‹ Un voyage autour du JaponChapitre 18 sur 27 · Noble qui a, on le lait, le droit de porter deux épées · texte numérisé non relu

Noble qui a, on le lait, le droit de porter deux épées

15a UN VOYAGE

delà ville s exerçait moins sur les personnes que sur les marchandises; ils ajoutèrent, à tort ou à raison, que le gouvernement levait des impôts arbitraires et irrégoUers sur tous les objets de commerce étranger, et que celui-ci en souflrait considénilîleiucnt. Les résidents à Yédo ne furent pas satisfaits non plus de se voir traités comme des prisonniers d*Ëtat, et ils flétrirent du nom d'espionnage les mesures que le gouvernement appelait moyens de protection. Fatigués à la lin de voir constamment autour d'eux les visages attentifs et inquiets de leurs gardes japonais, ils reiioiicèreiit, autant qu'il était possible, à leurs résidences ofâcieilesy et se rendirent pour quelque temps, M. du Ghesne de Bellecourt à Yokohama, M. de Wit à Décima» et M. Alcocic en Chine» où rappelaient du reste ses affaires personnelles.

Vers la fin de juin I86l, M. Alcock revint de la Chine au Japon» et dans les premiers jours du mois suivant il partit du port de Nagasacki, situé au sud de Tempire, dans Tintention de se rendre par la voie de terre à Tédo. Son voyage, qui dura trente jours et dont il a écrit une relation intéressante \ le conduisit à travers une grande partie du Japon, Il consUUa que le pa}s était admirablement cultivé, les villes animées et propres» les grandes routes bien

1. Cette relation» intitulée ihe Capital of the Tyeoon, a para à Londr«8, cette année même 18S3, en 3 fol. gr. in-8*.

entretenues ; partout iUui sembla voir régner Tordre et Taisance. Son escorte japonaise suivit sans opposition le chemin qu'il avait tracé, si ce n'est dans deux occasions : on le pria une première fois de faire un détour atin de ne pas traverser Kioto, résidence du mikado, ^ il céda ; on voulut une seconde fols lui [aire quiller sa roule pour éviter une autre ville ; il résista et força l'escorte à lui obéir. Ces faits sans importance apparente précédèrent immédiatement un événemeot fort grave, dont on cherche encore en vain l'explication complète.

Le 3 juillet, M. Alcock arriva à Yédo, où il reprit possession de son ancienne résidence, le temple de Todengi. Dans la nuit qui suivit le jour de son arrivée, il fut attaqué dans cette demeure par une vingtaine d*hommes qui tuèrent plusieurs de ses gardes, blessèrent deux Anglais attachés à sa suite, et ne renoncèrent à leur projet de le massacrer luimôme qu'après avoir vaillamment soutenu un combat des plus inégaux contre une troupe nombreuse. Plusieurs des assaillants furent tués; on trouva sur Tun d'eux un papier ponant quatorze signatures, et dans lequel il èlait dit que quelques bons patriotes japonais avaient résolu de faire le sacrifice de leur vie dans l'intention d'expulser les étrangers, de

t rendre le repos à l'empire, à son empereur le mikado, et au lieutenant de celui-ci, le taïkoun. « Il était évident que l'attentat avait été commis par

quelques-uns de ces hommes intrépides et redoutés connus sous le nom de Umines ; mais il est probable qu'ils n'avaient été que les instruments du parti anti-étranger. MM. Alcock et du Chesnede Beilecourt se livrèrent à de longues et actives recherches pour découvrir à quelles instigations ils avaient obéi : il n'en résulta rien de précis. Quelques personnes accusaient les anciens serviteurs du prince deMito et de Hori^ribeno-Kami ; d'autres attribuaient le crime à des émissaires du prince de Kanga ou du prince de Satzouma* Personne n'osa désigner comme complice le gouvernement du taïkoun. Le papier saisi sur l'un des lomnes insinuait à la vérité que les coupables comptaient parmi eux des parti* sans de la cour de Yédo ; mais on attribua cette insinuation aux ennemis de cette cour, qui s'étaient flattés ainsi de la brouiller avec les nations européennes.

