‹ Un voyage autour du JaponChapitre 23 sur 27 · CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIL

TËDO.

Population. — Aspect des rues. — Ineendles* — Retraite

des étrangers de Tédo.

Il est impossible de lixer d'une manière précise le chiffre de l;i population de Yédo, le gouvernement japonais n'ayant pu y établir aucun cens régulier. On connaît exactement le nombre des bourgeois, des marchands et des artisans, lequel montait en 1858 à 572848; mais la bourgeoisie, comparée à la noblesse et au clergé, n'a même au point de vue numérique qu'une importance secondaire. Yédo est avant tout une ville de foncliomiaires, d'oliiciers et de prêtres : Tétendue des terrains occapés par

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les habitations des princes et par les temples le dé-

nontre suffisamment*. On sait d'ailleurs que, d'après les lois qui régissent le Japon, une moitié des seigneurs féodaux entre lesquels est partagé Tempire doit habiter ïédo, et que Tautre moitié doit y é(re représentée parles plus prodies parents des chefs de familles Les daïmios, en quittant la capitale, emmènent avec eux toute leur cour, et cette cour est quelquefois nombreuse, puisqu'elle ne se compose pas seulement de fonctionnaires et de domestiques, mais aussi d'un corps d'armce dont le chiffre varie

1. L'étude du plan japonais dont j'ai parlé, et dont Texactitude

m'a été démontrée par l'expérience, ma conduit à des résultats, fort curioux sur la proportion des lerraïas occupés par les divers éléments de la population. La superficie totale de Yédo, qui est de Sô kilomètres carrés, se distribue de la manière suivante :

îî

s as

mplei

Parcs

terres et forl

«— «n dehiOndu château

— au nord da château..

— à rouAit du château.

«— au sud du château...

2* ta constitution japonaise vient de enbir dei vâfonnes radi» cales, dont on ne peut encore apprécier la portée, et qui ont trtlt surtout aux obligations du taikonn envers le miksdo et des dslinios envers le taikoun.

de quelques centaines à plusieurs milliers de so\^

dats \ Le prince qui part est à la vérité remplacé par un autre , mais l'armée du nouveau venu peut être inférieure ou supérienre en nombre à celle de son devancier; il en résulte dans la population de Yédo des fluctuations continuelles et considérables, dont on ne peut se rendre compte, puisque les grands dallmios ne permettent au talkoun aucun contrôle sur le nombre ou la qualité des personnes qui les suivent*

On estime que les grands et petits dalmios sont représentés dans la capitale par un demi-million de personnes environ» hommes, femmes et enfants. La maison du talkoun, en y comprenant les fonctionnaires, soldats et domestiques, compte, à ce que Ton dit, 180000 personnes. £n ajoutant à ces chiffres, ainsi qu'à celui que j*ai donné pour les bourgeois et artisans, 200 000 prêtres, moines et nonnes qui habitent les couvents et les temples, 900000 voyageurs et pèlerins, 50000 parias, c'est-àdire A^^to^S christans' et mendiants, on trouve que

1 . L'armée du dàïmio de Satzouma s'élève , assure-t-on ^ à V)im hommes, et 8 ou 10000 hommes l'accompagnent ordinairement lorsqu'il se rend à Yédo.

2. Ce sont des artisans qui travadlent le cuir et touchent le sang des animaux; on les regarde comme impurs, et ils sont parqués dans des quartiers particuliers.

3. Les desoendaâlft des anciens chrétiens japonais. Ils vivent à Yédo dans un quartier particulier, se marient entre eux et

la population entière de Yédo ne monte pas à moins de ! 700000 individus ^ Ce chiffre est encore inférieur à celui que certains voyageurs, M. de Siebold entre autres, ont indiqué ; mais je pense qu'on peut s'y arrêter, comme n'étant pas trop faible. Il correspond d'ailleurs à l'étendue de Yédo, à Fanimation de ses rues, comparée à celle des villes dont on connaît le nombre d'habitants, enfin à la distribution particulière de la superlicie de Védo. Il est probable cependant qull cessera bientôt de donner une idée exacte de la vérité.

