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toute nourriture, le long de la route, qu’une maigre ration de maïs (blé-d’Inde lessivé),.
Les Canadiens de nos campagnes sont accoutumés à manger de la viande de porc bouillie dans la soupe, mets que les habitants, affamés par leurs rudes travaux des champs, trouvent délicieux. Aussi, dès que les nouveaux voyageurs se voyaient privés de ce bon plat de famille qu’ils avaient savouré autrefois avec délices, ils se lamentaient comme les Hébreux au souvenir des oignons d'Egypte, et répétaient tristement ce refrain : Ah ! si nous avions du lard !
Pendant les deux mois que durait le voyage de Montréal à la Rivière-Rouge, c'était toujours la même plainte qui revenuit.
La pitance allouée pour chaque jour, consistait en une pinte de maïs lessivé et une once de graisse ; chacun pouvait y joindre de l'eau à discrétion. Avec cela le travail était
rude, et les journées longues. La brigade ne
s'arrêtait que pour le diner. On comprend Ce]
qu’un tel métier paraissait dur aux novices, et que le souvenir de la soupe et du lard leur faisait faire de sérieuses réflexions, quand arrivait l'heure des repas.
Les voyageurs attachés au service des compagnies se divisaient en plusieurs classes : les commis, les interprètes, les guides, les conducteurs do canots, enfin les rameurs, qui étaient ordinairement les #angeurs de lard, ou les novices.
Les conducteurs de canots étaient subdivisés en deux catégories : les pilotes ou timoniers formaient la première, les rameurs formaient la seconde.
Chaque canot, en partant de Lachine, portait, outre les hommes d'équipage, avec chacun son bagage pesant quatre-vingt-dix livres, six cents livres de biscuit, deux cents livres de pehit-salé, trois boisseaux de fèves, deux toiles cirées pour protéger les marchandises contre la pluie, une voile, une haussière, une
iache, une chaudière, une éponge pour ôter
l’eau qui s’introduisait au fond de l’embarcation, une certaine quantité de braï, d’étoupe et d'écorce, pour les réparations en cas d’avarie,
Quand un Européen voyait pour la première fois ces frêles embarc:tions, tellement chargées que le plat-bord dépassait de six pouces à peine le niveau de l'eau, il ne croyait pas qu’il fût possible d'éviter un naufrage, surtout en songeant aux mille difficultés de la route ; mais les Canadiens savaient si bien manier l’aviron, et dirigeaient un canot avec tant d'adresse, que rarement il y avait un accident à déplorer.
En quittant Lachine, on se rendait d’abord à Sainte-Anne, à l'extrémité occidentale de l’île de Montréal. Quoique la distance ne soit que de quinze milles, cependant c'était toujours en cet endroit que se faisait le premier campement, et les canotiers n'étaient censés commencer le voyage qu’en partant de Sainte-
Anne. Avant de quitter cette place, ils allaient
faire une prière à l’église, saluer la bonne sainte Anne et se mettre sous sa protection.
A cette époque, ce sanctuaire était à peu près le dernier qu’ils rencontraient sur leur route.
Le lendemain on faisait vraiment les adieux au Canada: le voyage était commencé. La route offrait plus d’un danger.
Pour éviter les chutes et les rapides, il y avait à faire de nomreux portages. * Les voyageurs de la dernière classe, c’est-à-dire les rameurs, étaient les seuls employés à cette besogne de portefaix.
Dès que le canot arrivait à la tête d'un rapide, on l’arrêtait à vingt ou trente pas de la grève, de peur de le heurter sur des cailloux qui l’auraient percé et coulé à fond.
Les rameurs, sans hésiter, se mettaient à
l'eau ; deux d’entre eux saisissaient les pinces
* Le portage est un endroit où la navigation se trouve interrompue par une chute ou un rapide; on est forcé alors de transporter par terre les marchandises et es canots,
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