L'attaque de la légation anglaise causa de g^rands embarras aux ministres étrangers résidant à Yédo. Après l'assassinat de M. Heusken, MM. Alcock et du Chesne de Beilecourt avaient manifesté leur indignation en termes trop énergiques pour se conten* 1er d'une simple protestation en présence d'une insulte nouvelle et beaucoup plus grave. Us résolurent donc d'opposer, en cas de besoin, la force à la violence, et s'entourèrent de corps de garde anglais et finançais. Cette démonstration leur donna

une certaine sécîirilé personnelle, mais fournit en

même temps la preuve évidente qu'ils n'avaient point réussi à établir avec le gouvernement japonais

des relations vraiment amicales. A qui était la lautc, à ce gouvernement ou aux envoyés européens?

Tous ceux qui avaient quelque intérêt à résoudre cette question s'en préoccupèrent assez longuement, et leurs investigations finirent par amener un résultat tout à fait imprévu. Elles prouvèrent que le gouvernement avec lequel les étrangers avaient traité jusqu'alors n'était pas le véritable gouvernement du Japon, que la cour de Yédo ne pouvait prendre des engagements au nom de Tempire, enfin que le taikoun^ en concluant des traités avec les nations occidentales, en usurpant ainsi le pouvoir du maître sujMc^me, s'était placé dans une situation illégale, et qu'il n'avait ni la force ni le droit d'accomplir les promesses faites aux alliés. Cest dans l'erreur où nous étions relativement à la puissance du taïkoun qu'il faut voir le germe de toutes nos diiiicuilés avec le Japon. Il est nécessaire ici de compléter par quelques détails les observations gêné raies que rjoiis avons déjà faites sur le irou versement japonais, et de donner ainsi à cette étude sa

conclusion véritable.

Le mikado est l'empereur légitime du Japon. Le cbiogoun ou le talkoun, comme l'appellent plus

communément les étrangers, n'est qu'un de ses

grands dignitaires ; il occupe la position d*un maire

du palais, chargé de Tadministration de Tempire, sans avoir en aucune façon le pouvoir législatif. Quoique sa puissance réelle soit plus grande que celle du mikado, il se trouve cependant placé, dans la hiérarchie politique, non seulement au-dessous de lui, mais encore au-dessous de plusieurs hauts fonctionnaires que le mikado a le droit de nommer, et même au-dessous des dix-huit grands (Mmiûs ou pairs du Japon* Si les talkouns n'en sont pas moins restés, pendant des siècles , tranquilles possesseurs d*un pouvoir qui devait inévitablement susciter contre eux des jalousies et des haines, il faut chercher l'explication de ce curieux état de choses dans les lois par lesquelles Hiéas, le fondateur de la dynastie actuelle, avait lié sa cause à celle des divers princes japonais, en subordonnant la position et Tindépendance des daïmios à la position et à l'indépendance du taikoun. Les dix-huit grands daïmios sont en effet des nsurpateiirs au même titre que le taikoun. Originairement les daïmios étaient des gouverneurs ou des préfets que le mikado envoyait dans les différentes provinces pour en être les administrateurs responsables. Leur puissance, dans ces positions a fini par grandir de telle sorte que leur maître n*a plus eu sur eux une autorité suffisante pour les destituer, et que la dignité préfectorale est devenue hérédi^

AUTOOR DU JAPON. 161

taire dans leurs familles. A partir de cette époque*

ils ont considéré les provinces qu'ils gouvernaient comme leur propriété, et ont conquis une situation tout à fait indépendante vis-à-vis du mikado. Ils ont guerroyé les uns contre les autres pour étendre leurs principautés; souvent aussi plusieurs d'entre eux se sont unis afin de résister aux teiitavives réitérées du mikado pour le^ réduire k l'obéissance. De longues et sanglantes guerres civiles ont alors désolé le Japon. De ces guerres est née la puissance des ehiogoutts, généraux que le mikado avait Thabitude d'employer contre ses sujets révoltés. Les chiogouns» abusant à leur tour du pouvoir dont ils étaient investis, manquèrent à cette lidiélité qui les caractérisait depuis plusieurs générations» et firent la guerre pour leur propre compte au lien de la faire au bénéfice de leur maître. C'est ce qu'avait fait Taikosama, lé prédécesseur de Hiéas.

