‹ Un voyage autour du JaponChapitre 15 sur 27 · L'ancienne capitale du Japon est indiquée sur nos cartes · texte numérisé non relu

L'ancienne capitale du Japon est indiquée sur nos cartes

géographiques sous le nom di' Miako , traduclion verbale du mot capitale. Le véritable nom propre de cette résidence impériale est Kioto.

UQ des trois gosahkiSf et Ikammono-Kami, diOmio

très-influent, qui a joué plus tard^ comme régent» un grand rôle dans l'histoire de son pays.

Le prince de Kanga, apportant dans l'appréciation des faits si graves qui tendaient à rapprocher TOccîdent de TOrient le même esprit libéral qui animait le ministre Midzouno, publia un écrit remarquable S où il cherchait à prouver combien le Japon avait intérêt à ouvrir ses ports avant que les étrangers vinssent demander d une manière trop pressante la suppresrion des anciennes entraves. Uècrit du prince de Kanga, dirigé contre une des opinions les plus anciennes et les plus enracinées dans Taris* tocratie japonaise , causa une sensation profonde. Le doïmto Ikammono**Kami, appelé plus tard à devenir régent, a[)prouva le langage et les idées du prince; le vieux gosa/nhé de Mito blâma au contraire énergiquement ses conclusions. Descendant d*une famille souveraine, connu par sa bravoure, sa prudence et sa force physique, le prince de Mito était regardé comme le vrai type du noble japonais, et

1. C'est à l'obligeance de M. Tabbé Hermet de Cachon, missionnaire apostolique à Hakodadé Ç\e de Yesso), que je dois la communication de cet écrit du prince de Kanga. On retrouve dans ce curieux document tous les arguments dont les ambassadeurs européens se servirent, dix ans plus tard, pour enpagor les Japonais à entrer eu relations avec les puisbauces ceci-

jouissait d'une grande popularité. Ses vassaux lui étaient aveuglément dévoués; à la cour même do mikadOy parmi les adversaires naturels de sa famille, il comptait de nombreux amis. Le respect et Taffec* (ion dont il se voyait entouré poussaient jusqu'à l'exaltation Tardeur de son patriotisme. Il n'y avait, selon lui, qu'un pays civilisé, le Japon; en dehors de cet empire vivaient les barbares. Si la race affaiblie et dégénérée des Chinois n'avait pu résister à l'agression des hommes de rOccidenl, il n'en pouvait è(re ainsi des Japonais, qui gardaient encore le même courage et la même force qu'à cet iv^e héroïque où ils avaient repoussé l'invasion des Mongols; ils ne repousseraient pas moins vaillamment les chrétiens s'ils osaient se présenter, et les chasseraient comme ils les avaient chassés une première fois sous le règne du taïkoun Hiéas.

Le prince de Kanga et Ikammono-Kami n'osèrent

pas faire une opposition ouverte au prince de Mito; mais ceiui*ci ayant conseillé à son cousin, le taïkoun Hinamoto, d'expiilser de sa cour le ministre Mid«zouno» qui le premier avait eu Taudace de parler de réformes, Ikammono-Kami usa de son influence avec beaucoup d'habileté, et parvint à maintenir à la présidence du conseil des cinq le chef du parti progressiste. A la suite de cet insuccès, Mito quitta Yédo, et son adversaire Ikanmiono*>Kami, proUtant de son absence, le perdit dans l'esprit du taXkoun

en le représentant comme un homme dangereux, dont la popularité pouvait porter atteinte au pouvoir du souverain. Il y eut dès lors guerre ouverte entre Ikammono-Kami et Mito, c'est-à-dire entre le parti progressiste et le parti conservateur.

Malgré ses sympathies avouées pour la cause du progrès, le laikoun Minamoto-Yeoschi se trouva bientôt dans un extrême embarras. On était en 1853, et on venait d'apprendre Tarrivée de la flotté américaine sous les ordres du commodore Perry. Le taikonn se voyait forcé de prendre ouvertement parti, aux yeux da Japon entier, pour ou contre les amis des réformes. Le prince de Mito, étantaccouru en hâte à Yédo, i\i Lou? <es elTorts pour renverser iiiammono-Kami ; mais le tâukoun resta fidèle au parti qu'il avait d'abord embrassé, et après une courte hésitation reçut avec bienveillance les communications du président des Etats-Unis. Quelques jours plus tard, il mourut. Le mystère qui entoure sa mort n'est pas encore éciairci. Nous pouvons donner cependant le récît qui courut à ce sujet parmi la population de Yédo \

