‹ Un voyage autour du JaponChapitre 25 sur 27 · S74 UN VOYAGE · texte numérisé non relu

S74 UN VOYAGE

plainte à faire ou à entendre h ce suJeU knm ce fût

de fort bon appétit et sans la moindre répugnance que je fis honneur au repas qui me Ait «ervi à rai> berge de Kauasava.

Le soleil fi*élait couché, la nuit paisible, belle et sereine , couvrait le lac et les collines environnantes, la mer et les montagnes que j'avais aper* çues à rhorizon. Les nuits japonaises sont d*une grande beauté. L'atmosphère est d'une transparence tellement remarquable que les météorolo** gistes qui ont visité le Japon j ont vu un phénomène tout particulier dont ils se sont efforcés de

dccuuviir les causes. Les voyageurs, sans partager ces savantes préoccupations, sont unanimes à vanter le charme indicible qu'ils ont éprouvé sous le ciel étoilé de « Tempire du soleil naissant. »

Tavais pris place sous la verandah^ et prêtant une oreille distraite à la conversation des hôtes de l'auberge, qui, groupés sur le seuil de la maison, sV bandonnaient au passe-temps favori des Japonais, fumer en buvant du thé, je suivais du regard une pèche aux flambeaux qui avait lieu sur le lac, à une foible distance de l'endroit où je me trouvais. C'était un spectacle fantastique et dont l'image s'est fixée dans ma mémoire. Il y avait là cinq ou six bateaux, chacun monté par une demi-douasaine d'hommes ; une dizaine d'entre eux étaient armés de torches qui brûlaient d'un feu rougeàtre et qui répandaient

une épaim fumée dont Todeur réBineuse arrivait

jusqu'à moi. A cette lueur incertaine, réfléchie dan» Teau qui la brisait eo la faisant miroiter sur ces courtes vagues ridées par une faible brise, je vis se mouvoir, silencieuses comme des ombres, des formas humaines qui se baissaient» se relevaient, et semblaient se livrer à un labeur étrange et mystérieux,

De Tautre côté du lac , j'apergus une maison dont le premier étage était illuminé par un grand nombre de lanternes. Bientôt je distinguai les sons perçants que les Japonais tirent du saimpsin en frappant d'un morceau d'ivoire les cordes de soie de cette espèce de guitare et les notes plus douces pro* duites par Tinstrument appelé khoto (harpe à treize cordes). Des voix d'àommes et de femmes qui se mêlaient de temps en temps à cette musique com** plétaient le concert. On célélirait évidemment une féte dans cette maison, et, me fiant aux mœurs liospitalières des Japonais, je résolub de voir de plus près ce qui s*y passait.

La maîtresse de l'auberge ouvrit de grands yeux étonnés lorsque je lui demandai de me faire conduire à la maison éclairée^ que je désignai du geste ; pourtant elle ne s'opposa pas à mon dessein et appela un petit garçon qui, tel que la nature l*avait fait, bans vêtement aucun, sortit d*un coin de la chambre où il avait dormi sous une épaisse cou*

Yerlure. Il se frotta les yeux sans parvenir à en

chasser le sommeil, passa sa petite robe qui, grande ouverte par devant et tombant jusqu'aux genoux» ne lui couvrait que le dos, prit la lanterne, et marcha devant moi d'un pas mal assuré et en suivant plutôt l'impulsion de ma main que l'accent de ma voix. C'était un véritable somnambule. £n entrant dans la maison, où, dans une salle jdu rez-de-chaussée, quelques Japonais se tenaient accroupis autour d'un brasero^ Tenfant se réveilla pour quelques insldiils, éteignit, en poussant un gros soupir, la lanterne qu'il portait à la main, et se laissa tomber dans uu coin; il avait de nouveau fermé les yeux avant que j'eusse eu le temps de souhaiter le bonsoir à mes nouveaux hôtes. Ceux-ci parurent fort surpris d abord et même inquiets de ma visite inattendue; mais, lorsque je leur eus expliqué que j'étais venu de l'autre côté du lac afm d'entendre de plus près la musique qui se faisait chez eux, ils se mirent à sourire et me souhaitèrent la bienvenue ; Tun d'eux, un domestique, se leva pour annoncer iiion arrivée à ses maîtres; il revint presque aussitôt et me pria de le suivre. Je gravis un escalier étroit et i uidc et ^arvias ainsi au pr^ier étage de la maison*

