‹ Un voyage en Angleterre et au front francaisChapitre 9 sur 14 · XL—CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

XL—CONCLUSIONS

On pourrait écrire indéfiniment, mais il faut conclure, quitte à reprendre le détail de tous ces sujets au jour le jour et à mesure qu'il se présentera à l'actualité.

De notre voyage, nous avons retenu avec une netteté irrésistible :

1° Que depuis le port d'embarcation en Amérique jusqu'à la ligne de front l'ennemi a semé des dangers qui vont s'accroissant : torpilles, mines flottantes, bombes aériennes, obus et gaz asphyxiants, tout l'arsenal de son épouvantable préparation. Dans toute cette région démesurée, toute une partie du globe, il a accumulé les morts et les ruines. De cette horreur il faut demander compte, non à l'individu obéissant et passif qui accomplit une part de cette oeuvre sur un point quelconque, mais à celui même, gouvernement ou potentat, qui a voulu cette guerre et qui, sachant d'avance tout ce qu'elle comporterait de deuils et de dévastation, n'a cependant pas hésité à la déclarer.

La guerre est un formidable gaspillage d'énergie humaine, au delà de toute expression : mais la guerre défensive est une nécessité, et c'est l'agresseur qui devant l'histoire doit porter tout le poids de cette écrasante responsabilité.

2° Que personne ni en Angleterre, ni en France, ne veut d'une paix hâtive, faite d'un compromis. La guerre a coûté trop de sacrifices et la haine de l'Allemand est trop vive : on veut aller jusqu'au bout, à tout prix. Et les victoires de cet été ont accentué ce sentiment.

3° Enfin, c'est que chacun doit faire sa part dans cette guerre, mais que tout l'effort n'est pas au front, sur la première ligne : les activités requises par la guerre sont plus étendues et les ressources requises d'une possibilité sans limites.

Le devoir du civil consiste à accepter généreusement les restrictions et les gênes qui lui sont imposées, convaincu qu'elles sont peu de chose comparées aux dangers et aux misères du soldat dams sa tranchée, ou du matelot dans son sous-marin, ou de l'aviateur dans l'air, et que sa part est encore, — de beaucoup, — la meilleure.

Et ce qu'il faut SURTOUT, c'est de cultiver cet esprit de confiance, de foi en l'avenir et de dévouement entier à la cause alliée, dans la pensée comme dans les actes. Ces sentiments que l'on trouve à un degré si intense à cent verges de la tranchée allemande, il ne faut pas les laisser se perdre, parce que, — pour notre bonheur, — un océan gardé par la flotte anglaise nous protège des affres d'une guerre où deux cent mille des nôtres risquent quotidiennement la mort.

Croquis et Impressions

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