La révolution radicale qui se prépare au Japon, et dont les origines nous ont paru mériter une étude spéciale, s'est déjà maailcstée par quelques signes éclatants. Le chef du pouvoir exécutif, le taîkoun, que Ton regarde comme le représentant du libéralisme, a été appelé à comparaître devant le mikado, l'empereur légilime, alin de se jubtiiier de l'accusa-

sont profondément méprisés. L'exercice de la reUgion chrétienne leur est sérèrement interdit, et ils en ont perdu tont souvenir. 1. En récapitulant, on Toit que les éléments de la population

de Tédo se divisent ainsi :

Bourgeois, marchands, artisans 572848 habitants.

Les daimtos et leurs maisons 500000

Maison du taîkoun 1800Û0

Clergé 200000

Voyageurs et ptierins 200000

Mendiants hettas et ehriMtam 50000

Total 1702848 habitants.

tion d'avoir violé la constitution en concluant des traités avec les étrangers. Après avoir résisté pendant quelque temps, il a été forcé de se rendre aux ordres de son souverain. Rien n'a été divulgué

de ce qui s'est passé entre les deux princes; mais les étrangers résidant à Yokohama et à Nagasacki ont noté avec surprise, les uns l'émigration des lamilles princières de Yédo , les autres le départ de Nagasacki de presque tous les ouvriers employés dans la construction des maisons. On a bientôt compris» et des renseignements puisés aux sources japonaises ont coniirmé cette supposition, que le siège du gouvernement allait être transféré de Yédo à Kioto, que les daïmios seraient à l'avenir dispensés de Tobligation de passer la moitié de leur vie dans le voisinage et sous la surveillance du taikoun, et que ce dernier, dépouillé du prestige de la souveraineté, allait rentrer dans son. véritable rôle, qui est celui de lieutenant du mikado. Quant à la ville de Yédo, Ton peut prévoir le moment où elle ne sera plus qu'une ville marchande. Sans doute, avec les 500000 commerçants et artisans qui Thabitent, elle comptera encore parmi les premières de l'empire ; mais en perdant plusieurs centaines de familles prîncières et les armées de fonctionnaires, de soldats, de domestiques, qui entourent les daïmios, elle perdra la plus brillante partie de sa population, le principal élément

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de son opulence et de son importance politique; elle ne sera plus que l'ombre de la brillante capitale que les traités devaient ouvrir au commerce des nations occidentales. Voilà le prix dont le laikoun aura payé son alliance avec les étrangers : ses nouveaux amis auront amené sa ruine, à moins qu'ils ne s'unissent un jour à lui pour restaurer sa puissance et faire valoir les droits et les prérogatives qu'il tient des lois sacrées de Gongensama.

Lors de mon premier séjour à Yédo, celte ville n'avait encore rien perdu de son éclat et de sa vie. Dans les longues rues de la cité se pressait une multitude affairée. Des hommes de peine, aux membres robustes, brûlés par le soleil et bizarrement tatoués, traînaient de lourds chariots sur lesquels étaient entassées des marchandises de toute espèce; ils avançaient d'un pas lent et cadencé, poussant à intervalles réguliers des cris perçants pour chasser Taîr engagé dans leurs poumons *. Des marchands • ambulants, des charlatans tenaient boutique en plein air et vantaient avec volubilité la qualité de leurs marchandises ou Teffîcacité de leurs drogues. Dans les carrefours étaient réunis des prestidigita-

1. L'habitade de crier pendant le trftTafl est trô»-répandne dans reitrème Orient : à Sbang-hal enrlout, les cris aîgns des portefaix chinois rempliaeent lea .quaia et lea carrefours d*an bruit assourdissant.

teui-s, des joogleura, des lutteurs, des diseurs de bonne aventure et des chanteurs de complaintes qui expliquaient des tableaux grotesques représentant des assassinats, des incendies, des batailles. Un public nombreux entourait ces spectacles. Dans les nies plus retirées, une foule d'enfants, qui n'étaient surveillés par personne, dorinaient, mangeaient, jouaient ou travaillaient, et passaient ainsi hors de la maison paternelle presque toute la journée. Leur récréation principale était le cerf- volant : des milliers d'entre eux se livraient à cet amusement, et des personnes plus Âgées ne dédaignaient pas de le partager lorsque la brise devenait favorable*

Les quartiers aristocratiques semblaient déserts,

comparés aux rues bruyantes de la cité. Les palais, qui, avec leurs jardins et leurs vastes parcs, occu-

peut des rues entières, demeuraient fermés; on ne rencontrait guère que des fonctionnaires et des soldats, ou le norimon de quelque grand personnage, dont le cortège défilait eu silence, tandis que le peuple s'écarlait respectueusement. Autour des temples, ce n'étaient que prêtres, moines, mendiants S en un mot toute la gent. fainéante qu'abri-