Hiéas, qui parvint à la dignité du taïkounat en 1598, sortait d*une nouvelle famille de préfets. Son père avait été gouverneur de Mikana, et lui-même administrait cette petite principauté lorsque le chiogoun Taïkosama le nomma tuteur de son fils. A cette occasion, Hiéas avait obtenu l'administration de cinq autres provinces, dont Tàïkosama venait de chasser les anciens préfets au nom du mikado. U se trouvait ainsi maître de six provinces, mais il ne tenait du mikado, par son père,

16fi UN VOYÂGB.

que la principauté de Mikana; cette principauté était de fort peu d*importance , et donnait à son gouverneur une position très- inférieure à celle des daïmios qui occupaient de grandes provinces comme celles de Kanga, de Satzouma,de Fosokava. Les dalmios refusèrent de Yoir dans Hiéas leur égal; à leurs yeux, la puissance réelle que lui donnaient les cinq provinces reçues de Ta][kosania n'ajoutait rien à sa dignité. En effet, malgré leurs fréquentes rébellions contre le mikado, ils prétendaient n'avoir jamais méconnu ses droits légitimes. Au nombre de ces droits, Tnn des plus importants, selon eux, était celui de donner Tinvestiture des fiefs, et, s'ils avaient combattu le mikado, ils Tavaient fait légalement, pour soutenir leurs propres droits à la pos« session permanente des fiefs dont ils avaient été investis. Or Hiéa^, qui tenait la plus grande partie de sa puissance, non pas du mikado, mais du chiogoun, n était à leurs yeux qu'un noble de fraîcbe date, prince seulement de Hikana, et ils ne pouvaient en aucune manicre le regarder comme leur égal, eux qui descendaient des anciens et puissants préfets, eux qui représentaient la véritable noblesse japonaise I

Hiéas leur fit la guerre pendant treize ans et chassa

plusieurs d'entre eux de leurs provinces, qu'il partagea entre ses parents, ses officiers et ses soldats* Les princes qu'il n'avait pas soumiSi au nombre de

AUTOim DU JAPON. 168

dix*hiiit, se liguèrent pour lai réateter» mais avec

peu d'espoir de réussir, tant sa puissance et son habileté étaient devenues redoutables. Cependant ils parvinrent à rassembler une armée con»dérabIe. C'est en présence de cette armée que Hiéas s'arrêta dans sa marche triomphante. 11 était alors au déclin

de sa vie, et il appréhenda justeiuent de compromettre dans une bataille le prix de sa longue et glorieuse carrière. Assez fort d'ailleurs pour faire quelques concessions, il put, sans que son orgueil eût à en souffrir, inviter les alliés à entrer en pourparlers avec lui. Ceux-ci s'empressèrent d'accueillir ses ouvertures etsignèrent le fameux pacte qui porte le nom de lois de Gongensama. Le texte complet de cette constitution n'est pas encore connu, l^our expliquer la diversité qui existe dans les relations du taikoun avec chacun des grands daimios, il faut admettre que Hiéas traita séparément avec chacun d'eux, et que la constitulion actuelle du Japon s'appuie sur dix-huit traités particuliers.

Les lois de Gongensama, qui réunirent pour la première lois, depuis longues années, Tempire divisé par tant de troubles, furent soumises à la sanction du mikado, qui ne put refuser de se rendre à la volonté unanime de ses redoutables vassaux* Ces

lois d'ailleurs ne perlaient ])as atteinte à sa majesté extérieure ; elles le laissaient en possession indiscutée de son titre et lui donnaient tous les dehors