Le prince de Mito, après une dernière audience du taikoun, était rentré fort agité dans son palais. Plusieurs membres de sa famille et quelques-UQS de

1. l6 tiens les détails de ce récit de M. A. Gower, attaché à la légation anglaise de Yédo, un des hommes qui ont avec le plus de fruit étudié la situation actuelle du Japon.

ses amis les plus intiaies s'y étalent réunis et Vy attendaient. Sans prendre garde k la présence des domestiques el des officiers subalternes, il s*élaU écrié à différentes'reprises ; « Honte sur Ikammono- Kami, qui a trahi Tempiref > Un de ses fllsTayait entraîné dans un appartement intérieur, et à la suite d*une longue conversation le prince était allé conférer secrètement avec ses amis. Tout seaiblait indiquer que la mort du taïkoun et d'ikammono* Kami avait été ré.<(3lue dans cet entretien, puisque le taïkoun avait été assassiné secrètement par un domestique, proche parent d'un des princes de Milto ; mais, le meurtrier s*étant tué après avoir consommé son crime, on n'avait pu établir sa complicité avec qui que ce fût ^

Yeseda, le fils de Blinamoto*Yeoschi, qui lui succéda en qualité de taïkoun, était idiot et incapable

1. Les Japonais n'ont pas pour la vie le même attachement que les Européens. Dans aucun pays, on ne rencontre aussi Âicilement des hommes prêts à mourir pour un principe politique. Il n'y a pas un village au Japon où ne se puissent trouTer des exaltés qui prennent pour devise : Je tue et je meurs! comme les forcenés qui assaillirent M. Alcock. En général, les Japonais semblent attacher aux biens de la terre beaucoup moins de valeur que les chrétiens. La perte de leurs richesses, celle du parent le plus aimé, ne leur causent en apparence qu'une dou* leur légère. Le lendemain du grand incendie qui détruisit la moitié de Tokobama et condamna des milliers d'habitants à la misère, les étrangers ne purent découvrir aucune figure abattue parmi les nombreuses victimes de ce désastre.

lis UN VOYAGE

de gouverner. Ikammono-Katni, dont la famille garde héréditairement le droit à la régence, fut noiniiié régeiil (gotairo). A peine en possession du pouvoir, il força le prince .de Mito à sortir de Yédo en le menaçant de le traduire devant la justice comme meurtrier de Minamoto. Le départ de son rival laissa Ikammono-Kami mattre suprême, et lui permit, s'il le voulait, de se tourner complètement vers le parti du progrès. Mais ce prince,

s'il n'avait rien conservé des préju^^és japonais, ce qu'il est bien, diflicile d'admettre, avait trop de ruse et d*ambition pour ne pas modifier, une fois au pouvoir, ses opinions libérales. Afin de lutter avec avantage contre Mito, le chef du parti réactionnaire, il s'était montré auii des réformes; Mito vaincu et éloigné, le régent songeait à revenir au système contraire, qui lui assurait la popularité. La marche rapide des événements le trompa dans ses desseins. Le commodore Perry reparut au Japon ' en 1854, et tous les efforts du régent pour le renvoyer sans lui faire de nouvelles concessions furent inutiles. Le commodore, qui se savait invincible à bord de ses navires de guerre, demeura inébranlable dans ses demandes, et les Japonais furent contraints de signer un traité de commerce, par suite duquel M. Tovrasend Harris, nommé consulgénéral des États-Unis, s'établit dans la petite ville de Simoda. Homme d^une rare intelligence, habile

autant que patient, M. Harris, tout en s*appliquant à gagner les bonnes gr&ces des hauts fonotionnaires, sut tirer adroitement parti des événements pour arracher à la cour de Yédo de nouvelles concessions. Aussitôt qu'il connut le résultat de la seconde guerre de Chine, il se rendit auprès du gouverneur de Simoda et lui eipliqua, dans un sens favorable i ses projets, ce qui venait de se passer. La Chine, lui dit-il, était complètement vaincue ; il avait suffi que l'Angleterre et la France envoyassent une faible partie de leur puissante flotte et de leur nombreuse armée pour subjuguer Tempire du Milieu, dix fois plus grand et plus peuplé que le Japon* Le gouvernement chinois était avili aux yeux dé ses propres sujets et humilié devant le monde entier ; il subissait ainsi la conséquence de son mépris pour Fesprit de progrès ; un pajs riche et civilisé ne pouvait plus, dans les temps modernes, se condamner à un