I. Parmi les mendiants, qui forment une caste pariu uliorp, on remarque surtout les mendiants dits à la corbeille', (a- s ont d'anciens nobles dp'^radés qui, honteux de l'état auquel ils sont réduits, portent sur la tète ua tube eu bamDou tressé qui repose,

tent les églises bouddhiste et sintiste. Pour retrouver

ranimation et le bruit, il fallait aller jusqu'aux extrémités de Yédo» à Sinagava ou aux faubourgs du nord et de Touest. Là» les maisons de thé et autres lieux de débauche attiraient la foule avide de plaisir. On y menait grand tapage, on s*échaaffait la tête par de fréquentes rasades de sakki^ on se querellait. Les étrangers ne s'y hasardaient pas volontiers et n'y allaient que bien armés, en société de quelques compatriotes et avec Fescorte d*o£Sciers japonais. On leur livrait passage de mauvaise grâce, il ne fallait pas s'arrêter, et il était expressément interdit d'entrer dans une maison de thé.

Âu eoucher du soleil» ces rues s'animaient d'une façon particulière et prenaient un aspect vraiment sinistre. Partout on rencontrait des individus qui» la figure masquée d'un mouchoir et la main sur la poignée d'un de leurs sabres, ressemblaient beaucoup plus à des brigands qu'à d'honnêtes citoyens. Un étranger n'aimait pas à voir ces vilaines figures à ses côtés ou sur ses talons ; il se dérobait vite à leurs regards , et apprenait aux nouveaux débarqués que c'était parmi ces hommes masqués qu'il fallait chercher les assassins de Heusken, de Vos»

comme le ferait un chapeau trop large et trop loog, sur leurs épaules, et qui cache leurs traits complètement*— H est défendu, sous des peines sévères, de vouloir pénétrer rincognito de ces lofitfie#*

de Decker» e'i des autres victimes du fanatisme

japoDais.

Lorsque la lumière du jour avait complètement

disparu, ces quartiers s'éclairaient d iiluuiinaUons fantastiques. Chaque passant était muni d'une lanterne en papier qui portait ccriL en gros caractères le nom du propriétaire ou, peintes à Tencre de Chine, les armoiries du maître. Dès l'entrée de la nuit» les maisons de ihé étaient fermées, mais à travers les barreaux d'une épaisse grille on pouvait jeter un coup d*œil dans les salies du rez-de-^cliaussée, où se tenaient les é^oros, parées de leurs plus beaux atours, et les ghékos^ qui jouaient ^t chantaient pour attirer sur leurs compagnes Fattention des curieux. Peu à peu les bruits cessaient, le nombre des lanternes diminuait, on masquait les grilles des maisons de thé derrière un rideau de planches.

A dix heures» les rues étaient presque désertes ; à onze, il y régnait un profond silence. Tout Yédo dormait alors, niais bien, souvent ses habitants s'éveillaient au glas sinistre du tocsin. On frappait sur une petite cloche à coups pressés et retentissants. Un gardien de nuit placé sur un belvéder, comme on en volt par milliers à Yédo au-dessus des temples et des plus hautes habitations, avait aperçu un incendie et appelait du secours. Le signai d'alarme se répétait de toutes parts. On imagine quelles scènes de désordre accompagnent un de ces incendies.

Les maisons s'ouvrent. Les bat)itants s'élaiiceut au dehors: ils questionnent, ils interpellent les pas^ sants, ils courent vers Tendroit menacé, beaucoup ont grimpé sur les toits pour apprécier le danger

en ce qui les regarde. Le feu est loin encore ; mais, alimenté par tant de matériaux combustibles, il s'avance, il dévore l'espace. Ce n'est plus une maison qui brûle, c'est une rue, un quartier entier qui est envahi par les flammes. Les travaux de sauvetage sont conduits avec activité et intelligence, mais ils sont impuissants en présence de l'élément qu'ils doivent combattre. Il faut se résigner à faire au feu une part très^large» oar, le plus souvent, rien n'est capable d'en arrêter le progrès, si ce n'est l'es^ pace vide. -

Grâce à l'active surveillaiice des gardiens de nuit et à l'institution bien organisée des sapeurs^pompiers ; grâce à la fréquence extraordinaire des incendies, qui fait que tout le monde y est habitué et connaît la manière de les combattre ^, beaucoup de sinistres sont étouffés dès leur origine. Dans le cas

