LE PARTI DU PROGRÉS ET LE PARTI R£ACTI0N14AIR£ AU JAPON
HUtoire rétrospective. — Hiéas, ioudaieur de la dynastie des taïkouns actuels. — Midzouno propose l'ouverlure du Japon. — Les princes Kanga. Mito et llvaramono-Kami. — Le rèprne de Yesada et la régence d'Ikammono-Kami. — Le premier traité avec l'Amérique. — Perry et Townserid Harris. — Le second traité avec TAmérique. — Conclusion des nouveaux traites avec l'Angleterre , la France, la Hollande et la Kussie.
A Nagasacki et à Hakodadé, Tlutérêt commercial prédomine à tel point tous les autres que le voyageur ne peut y recueillir que des fragments épars concernant la vie politique des Japonais et la révo* lution que l'arrivée des Européens et Américains a causée parmi eux. A Yokohama et Yédo on attache, au contraire, une grande importance à la connais* sance des faits relatifs à l'histoire contemporaine
du Japon. Plusieurs étraiigei s se sont appliqués à découvrir le lien qui les unit les uns aux autres, et leurs recherches, dirigées avec beaucoup de patience et de sagacité, ont produit un ensemble de renseignements qui , sans être complets, permettent déjà de former un récit logique.
Ce récit, dont la connaissance est indispensable pour comprendre la nature de nos relations avec les Japonais, doit précéder la description de Yokobama et de Yédo, de ses habitants et notamment de la petite communauté étrangère qui s'y est établie depuis la signature des derniers traités entre les principales puissances occidentales et le Japon.
Il y a environ deux cent soixante-dix ans que le général Faxiba, plus connu dans l'histoire sous le nom de Talkosama, fut cbargé par l'empereur légitime du Japon, le mikado, de faire rentrer dans l'obéissance plusieurs grands vassaux qui s'étaient révoltés. Faxiba , au lieu d'exécuter les ordres de son souverain, profita des pouvoirs dont il était investi pour se mettre lui-même à la tète du gouvernement. Il relégua le mikado dans son séraii, Fentoura de dignitaires auxquels il donna des titres pompeux et de laiblcs revenus, en fit une sorte de roi fainéant^ et ne lui laissa que l'apparence de l'autorité. Le fils de Faxiba, Fidé-Yori, était trop jeune pour recueillir impunément les fruits de cette audacieuse usurpation : il périt bientôt assassiné par
AUTOUR <BU JAPON. 1 1 i
liou propre tuteur, le général Uiéas. Celui-ci » laissant le mikado en possession de ses vains titres,
alla s'établir à Yédo, dont il fit la seconde ca[)itale de l*empire, et fonda cette dynastie de chefs militaires qui , sous le nom de cJmgouns ou laïkouns ont régné depuis au Japon* L'organisation féodale du pays s'opposait toutefois à la réalisation immédiate de ses plans; un grand nombre de princes . refiisèrent de reconnaître le «pouvoir du général Hiéas : il soumit quelques-uns de ces mécontents, et força les autres à adhérer aux lois de Gangensama, espèce de pacte politique qui, depuis celle époque, forme la base de la constitution S
En vertu de ces lois, les princes insoumis, les dixhuit grands daïmios ou goiichiSf restaient maîtres à peu près absolus dans leurs principautés respectives; seulement ils devaient, à certaines époques, se rendre à la cour de Yédo et y résider pendant un temps déterminé. Hiéas voulut, par celle obligation, marquer leur état de dépendance; mais il les abaissa surtout par la création d*one nouvelle et puissante noblesse* Ces nouveaux nobles furent les jeums doêkniosy au nombre de trois cent quarante^uatre, et les hattomotos (capitaines), au nombre de quatrevingt mille. Vassaux du taïkoun, les nouveaux no^
1. Gongen-sama est le nom sous lequel on rend aui m&nes de Hiéas des honneurs presque divids»
bles devaient lui rendre hommage, lui payer tribut, se soumettre à une conscription militaire, et restituer dans certains cas, si leur suzerain l'exigeait, les fiefs dont ils avaient été investis. Une assemblée de grands daïmios était chargée de proposer les mesures d'intérêt général; le taïkoun avait à les exécuter lorsqu'elles avaient reçu la sanction du mikado. Le taïkoun était donc en réalité le chef du pouvoir exécutif, pouvoir représenté par le goradjOf ou conseil des cinq, siégeant en permanence à Yédo.
Hiéas mourut en 1616, après dix-huit ans de
règne. il avait fait reconnaître un de ses fils pour f son successeur; trois autres de ses enfants, les go- 5an/î€5 (princes du sang loyal), reçurent Tinvesliture des riches principautés de Kousiou, de Mito et d'Owari. Le mikado avait été force de sanctionner une loi en vertu de laquelle le t^ïkounat devait être maintenu dans la descendance directe de Théritier choisi par Hiéas ou dans les familles gosankés.
Le nouveau taïkoun, appuyé par les trois cent quarante-quatre jeunes daïmios et par les quatrevingt mille hatlomotoSf s'élabUt sans difficulté sur le trône de Yédo. Les grands délias s'habituèrent peu à peu à uu ordre de choses qui leur assurait la jouissance tranquille de privilèges achetés par leurs ancêtres au prix de leur sang et de leurs ri-, chesses« Quant au mikado, gardant tonyciirs ses
prétentions au pouvoir absola, mais réduit à Fimpulssance, il vécut d'une pension que lui octroyait le taikoun. Depuis cette révolution, une paix pro* fonde a régné au Japon jusque vers le milieu de . notre siècle; le miliado résidait à &ioto (Miako) * et n'exerçait qu'une influence morale sur les affaires de r£tat ; le taikoun avait sa cour à Yédo ; il entretenait une nombreuse armée , possédait dlnunenses revenus, et c'était lui qui exerçait en réalité le pouvoir.
Vers Tannée 1840, sous le règne du taïkoun Minamoto Yeoschi, le conseil des cinq avait pour chef le ministre Midzouno £tkisenno-Kami, homme fort instruit et supérieur à la plupart de ses compatriotes. Après la conclusion du traité de Nankin, qui termina en 1842 la première guerre des Européen contre la Chine, én ouvrant aux étrangers une partie de l'empire du Milieu, ce ministre eut la hardiesse de proposer à ses collègues d'ouvrir le Japon aux hommes de TOccideut. Cette proposition fut accueillie froidement, et il se hâta de la retirer; mais il n'avait pas soulevé en vain cette question : beaucoup de Japonais distingués s'en occupèrent activement. A leur tête se trouvaient le prince de KangSi le plus riche des gok*chi$, le prince de Mito,