‹ Un voyage autour du JaponChapitre 22 sur 27 · S32 UN VOYAGE · texte numérisé non relu

S32 UN VOYAGE

pies. Oa doii mentionner encoret dans le même* quartier, les temples de Quannon, d'Amida, de Gonfucius et de Kanda, le palron de Yédo.

Le temple de Quannon — les Européens le désignent géiiéraieuient sous le nom d'Akalsa — es un des plus beaux et des plus vénérés du Japon. De toutes parts on y vient en pèlerinage. Il est b&ti près du fleuve 0-kava, non loin du pont d'Adsouma, et au centre d'un vaste parc où l'on voit plusieurs maisons de thé ainsi que des boutiques remplies de rosaires, d'images et de livres de piété. Ce jardin se transiorme, à certains jours, en un véritable champ de foire ; on y montre et on y vend des animaux privés et sauvages, des plantes rares, des statuettes en cire et beaucoup d'autres choses propres à attirer Tattention des nombreux pèleriub qui viennent faire leurs dévolions.

Le sanctuaire qui renferme l'idole sacrée est au bout d'une longue avenue dallée en pierres et plantée d*arbres au pied desquels on élève les baraques des marchands et des saltimbanques.

Cette avenue est infestée de mendiants qui étalent là leur hideuse misère et implorent, par leurs cris pitoyables, la charité des passants. A l'entrée de l'allée, on trouve un portail en bois verni i ouge au milieu duquel sont suspendues trois lanternes colossales en papier de couleur; le vernis du portail n'a rien perdu de son éclat ni de sa fraîcheur, quoi-

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que, depuis bien des années, il ait été exposé à toates les intempéries de l'air. A l'extrémité de l'allée, près du temple, on voit| dans une écurie soigneusement entretenue, un cheval sacré dont la robe sans taciie est d*une blancheur de lait. Chaque jour, à la même heure, il est magnifiquement harnaché et conduit en grande céréuiunie auprès de l'idole. Ua des prêtres demande à la déesse Quannon-sama si elle désire sortir de sa demeure, et ordonne, après avoir attendu une réponse qui ne vient jamais, que Ton ramène Tanimal à Técurie.

Le temple, grand édifice carré, est exhaussé de quinze à vingt pieds au-dessus du sol. Un perron donne accès k Tintérieur, qui, le soir, est fermé par des portes massives en bois couvertes de lames de cuivre. A gauche du maître-autel, dans une chapelle latérale, on y voit un tableau qui offre un curieux échantillon des mœurs du Japon : il représente des courtisanes qui se sont rendues fameuses par leurs attraits et par leur charité, et auxquelles les djoros et autres habitantes des maisons de thé décernent des hommages presque divins.

^intérieur du sanctuaire n'a pas ce caractère de propreté scrupuleuse que j'ai observé dans plusieurs édifices de ce genre ; en revanche, il ne cesse de se remplir de dévots qui y accourent de tous les points de l'empire , et dont la curiosité indiscrète rend , pour les étrangers, Texamen alientif du temple,

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chose fort difficile. On voit, à la droite du bâtiment principal, une pagode semblable aux pagodes chinoisesy mais d'une construction pins lourde, et deux statues colossales en pierre représentant Timage d'un Bouddha.

Le temple de Gonfucius n*est pas ouvert aux étrangers. Dans Fenceinte du parc qui i'environne est établie l'université de Yédo, où les fils des grandes familles japonaises terminent leurs études: ils y apprennent les éléments de géographie, de Thistoire générale et des sciences physiques» les langues étrangères, et avec un soin plus particulier l'histoire naturelle, et surtout l'histoire nationale ; mais les objets essentiels de l'enseignement sont les écritures japonaise et chiDoisCj et la iiaute littérature japonaise, qui emprunte ses œuvres à la littérature classique de la Chine. Les difficultés de ces dernières études sont presque insurmontables et exigent un temps si long que les jeunes gens peuvent à peine effleurer les autres parties de renseignement*. Aussi les meilleurs élèves, en sortant des écoles, ne savent-ils que lire et écrire le chinois et le japonais, et demeurent-ils, à peu d'exceptions

1. n y a cinq manières d'écrire le japonais : en kai-eho^ en gio»ehùf en sosho , en hiragana et en kaiagana. Les deux der*

nières écritures s^apprennent sans trop de difficulté ; mais rétude approfondie des trois autres suffit à remplir la vie entière

d'ua homme.

près» dans une complète ignorance sur tout le

reste.