de la puissâDce royale. 11 perdait à la vérité le droit de destituer aucun de ses feudataires, mais il gardait celui d'accorder à chaque dalmio rinvestiture de son fief» et jamais taikoun ne pouvait entrer en fonction avant d'avoir obtenu coniirmation de son pouvoir. De plus» il fut convenu qu'aucune réforoae altérant la constitution ne serait exécutoire, si le mikado ne Tavait sanctionnée. La cour du Japon resta à Kioto. Quant au gouvernement, il fut transféré à Yédo» et le taïkoun en prit les rênes en qualité de chef du pouvoûr exécutif. Le mikado y fut représenté par le corps réuni des dix-huit dairnios, gardiens naturels de la constitution japonaise. Ces derniers s'étaient astreints, afin de contre-balancer la puissance du taïkoun, à résider à des époques fixes dans la seconde capitale de Fempire. Sujets du mikado et non du taïkoun, s'ils avaient des obligations à remplir envers celui-ci, il était de son côté responsable envers eux de toute mesure touchant èFintérèt général. Représentants de Fancienne noblesse, pairs du Japon, souverains indépendants par la volonté et la gr&ce du mikado, ils ne continuaient à voir dans le taikoun, chef du pouvoir exécutif, qu'un des grands officiers de l'empereur; ils le regardaient comme un parvenu chargé temporairement d'administrer les affaires, et dépourvu de cette dignité personnelle que dans les pays féodaux donne seule une haute et antique lignée.

Qa'on s'imagine la dédaigneuse déférence qu'aurait

pu témoigner dans la France du dix-septième siècle un Montmorency pour Mazarin I Cette comparaison n*a pas la prétention d'être absolument exacte, mais elle montrera plus clairement que de longues considérations ne pourraient le faire de quelle nature sont les relations qui existent entre le miiiado, les dalmios et le talicoun. Les étrangers ne peuvent d'ailleurs saisir de ces relations que les lignes générales ; nous avons montré quelles diflicuités les arrêtent II ressort toutefois des observations qu*on a pu faire deux points importants ; c'est d'abord que la puissance du taïkoun est strictement limitée, et en second lieu qu'il on a dépassé les bornes en concluant des traités avec les étrangers sans avoir obtenu l'autorisation du mikado.

L'arrivée des Européens au Japon, les rivalités qui en étaient résultées entre le ré^^^ent Ikamiiiono- Kami et le prince de Mito» entre le ministre Ando et le gouverneur Hori^ avaient divisé Tempire en deux partis prêts à se déclarer la guerre. La nouvelle de ces troubles était naturellement arrivée à Rioto. Le mikado cliargé aujourd'hui des aiïaires du Japon» et que l'on représente comme un homme jeune et énergique, avait suivi avec le plus grand intérêt les phases successives des événements. Pour la première fois peut-être s'offrait à Tempereur légitime l'occasion de rentrer en possession de sa

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pleine autorité, d'abaisser la [juisâauce et la richesse du gouvernement de Yédo» de secouer Tinjure d'en recevoir une pension, de reprendre Tinfluence, do cesser enfin d'être un simulacre de roi. Des deux factions qui partageaient le Japon, la plus forte ét la plus populaire était la iaction hostile aux réiormes inaugnréea par le taîkoun. Il ne s'agissait pour le mikado que de se mettre à la te te du riiouvenient réactionnaire et de personnitier en lui-même le principe patriotique dont Hito et Hori avaient été les plus émineiits martyrs. Des agents secrets du mikado se rendirent auprès des dalmios que la voix publique désignait comme opposés à la cour de Yédo, et les exhortèrent à s'unir à l'empereur légitime en leur démontrant que leurs intérêts se con* fondaient avec les siens. Ën même temps on fit circuler divers pamphlets avec Tintention évidente de pousser les dalmios à la guerre contre le taïkoun* « Depuis des siècles, écrivait-on, les talkouns, oubliant Toriginede leur pouvoir, ont porté atteinte à la dignité et à la puissance du mikado» leur maître, et la conduite du talkoun actuel prouve qu*il ne faut attendre de lui ni équité ni bonne foi. Les choses en sont venues à ce point que les puissances étrangères considèrent le taikoun coiimie le maître du Japon, et traitent l'empereur légitime comme un être sans force et sans influ^ce* C'est au ta!koun que ies harhaies se sont adressés lorsqu'ils