Dans une grande chambre éclairée par des lanternes en papier et quelques mauvaises chandelles, je vis une joyeuse compagnie de Japonais; elle se

composait de quatre hommes, de leurs femmes, de

deux enfants et de quatre chanteuses : ces dernières étaient placées dans un angle de la chambre; tandis qu au milieu les autres se tenaient accroupis autour de plusieurs plateaux chargés des débris d'un re* pas. Les figures animées des convives, leurs yeux brillants et Tabsence de tout embarras et de toute crainte en me voyant entrer, me firent comprendre que je les surprenais au milieu d'une de ces petites fêtes de famille si fréquentes chez les Japonais. Un homme d'un certain âge, probablement le chef de la maison, se leva et me souhaita fort poliment la bienvenue; les autres m'invitèrent par gestes à prendre place parmi eux : les femmes et les enfants me regardaient avec une curiosité naïve. ^

Je tâchai d^expliquer l'objet de ma visite, et j'eus quelque peine à me faire entendre; mais j'en eus bien davantage encore pour saisir le sens de ce qu'on me répondit. Mes hôtes n'avaient jamais échangé une parole avec un Européen, et le langage qu'à Yokohama j'avais la prétention de donner pour du japonais ne semblait pas avoir droit de cité dans tout l'empire. En général» le japonais que par-

leuL la plupai l des étrangers diffère essentiellement do la langue pure et choisie des indigènes. Aussi ai-je remarqué souvent que, pour converser avec des marchands venus de Tiotérieur, les commerçants de Yokohama se servaient de leurs domesti-

ques oomme interprètes. Cependant b difBcuUè que nous eûmes à échanger quelques phrases ne refraidil pat l'excellent aeeudl qui me fut fait, et que les Européens trouvent toujours au Japon lorsqu'il n*y a pas de motif particulier de les éviter ou de les craindre. On m'offrit du thé, du riz, des fruits, du êokki^ et Ton s'amusa beaucoup de la maladresse que je mis h me serdr des dcnz petits bfttons qui remplacent le couteau et la fourchette. Je restai plus d'une heure en compagnie de ces braves gens, et ils m'auraient retenu longtemps encore , si je n'avais préteité la fatigue du voyage et la nécessité où j'étais de me lever de grand matin. Les hommes m'accompagnèrent Jusqu'au seuil de la

porte ; Tim d'eux insista même pour me reconduire jusqu'à L'auberge où je devais passer la nuit, et il ne se retira qu'après m'y avoir vu rentrer sain et sauf*

Les souvenirs que m'a laissés l'hospitalité japo^

naise n'étonneront aucun des Occidentaux qui ont vécu à Yokohama ou à Nagasacki, et plusieurs d'entre eux y ont reçu un accueil semblable. Le peuple aù Japon aime en effet les étrangers; il ne nie point leur supériorité, et semble instinctivement reconnaître en eux des libérateurs, destinés à briser le joug que fait peser sur lui l'aristocsratie féodale. Les relations entre commerçants japonaiset européens ont été généralement agréaMes, et

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n*ont ea d'autres inconvéDients que les péripéties communes à toute transaction commerciale. Nous avons rencontré la malyeillance, Topposition systématique seulement dans la classe noble, qui prévoit clairementi avec riutroduction de l'élément étranger, une révolution tout à l'avantage de la démocratie, et qui, en résistant de toutes ses forces au mouvement où elle se sent entraînée, reste, pour ainsi dire, dans le cas de légitime défense* Son opposition ne cessera définitivement que le jour où le parti libéral sera sorti victorieux de la lutte qui divise aujourd'hui Tempire en deux factions hostiles.

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