On a exagéré» en général, Tintelligence des Japonais. Eiea élevés, patients, sacliant tout écouter avec une bonne grâce qui ne les compromet guère, ils ont l'esprit fin, subtil, rusé ; mais ils ne possèdent certainement pas cette pénétration, cette largeur de vues, cette puissance créatrice qui font la force des races de TOccident. Il semble décidément qu'il faille attribum* leur état intellectuel à une infériorité de race plutôt qu'à une infériorité de ciyilisation. Sans doute un doSImio est pins instruit, plus éclairé que ne Tétaient nos châtelains du moyen &ge ; mais il serait absurde de prétendre que le Japon peut produire des esprits philosophiques et spéculatifs comme en a produit chez nous cette époque. Les sources inépuisables de philosophie, de poésie et d'art, qui^ descendant des hauteurs de notre antiquité classique, ont régénéré et fertilisé le monde occidental, n'ont, jamais vivifié les champs arides de la philosophie et de la littéra* ture japonaises.

De nombreux palais de ik^mas occupent, dans le quartier où s'élèvent les temples de Quannon et de Gonfucius, des terrains considérables (5 kilomètres carrés). On y remarque ceux des princes de Mito et , d*Owari, proches parents du taikautiy et celui du prince de Kanga, le plus riche des dix-huit gokMs

OU iMiirs du Japon ^ Le même quartier contient

aussi le grand tiiéàtre, Oki-chibaya; Yosivara^ la ville des djoro-jas ou maisons de tolérance, en dé* pend également.

Le grand ihéàtre, vaste édifice construit en bois léger, peut recevoir de six à liait mille speclaleurs. Yosivara terme une sorte de ville à part» isolée du reste de Yédo par des murailles et des fossés; on y pénétre par une seule porte» qui est gardée nuit et jour par un poste de police. (Test un parallélogramme régulier» mesurant 1 kilomètre 1/4 en circontérence. Quatre rues longitudinales et trois rues transversaleSy coupées à angles droits, le divisent en neuf quartiers séparés par des griites en bois» que Ton

ferme à volonté et qui peruieltent d'exereer une surveillance sévère, dont les mauvaises mœurs des Imbitants expliquent la nécessité. Ce rendez-vous de la débauche n*est fréquenté que par le bas peuple. Les officiers ne 8*y aventurent qu'en cachette; ils préfèrent le faubourg de Sinagava.

Le nord de la capitale touche à des jardins de plaisance comme Aska-yama» et à de petits villages qui rappellent les promenades des environs de Paris. Tous les Européens résidant à Yédo oiiL visité Od-si, le plus remarquable de ces villages par

1 . Les revenus du prince de Kanga sont évalués à 1 !20Û 000 kokf de ris, ce qui équivaut à 30 millions de francs environ.

la beauté du site. Il est adossé à une riante colline, près d'une petite rivière ara eaux limpides. Pendant la belle saison» des familles bourgeoises vien«nent fréquemment s'y reposer à l'ombre des vieux arbres ou dans les maisons de thé, qui y sont en grand nombre; elles prennent un repas simple, en* tendent de la mauvaise musique, et paraissent heureuses de ces plaisirs innocents, fiien rarement des discussions ou des querelles troublent le calme de leurs réunions, et un étranger ne peut s'empêcher de se plaire à ces mœurs aimables.

Un temple érigé près de Od-si par Hiéas, le fondateur de la dynastie des UûUmm actuels , a été consacré plus tard à ce prince avec la dénomination de Gongm-samcHMtera. On se rappelle que Gongen-sania est le nom sous lequel on rend à Hiéas des honneurs presque divins. L'édifice est de peu d importauce, mais il se trouve dans un beau parc et est entretenu avec le plus grand soin. Les successeurs de Hiéas s'y rendent annuellement pour y adresser des prières aux mânes de leur illustre aïeul.