isolement stérile; il était obligé de se rapprocher des autres nations ou devait s'attendre à ce que celles-ci vinssent Ini imposer leur présence. On ne pouvait plus, dans l'état où se trouvaient les choses, séparer les intérêts généraux du Japon de ceux de la Chine ; la présence des flottes étrangères dans les mers chinoises était à la fois un conseil et une menace pour le gouvernement du Japon. Les Anglais désiraient nouer des relations avec ce gouvernement; entre ce désir et des tentatives pour le satis-

faire, il n'y avait qu^utie faible distance, et il était

impossible de dire si ces tentatives n'allaient pas amener des complications de la nature la pins sérieuse. Les Américains étaient pacifiques, ils n'avaient aucun désir de conquête, et, conmie ils étaient riches et puissants, leur amitié devenait une garantie de paix et de prospérité. Il était donc évident que l'intérêt du Japon conseillait à son gouvernement de se rapprocher des États-Unis.

• Le régent et le conseil des cinq, fort inquiets des événemeiits et des paroles de M. Harris, convoquèrent à Yédo les gok'chis et les dcwmm. Les séances de cette assemblée furent très-orageuses. Le régent se prononça pour une alliance intime avec l'Amérique, et ne recula point devant les conséquences qu'elle pouvait amener. Il n'eut d'abord qu'une minorité assez bible; mais Tattitude exaltée de ses adversaires gagna chaque jour des partisans à son opinion. Le prince de Mito, qui parlait sous l'influence de sa haine contre le régent, s'abandonna aux plus violents transports, jurant qu'il chasserait les barbares du sol sacré de Tempire, et qu'il préférait une mort glorieuse à la honte de se soumettre aux étrangers. Les Japonais sont en général fort sensés, et les déclamations ont peu de prise sur leur esprit On se contenta de répondre au prince qu'il ne s'agissait pas de se soumettre ou de mourir, mais de conclure un traité qui placerait le Japon sur un

pied d'égalité parfaite avec les premières nations

de l'Occident. Le régent s'exprima avec calme et sagesse. Il fit comprendre la puissance extraordi-

• naire de ces nations de l'Occidcnl; il p;niri de leurs bateaux à vapeur, qui les rendaient pour ainsi dire maîtresses du temps et de la distance ; il raconta ce qu'il savait de la portée redoutable des ariues à feu européennes; il rappela la victoire facile et complèle que la France et l'Angleterre venaient de remporter sur la Chine. D'après les affirmations des Hollandais de Décima et des Américains de Simoda, il devenait impossible, dit-il, de révoquer en doute le projet des Anglais et des Français de pénétrer au Japon, et il était à craindre de leur voir arracher par la force les concessions qu'ils se croyaient en droit d'exiger. La conscience occidentale était autre que la conscience orientale, et Ton ne pouvait juger de ce que les étrangers se croyaient permis. Après avoir vanté la puissance du Japon, le régentât ressortir ce qui lui manquait ; il regretta que les côtes fussent mal déieiidues et ne pussent résister à une ^ attaque sérieuse, et que les belles provinces de Satzouma, de Fisen et de Schendei, situées au bord de la mer, fussent^en quelque sorte ouvertes à l'ennemi ; il déplora les désastres et la misère qui allaient, en cas de guerre, atteindre ces contrées si florissantes ; il témoigna de son profond respect pour ces lois de GonyeiLsama relatives à l'expulsion

des étrangers, mais il n'oubliait pas qu*en vertu de

ces mêmes lois^ les goh'chis et les daimios réunis avaient le droit de proposer des réformes. Il termina en rappelant que c était au mikado seul de sanctionner ces réibrmes» et au taikoun de les eicécuter.

Après ce discours du régenl, le prince de Mito quitta aussitôt la salle du conseil, suivi de quelques amis; mais une grande majorité resta en séance: elle approuvait la politique du régent, et déclara qu'il semblait nécessaire de faire volontairement certaines concessions aux nations de TOccident. Toutefois, pour empêcher le régent de s'aventurer trop dans ces idées nouvelles et en même temps pour tâcher de ramener le prince de Mito, rassemblée plaça à la tèlc du conseil des cinq le prince Yakisakou-I^akatsou-Kasano-Taïro, ami intime de Hito« ennemi juré des étrangers et défenseur ardent de la poiitique conservatrice. Ce dernier n'accepta qu'après avoir pris conseil de ses amis, et dans l'espérance, dit-ii, de détourner de sa patrie les maux que la conduite du régent menaçait d'attirer sur elle. Par suite des délibérations de l'assemblée des d4mims à lédo, un nouveau traité fut conclu avec l'Amérique au mois de juillet 1858. Au mois d'août ou de septembre suivant mourut Yesada, le taïkoun idiot. On crat généralement qu'il avait été empoisonné par le prince de Mito ; cependant des per-

sonnes bien renseignées d'ordinaire sont d'avis que sa mort fut naturelle.