1. Les maçons, charpentiers et beaucoup d'autres ouvriers soDt, au nom de la loi, embrigadés dans le corps des pompiers; ils ont une grande habitude des tra?aux de sauvetage, et s'en awiuittent avec autant de 2èle que de courage. Dans chaque maison de tédo^ Ton trouve des pompes à incendie, et devant presque toutes les portes on remarque de grands cuviers remplis d'eaU| et qui ne sont là que pour servir en cas de sinistie<

contraire, il y a presque toujours des catastrophes

à déplorer» h moins qu un caltne complet ne iavorîse les travaux de sauvetage, ou quhine pluie un peu forte n*éteigne le feu. La principale cause des incendies doit être attribuée à l'usage du brasero^ que l'on tient allumé jour et nuit dans la maison. La nature très-inflammable des matériaux qui ser« vent à la coustruction des maisons japonaises explique les proportions des sinistres.

On bâtit en pierre et pisé les magasins destinés aux marchandises précieuses, ainsi que les palais des daimios et d'autres grands personnages ; mais ^ les matériaux légers sont entassés en si grande quantité dans toutes les habitations, que ees édifices mèuies ne sont plus à Tabi i du feu, qui y cause de fréquents ravages. En 1859, Tancien palais du taikoun et celui lU] riicritier présomptif furent entièrement détruits par les flammes ; l'année suivante, un semblable sinistre couvrit de ruines les vastes terrains occupés à Yédo par les nombreux corps de logis dont Tensemble constitue le palais du puissant prince de SâUouma.

Pendant mon premier séjour à Yédo, en 1859 et 1860, Sai-liaï-dsi , siège de la légation française, n'échappa à une destruction complète que grâce aux courageux ellorts des pompiers pour préserver ce temple, construit, du restCi de matériaux fort solides. xM. du Chesne de Bellecourt fut obligé de

chercher refage auprès de son collègue, sir Rutiler-*

lord Alcock. La malveillance des lonims pouvait n*étre pas étrangère à cet accident, et on apprében* dail une aUaque à main armée sur la personne du représentant de la France ; aussi fut-il conduit à la légation britannique sous bonne escorte. M, du Cliesoe de Bellecourt, en racontant plus tard les événements de cette nuit, se plaisait à rendre justice à l'adresse et à Tactivité des pompiers japonais: son déménagement avait été opéré en un clin d*<Bil; aucun des meubles ou des objets de son appartement n'avait été cassé ou égaré, et lui-même avait été traité avec les plus grands égards.

Le gouvernement du taïkoun a ainsi, dans mainte occasion, fait preuve de bonnes intentions envers ses nouveaux alliés ; mais il n'est point parvenu à établir avec eux des relations amicales. La crainte d'effaroucher les susceptibilités du parti patriotique, qui a vu avec regret l'intrusion des étrangers dans les affaires intérieures, a imposé à la cour de Yédo une réserve qui s'est manifestée chez tous les fonctionnaires qu'elle a désignés pour traiter avec les représentants de l'Occident. Ceux-ci, en vertu du caractère uflîciel dont ils étaient revêtus, n'ont pu faire des avances trop directes, et, après avoir ac* quis la certitude que la froideur avec latiuelie on les recevait était le résultat d'un parti pris, ils ont, à leur tour^ gardé les mêmes apparences, corrobo-

rant ainsi, malgré eux, un état de choses qui rend leur séjour à Yédo et leurs rapports avec le gou?eruement de plus en plus difficiles.

Aucun lien d*amitié n'existe entre les fonctionnaires japonais et les membres des diverses légations occidentales; et la Yie que ces derniers mènent à Yédo est fort monotone et triste. Jusqu'au moment où M. Heusken fut assassiné, cette existence n'était cependant pas dépourvue de distractions. Les attachés formaient une société de jeunes gens assez nombreuse : les chefs de la légation exerçaient à Tenvi la plus large hospitalité. 11 y avait toujours des invités d'Europe ou d'Amérique à Sal-kal-dsi, à Toden-si et à Dsen-lou-dsi, et Ton se faisait un plaisir de leur montrer la ville et les environs qui sont si charmants. C'étaient chaque jour de longues promenades à cheval ; on allait au cbAteau^ on tra* versait la cité, on visitait le tem|)le de Quannon, on faisait des parties de plaisir à ûdsi. Sans doute il fiillalt être armé et se tenhr sur ses gardes, mais sans appréhensions sérieuses, et il n'y avait point d'imprudence à s'aventurer, quelle que fût l'heure de la journée, dans les parties les plus reculées de la ville.