ODt voulu conclure des traités avec le Japon; le mi*

kadû n'a pas niùmc ùlé consulté, et son approbation,

qui est indispensable pour introduire des réformes dans la constitution, n*a pas été sollicitée. Cependant ces traités sont en vigueur comme s'ils avaient une valeur légale. Le taikoun a donc commis un criiiie de traliisoii cojilre la majesté de son maître et contre la sainteté de la constitution en vertu de laquelle il se trouve placé à la téte du pouvoir exécutif. On ne peut nier que la cour du taikoun s'efforce de concentrer toute la puissance du Japon à Yédo. Là sont les armes et les naviies étrangers, là s'élèvent des écoles où Ton enseigne les arts et les sciences de rOecideiU. Le commerce avec les barbares n'a lieu que dans les domaines du laïkoun; les grands dalmios n'ont pas le droit de lui ouvrir leurs ports ; il n'enricbil que les sujets du taïkoun, et celui-d en tire pour lui-même des bénéfices considérables. Le but que poursuit le gouvernement de Yédo est fiacile à prévoir : il 8*arme, il se prépare à subjuguer tous ceux qui voudront un jour se soustraire à s>on autorité. Au temps de Hiéas» les dix-huit grands dalmios réunis ont pu opposerune résistance formidable ; mais alors les armées des princes n'avaient vis-à-vis celle de Hiéas qu'une

infériorité, celle du nombre. Aujourd'hui les chances ne sont plus aussi égales ; les bateaux à vapeur du " taikoun, les armes à feu qu*il a achetées ou qu'il a

fait fabriquer d'après les modèles étrangers, la cou* naissance d*an art tout nouveau de faire la guerre, lui douuenl une supériorité dangereuse sur les autres princes japonais. Geui^ci, pour éviter d'être attaqués isolément, doivent se réunir au plus tôt, et entraver par leur alliance la politique tortueuse du talkoun. Le mikado est prêt à donner à la bonne cause Tappui de son nom ; mais, pour qu'il le fasse, il est nécessaire qu'une requête ofScieUe lui soit adressée. Il n'est pas douteux qu*il ne raccueiile fàvorablement, et qu'il ne rétablisse l'union de la vieille noblesse avec l'empereur légitime. De cette union, qu'il a toujours ardemment désirée, nalira le retour à l'antique et vénérable état de choses. »

Les daïmios, que la puissance sans cesse croissante du talkoun tenait depuis longtemps en jalousie et en défiance, écoutèrent favorablement les paroles des agents du mikado. Plusieurs d'entre eux,

et à leur tête Kanga, Salzounia, Schendei et Kiodora, se liguèrent et se rendirent en corps à Kiolo, où ils arrivèrent le 26 mai 1862. Ils déposèrent publiquement uue plainte contre le talkoun, serviteur infidèle de l'empereur légitime, l'accusèrent d'avoir violé les lois de Goitgensama et supplièrent le mikado d'instruire l'affaire, et, le cas échéant, de punir le coupable. Le mikado, qui s'attendait à recevoir cette plainte des principaux daimios, dépêcha aussitôt un de ses officiers, qui arriva à Yédo

le IS juin 1862, porteur d'une lettre par laquelle il

était enjoint au taikouii de se rendre dans le plus bref délai k Kioto» pour se justifier devant son maU tre de raccusalion portée contre lui.

Le taïkoun Miaamoto-Yemotschi essaya d'abord de décliner cet ordre et chargea un de ses fonctionnaires, le minisire Kouze-Yaniatono-Kami, membre du conseil des cinq, d'aller à Kioto et de porter au mikado une réponse hautaine ; mais Yamatono demanda avec instance de n'être pas choisi pour cette mission, et le talkoun ayant insisté, il se suir cida. Un autre grand dignitaire^ Salduu-Yaiiassano- Kami, fut nommé à sa place et partit sans hésitation; mais, à peine à Kioto, au milieu des tidèies serviteurs du mikado qui lui reprochèrent son obéissance au taikoun cuniiae une trahison contre Tempereur légitime» il perdit courage. Après une courte conférence avec les plénipotentiaires du mikado, qui le contraignirent à demander pardon pour avoir suivi les ordres du talkoun , il rentra chez lui et b'ouvrU le ventre, afin d'épargner à sa famille la honte de sa disgrâce. Le suicide de ces deux fonctionnaires fut suivi d'un nouvel attentat contre la vie du ministre Ando, l'un des principaux chefs du parti libéral. La cour de Yédo comprit alors jusqu'à quel point Je parti du mikado était devenu puissant, et que le moment de lui faire une opposition ouverte était passé. Déjà plusieurs daïmios avaient

osé écrire une lettre dans laquelle ils déclaraient formellement quMls * cesseraient à l'avenir d'aller

résider à Yédo ; on violait ainsi les lois de Gongensama^ on s'affranchissait tout à fait du pouvoir et de la surveillance du taïkouu.

