exploitation avec des actions de 5 piastres par exemple (20 francs), comme cela se fait avec tant de succès dans les colonies anglaises, la petite épargne spéculatrice, qui s'éparpille à tort et à travers dans des billets de loterie ou dans les maisons de jeu, viendrait chercher un refuge intéressé dans la caisse d'une compagnie dont les actions seraient à sa portée.

Tous ces petits capitaux, qui sont voués à l'impuissance isolément, trouveraient dans l'union la force suffisante pour faire sortir du sol les richesses qu'il contient, et ce n'est pas

seulement les Européens qui répondraient à cet appel, mais aussi les Chinois qui ont pu apprécier à Singapour, à Hong-kong, le mode d'opérer des Anglais, et les Annamites eux-mêmes, entraînés par Texemple des fils du Céleste Empire, dont le génie commercial les a frappés depuis longtemps.

La diffusion du capital par des actions émises dans la colonie aurait encore ce précieux avantage de solidariser l'intérêt du colon avec l'avenir du pays qu'il habite.

Est-il donc impossible d'appliquer chez nous le même système que les Anglais, et devons-nous perdre l'espoir d'obtenir, nous aussi, les résultats si satisfaisants que ce principe des compagnies à petites actions a valus à nos voisins, pour la mise en valeur de leurs colonies ?

Ne pourrait-on, par une loi d'exception en faveur du Tonkin et de l'Annam, considérés comme pays de protectorat, faire une dérogation à ces règlements que Ton a édictés sagement sans doute pour les sociétés fondées en France,

PROGRÈS ACCOMPLIS PAR LE TONKfN 259

mais qui n'ont plus ici la même raison d'être que dans la mère patrie?

Cette question mérite un examen sérieux, et devrait être soumise au Parlement sans plus tarder, car elle a une importance considérable pour la prospérité de nos nouvelles possessions surtout, que leur initiation récente à la vie coloniale condamne, pour ainsi dire, à tourner dans un cercle vicieux.

Elles ne peuvent développer leurs ressources qu'avec une lenteur désespérante, parce que les colons de la première heure ne sont pas des capitalistes ; et les capitalistes de France ne veulent pas s'aventurer ayant que le pays ait donné la mesure de sa valeur et du crédit qu'il est capable d'inspirer.

En attendant une solution, le champ est ouvert aux capitaux de France, et il est regrettable de les voir rester inactifs. S'ils n'osent pas se lancer en colonnes serrées, parce qu'une grande entreprise au Tonkin se révèle encore pour eux sous les apparences d'un gouffre, qu'ils

tâtent le terrain en s'intéressant du moins à ces petites affaires dont j'ai parlé plus haut. Ils n'auraient pas à s'en repentir, car ils puiseraient dans le succès, la confiance et Taudace qui leur ont fait défaut jusqu'ici.

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