Lorsqu'un taikoun meurt sans descendance directe, l'élection de son successeur est toujours une occasion de troubles. D'une part, les trois familles gosankà de Kousiou , d'Owari et de Mito font chacune valoir leurs droits, et divisent les suffrages de ceux qui restent fidèles à la race de Hiéas. D'autre part, les dix-huit gok'chis ou pairs du Japon s'efforcent, malgré la loi de succession, de se créer des pariisans poiii" arriver au pouvoir, et il est bien certain aujourd'hui que les plus puissants d'entre les gok\fiis^ les princes de Kanga, de Satzouma et de Schendei, par exemple, ont tenté plus d'une fois de parvenir au trône depuis deux cent cinquante ans qu'il est occupé par les descendants de Hiéas. Pour empécber autant que possible les troubles qui pour* raient résulter de ces mille intrigues, la cour de Yédo a depuis longtemps défendu, sous les peines les plus sévères, aux lonclionnaires du palais de faire connaître à qui que ce soit la mort d'un taï* koun avant la nomination de son successeur. Aus* sitôt le taikoun mort, c'est au conseil d'élection de Yédo de choisir un nouveau souverain, et de soumettre son choix à la sanction du mikado, sanction que l'élu n'a jamais manqué d'obtenir en ap<puyant sa requête de cadeaux considérables. Pour obvier aux conséquences d'une indiscrétioii pos*

sible, la ville de Kioto» où réside le mikado, est entourée d'un réseau de postes militaires qui en interdit rapproche à tout Japonais de la haute classe, à moins qu'il ne donne de son voyage des motifs qui ne laissent point de doute sur ses projets.

Parmi les prétendants à la succession de Yesada,

deux rivaux avaient des chances presque égales : le fils du prince de Kousiou et Tun des fils du prince de Milo. Pour le premier luttait le régent, pour le second le ministre Vakisakou. Après de longs et violents débats, qui n'ont été divulgués que plus tard, le régent l'emporta, et le fils du prince de Kousiou monta sur le tr6ne de Yédo, vers la fin de l'année 1858, sous le nom de Minamoto-Yemotschi. Ce choix fut approuvé par le mikado, et le vieux

prince de Mito ne put que se sûuiiicLlre aux décisions des deux cours du Japon; mais sa haine contre le régent grandit en raison de son insuccès. Vers cette époque, les représentants de l'Angleterre, de la France et de la Russie, lord Ëlgin, le baron Gros et le comte Poutidiine, arrivèrent à Yédo et exigèrent du gouvernement les mêmes concessions

qu'avait obtenues l'envoyé des Etals-Unis ^ Le pren)ier ministre Vakisakou s'étant retiré des ailaires

1. Le traité entre la Hollande et le Japon, préparé par M. Dunker Curtius dès 1858, fut ratifié en même temps que les autres traités avec le Japon.

à la suite de Télection du talkoun ^kammono^Kami, qui conservait la régence pendant la minorité du jeune prince de Kousiou, fut seul chargé de traiter ayec les étrangers. Nous avons fait remarquer combien son libéralisme était subordonné à ses intérêts, comme il inclinait vers les vieilles idées japonaises lorsquMl n'avait pas à faire des idées de progrès une arme contre Mito, son ennemi ; mais les événements étaient plus forts que son habileté : le traité conclu avec FAmérique rendait impossible un refus aux autres natioQS de TOccident. Le régent se plia d'assez bonne grâce à la nécessité, el les traités entre le taïkoun d'une part, les États-Unis, TAngleterre, la France, la Hollande et la Russie d'autre part furent signés en 1858 et ratifiés dans les premiers mois de l'année suivante. En vertu de ces traités, les villes de Nagasaki, de Yokohama et de Hakodadé, faisant partie du domaine particulier du taïkoun, furent ouvertes au commerce étranger le l** jyin 1859.

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