En présence d'une situation si critique, le taïkoun se vit obligé de faire de grandes concessions. Il désigna un nouvel ambassadeur, Mazdaïri-Hokino- Kami, ancien gouverneur d'Osaka, homme fort habile, et l'envoya à Kioto avec un message pacifique. Le taïkoun se déclarait prêt à déférer aux ordres de l'empereur, mais il demandait que ces ordres lui fussent communiqués par un haut fonc* tîonnaire, véritable ambassadeur du mikado; qu'il n'y fût fait aucune allusion à l'accusation portée contre lui par le dalmios, et qu'on donnât à son voyage l'apparence d'une visite de cérémonie. Cette visite avait un prétexte naturel, puisque le taïkoun venait d'épouser une sœur du mikado, et que, d'après Tétiquette japonaise, le nouveau marié va rendre ses devoirs à la famille de sa femme. Le mikado consentit à ces demandes; il considéra sans doute qu'il était dangereux de pousser trop loin ses exigences contre un prince aussi puissant que le taïkoun, et qu'il fallait se contenter, pour le moment, de ravoir humilié en le fort ;iiit à reconnaître la supréaialic de Tempereur légitime. Un très-haut fonctionnaire de la cour de Kioto, Oharra-^Salemmono^Kami,

partit donc pour Yédo, où il arriva au commence*

ment de juillet 1862. Il eut de nombreuses conférences avec les membres du conseil d'État^ et retourna à Kioto après avoir obtenu la promesse formelle qae» dans le délRï d'une année, le tajkoun se rendrait auprès du mikado.

Sans attendre le résultat de cette visite, on peut déjà, d*après les faits qui viennent d'être exposés, reconnaître que si TcnUevue du taïkoun et du mikado doit exercer une grande intluence sur les affaires du Japon, elle ne tranchera cependant pas toutes les diflicultés. Le taïkoun est, en effet, trop puissant pour abdiquer volontairement un pouvoir que lui et ses ancêtres ont exercé pendant plus de deux siècles; le mikado, de son côté, ne laissera pas " échapper sans une lutte opiniâtre roccasion qui s'offre à lui de ressaisir la puissance dont sa famille a été dépossédée depuis le temps de Taïkosama. Un fait reste acquis néanmoins : c'est que les difficultés actuelles du Japon tourneront à ravantage de l'Europe. Quel que soit le maître que les éventualités de cette lutte donneront au Japon, il devra se mettre résolûment à la tête du parti qui veut assurer par une politique nouvelle le progrès de l'empire. L'élément étranger qui a pénétré au Japon ne pourra plus en être expulsé. Qu'il le veuille ou non, le gouvernement japonais devra rester en relations avec les Occidentaux, et de ces relations naîtra iné-

1 vitablement une situation meilleure* Ce que l'amour I des conquêtes a fait dans les temps primitifs des I sociétés humaines 9 ce qu'a su faire Tamour de I la foi au moyen âge, c'est le commerce qui le fait 1 aujourd'hui. Principal agent civilisateur des temps modernes, il procède d'une manière différente que n'ont t';nt, à d'autres époques, Torgueil national et la croyance religieuse ; mais il tend au même but. Si la dévorante activité de nos marchands n*excite pas toujours les mômes sympathies que Théroïsme des guerriers et le dévouement des apôtres, ces hommes n'en servent pas moins avec une ardeur intelligente et féconde la cause de la civilisation occidentale; ils vont répandre au loin la lumière dont leur patrie est le foyer; ils portent Finfluence du travail européen dans les contrées les plus éloignées, les pius Ijarhares, et la meilleure garantie de vitalité qu'offre en ce moment la société japonaise se trouve dans la présence des négociante européens parmi elle, dans la part de plus en plus grande qu'elle-môme sait faire aux idées et tentatives nées à la suite des relations commerciales entre le Japon et TOccident.

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