Le Midd comprend encore un quartier beaucoup plus petit que celui dont nous venons de parler ; situé à Touest du château, il ne couvre qu'une surface de 12 kilomètres carrés; les temples et les résidences des grands en occupent les trois quarts. Parmi ces derniers, il faut citer le palais du prince

de Ki-siou, père du taikoun actuel, et celui de la

famille du régent Ikanunono-kami, qui a succombé à une mort si tragique* Le temple le plus intéressant de ce quartier porte le nom dé Mio-hoodchi : il est situé au milieu d'une véritable ville de couvents, à laquelle on arrive par un sentier de 2 kilomètres environ, bordé de maisons qu'babitent des prêtres ou des moines, et dans lesquelles on vend des ûiijets sacrés semblables à ceux (im i on trouve au temple de Quannon.

Le temple de Mio-boodchi, vaste, beau , bien tenu, se compose de plusieurs corps de logis, dont le plus remarquable, une vaste salle ouverte, à gauciàe du sanctuaire principal, renferme des mil* liers A^ex'wao suspendus le long des murs. Ce sont en générai des tabieaux peu différents de ceux qui décorent certaines chapelles catholiques, comme Notre-Dame de la Garde à Marseille : ils représen- . tent des navires faisant naufrage, des enfants devant

un liL de mort, et d'autres scènes de détresse ou de deuil. Souvent, dans un coin du tableau, apparaît le dieu auquel le croyant adressait sa prière. Un exvotOf le plus curieux de tous, se trouve dans un coin de la salle : c'est une énorme tresse de dieveux, un câble plutôt, qui a neuf pouces de tour et près de cent pieds de long. Quand on réfléchit que les Japonais coubiderent la clieveime comme un des plus précieux ornements de Thomme, et qu'ils

ne consentent que pour d'impérieux motifs à en faire le sacrifice, on a le droit de s'émeryeiller à la vue de cet ex-voto, preuve colossale de la superstition humaine, et à la formation duquel des millions d'hommes duiveiit avoir contribué,

14a troisième et dernière partie du Midsi s'étend, au sud du château, sur une superficie de 19 kilomètres carrés» dont un seul à peine est couvert d'habitations bourgeoises; le reste est consacré aux palais, aux jardins et aux édilices religieux* Ce quartier de Tédo est celui que les étrangers connaissent le mieux à cause des quatre légations eu- • ropéennes qui 7 sont établies.

La légalioii britannique est à Todensi. Placée au bord de la mer, dans le voisinage de Sinagava et sur le lo-kdidOy la grande route de l'empire, elle a des abords faciles. Le ministre et sa suite occupent un corps de logis affecté auparavant à la demeure des prêtres qui desservaient le temple de Todensi, situé au bout d*une avenue ombragée et dallée de pierres. La légation anglaise de Yédo a été le théâtre de plusieurs événements qui marquent des phases douloureuses dans riiisloire des relations de l'Occident avec le Japon : là fut poignardé l'interprète de sii llullierford Alcock; là ce ministre lui-même fut assailli la nuit par une bande de toninef S qui laissé-

1. Les Imixiiu se recrutent paruii les gens déclassés, tels que fils de famille saas emploi, soldats débamlés, fonotionoaires

rent cinq des leors sur le champ de bafaille, après

avoir tué ou blessé plusieurs personnes, telles que M. Oliphant, attaché de la légation et écrivain distingué, et M. Morrison, consul àNagasacki; là enfin périrent deux matelots anglais en défendant la vie du colonel Neal, le successeur par intérim de sir Rutherford Âlcock.