Je me souviens d'une promenade faite en compagnie des attachés de la légation anglaise et cle

M. Heusken. Nous partîmes de lionne heure de Toden-si, sans autre escorte que celle de nos beitos

(on était alors en 1 sea). Nous traTersftmes le quartier du château^ Soto-siro et toute la cUé; nous nous arrètAtnes longtemps dans les temples du dieu de la guerre, des cinq cents images et de Quanuonsama ; puis nous arriv&mes» après avoir visité les quartiers aristocratiques aussi Lien que les rues liabitées par la lie de la population, jusqu'au village d'Odsi, à une dislance de 15 à 18 icilomètres du siège de la légation anglaise. Là, nous flmed une

halte qui dura plusieurs heures , et la nuit nous surprit lorsque nous étions encore loin de Toden^si; nos chevaux étaient harassés de fatigue, et nous n'avancions plus qu'au pas. Nous ne rentrâmes chez nous que vers mtntdt, arant passé quinze heures dans les rues de Yédo sans que rien de fâcheux nous fAt arrivé*

Nos excursions n'étaient pas toujours aussi prolongées ; elles duraient d'ordinaire trois ou quatre

heures. On se réunissait ensuite, soit à Toden-si, soit chez le ministre français ou américain ^ On se communiquait les observations faites dans l'excursion du jour» on discutait des projets de promenade

1. Alors comme aujourd'hui, le représentant des Pays-Bas résidait ordinaireiiieut à Décima, celui de la Russie à llukodadé, et le Portugal n avait qu'un consul, habitant Yokohama. La Prusse, qui venait de conclure un traité avec le Japon, ne l'avait pas encore fait ratifier lorâ(}ue je (quittai Yédo pour la derûièrs

pour le lendemain^ on préparait son courrier pour rBorope, ou bien on lisait les lettres et journaux qu'avait apportés le bateau de Shang-hai. Souvent il fallait se rendre en audience auprès d'un des membres du gorodjo (conseil des cinq), ou recevoir la visite officielle d'un gouverneur des affaires étrangères. Le temps était donc assez Lien rempli, et les membres des divei ses légations échappaient ainsi aux ennuis de l'isolement. L'assassinat de M. Heusken vint clianger sa situation. Après cet événement, le ministre des fitats^-Unis resta seul à Yédo; les ministres français et anglais partirent pour Yokohama. Ils revinrent, il est vrai, plus tard dans la capitale du taikoun; mais la surveillance sévère qui s'exerçait autour d'eux leur fut insup-* portable, et, deux tentatives d*assassinat sur le représentant de la Grande-Bretagne ayant causé la mort de deux sujets anglais et prouvé trop évidemment l'existence de dangers sérieux, MM. Aicock et du Ghesne de Bellecourt décidèrent qu'ils retour* neraient temporairement à Yokohama. Le ministre des États-Unis lui-même, M. Pryne, malgré le dessein bien arrêté de maintenir son droit de résidence à Tédo, se vit enfin obligé de quitter cette ville, sa demeure étant devenue la proie des flammes, et les gouverneurs de Yédo Tayant supplié de partir, parce qu'ils craignaient de ne pouvoir le protéger à Tavenir contre la haine de ses ennemis.

â60 UN VOYAGE AUTOUR BU JAPON.

La ruse, le crime, les complications politiques amenées au Japon par Tarrivée des Européens, ont ainsi chassé les hôtes étrangers de la capilale du laïkoun, qui, après une lutte de plus de trois années, se trouve rendue tout entière à ses anciens possesseurs; mais, on ne peut en douter, nos représentants retourneront i6t ou tard à Yédo. L'Occident est trop puissant, Urop supérieur à TOrieut, pour qu'il ne lui soit pas facile de donner à sa yolouté la force d'une loi; il a décidé, en imposant son amitié au Japon, que cet empire sortira de Tétat d'isolement où il a vécu pendant des siècles, qu'il s'unira aux autres nations civilisées du globe, et qu'à cet eilet il souffrira dans sa capitale la présence des représentants des puissances occidentales.

CflAPnilE XII.

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