Sal^'kaï-dsi, la légation française, se trouve dans une rue parallèle au tO'haidOj et sur une. éminence d'où l'on jouit d'une vue admirable sur le golfe. Le consul général hollandais occupe, lorsqu'il est à Yédo, un petit temple appelé Ghio^dsi, qui est situé dans un quartier assez misérable, entre la légation d'Angleterre et celle de France. Il y vit comme un prisonnier d'Ëtat, car toute sa maison est envahie par des soldats japonais qui ne le perdent pas de vue pendant la journée, et qui pendant la nuit veillent jusqu à la porte de sa chambre à coucher. Aussi s'expose-t*il le moins possible aux inconvénients de la position qui lui est faite à Yédo, et passe la plus grande partie de l'année soit à De* cinia, colonie hollandaise de Nagasacki, soit à Yokohama, dans le voisinage de ses compatriotes.

destitués, etc. Les étrangers désignent sous le même nom des bandits et autres malfaiteurs dangereux qui se sont montrés hostiles aux rapports entre Japonais et Occidentaux. Chez lesi Japonais, le terme de lofit'iw n*a rien de méprisable et signifie « bofflme sans emploi. »

Pendant longtemps, le ministre des États-Unis seul a continué de résider d'une manière permanente à Yédo ; mais depuis Tincendie de Dsen-fou-si, siège

de la légation aiiiéricaine, le général Pryne, sucoesseur de M. Towsend Harris, a été obligé de suivre l'exemple de ses collègues et de s'établir aussi à Yokohama.

Dsen-fou-si était un temple situé dans Tintérieur de Yédo, à 3 kilomètres de Toden-si et à 2 kilomètres de Saï-kaî-dsi. Il avait été autrefois l'habi^ tation des bonzes attachés au service d'une grande tera; le parc qui l'entourait était mal entretenu, mais vaste et reni[)li de beaux arbres ; on y admirait surtout un figuier des pagodes (ficus rdigiosa)^ aux dimensions* colossales. Les Japonais l'avaient en vénération» y suspendaient des ex-voto ^ et s'y réunissaient en foule tous les soirs pour faire leurs prières.

C'est dans Tenceinte du temple de Dsen-fou-si«

que logeait Henry iieusiien, le secrétaire de M. Marris; c'est de là que pendant trois années il partit presque tous les jours [)Ouv faire des promenades à cheval dans Yédo ou dans les environs de la ville, qu'il avait étudiée avec le goût d*un antiquaire; on le connaissait jusque dans les ruelles et les quartiers les plus reculés. Durant les trois mois que je passai à Dscn-lou-si, lilut mon compagnon et mon guide en toute occasion : je lui dois la plupart des

renseignements précis que j*ai pu recueillir sur Yédo. Hemken périt assassiné un soir qu'il sortait d'Akabané, résidence du comte d*£ulembourg, ministre de Prusse ; il a été inhumé auprès de Tinterprête de sir ilutherford Alcock, Tinforluné Denkoucbki» dans un parc qui dépend d'un temple et qui servait de cimetière. Aujourd'hui ce cimetière est abandonné : on dirait que Jes Japonais pour-> suivent de leur haine jusqu'après la mort les innocentes victimes de leurs préjugés nationaux. Le monument que M* Alcock a élevé à la mémoire de son fidèle serviteur porte une inscription rappelant que Denkouchki a été massacré par des assassins japonais. Quant à M. Harris, il n a pas voulu perpétuer le souvenir d'un crime qui fit naître une si grande et si juste iiidigaation; la pierre qui couvre les restes de Henry Heusken ne présente que les dates de sa naissance et de sa mort.

Outre les légations étrangères, le quartier qui s*étend au sud du château renferme le temple de Megouro, une des plus grandes teras de Yédo, le cimetière des grands prêtres, le palais du puissant prince de Salzouina, qui passe pour le plus vaste et le plus riche de la capitale, enfin l'ancien palais et l'ancien mausolée des taïkouns. Ce magnifique tombeau se reconnaît de loin à une haute pagode qui s'élève au milieu d'un parc : il est composé de plusieurs temples et entouré d'ar-

bres centenaires qui répandent l'ombre et la frat-

clieur, et qui protégeai d*un silence imposant la dernière demeure des anciens chefe militaires

du Japon.

Au terme de cette course à travers la capitale japonaise^ qui nous en a moati é surtout les aspects extérieurs, on voudrait se recueillir et observer la vie morale des habitants , rapprocher aussi quelques données sur le chillre de la population et les divers groupes qui la forment. C'est un dernier côté de notre siyet, sur lequel il nous reste à interroger nos souvenirs et à résumer nos recherches.

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