‹ Un voyageur des pays d'en haut [microforme]Chapitre 8 sur 19 · LL · texte numérisé non relu

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du canot pour le tenir immobile, S'il y avait dans l’embarcation un 4ourgeois où un commis, il se faisait transporter à terre sur les épaules d’un vigoureux et solide voyageur ; les autres se hâtaient de porter à la grève toutes les pièces. Aussitôt que le canot était vidé, quatre, six, o1 huit hommes le portaient sur leurs épaules à l'extrémité du portage. Tà, ceux qui étaient désignés pour tenir l’embarcation en bon état, l’examinaient avant de la remettre à flot. Pour charger le canot, on usait des mêmes précautions que pour le décharger ; il était porté dans l’eau à quelques pas du rivage, deux hommes lui servaient d’ancre, et à mesure que les colis arrivaient, ils étaient replacés avec soin au fond de l’embarcation.

Au printemps, quand les glacons flottent encore sur les rivières, quand la bise est froide, et que les rayons du soleil ne sont pas assez ardents pour attiédir l'atmosphère, un

bain de cette nature, prolongé pendant quel-

ques heures, et répété plusieurs fois le jour, doit faire éprouver de douloureuses sensations \ celui qui le subit. Cependant c'était à cette cruelle nécessité qu'étaient soumis les canotiers pendant toute la durée du voyage. Quand l'opération du transbordement était finie, le rameur reprenait sa place dans lembarcation, sans avoir un moment pour tordre ses habits ruisselants d’eau. Si les portages se succédaient rapidement, le pauvre malheureux était condamné à être trempé et grelottant jusqu'au soir.

Le transport des colis d’un bout du portage à l’autre avait heureusement, pour ces circonstances, le bon effet de raviver la chaleur du sang et de réchauffer les membres encourdis par Peau glacée. Un de ces colis (nous l'avons dit plus haut) pesait de quatrevingt-dix à cent livres. Un homme de moyenne force et peu accoutumé à soulever ces fardeaux, n’en portait que deux à la fois;

mais ceux dont les muscles étaient solides et

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qui voulaient faire étalage de leur force, en portaient jusqu’à cinq et six. D’anciens voyaseurs assurent avoir vu de ces hommes qui en enlevaient huit sans se gêner. Au moyen d'une courroie de cuir suspendue sur leur tête, et rejetée en arrière, ils réussissaient à se placer cette charge sur le dos, et, au pas accéléré, ils la transportaient au bout du portage. Le nom d’un nommé José Paul a été longtemps célèbre dans le Nord pour des

exploits de ce genre. * Les sentiers que sui-

* José Paul était un Canadien né à Sorel. Il était d’une force si prodigieuse, que tous ses compagnons en avaient peur comme du diable. On raconte de lui une foule d’anecdotes fort intéressantes,

Un jour, au fort William, sur les bords du lac Supérieur, José avait bu outre mesure et faisait un vacarme affreux au milieu de ses camarades. Il voulait se battre avec tout le monde, et ‘omme personne ne se souciait de se mesurer avec lui, il appelait les diables de l'enfer à venir faire le coup de poing. Monsieur le grand vicaire Crevier, alors missionnaire au Nord-Ouest, se trouvait dans le fort William; lui aussi avait le bras raide et solide. Il était en ce moment occupé à se raser dans sa chambre. Les cris et les inprécations de José l'impatientaient; il résolut de mettre fin à tout ce tapage. Sans attendre la fin de l’opération, il dépose son rasoir sur la table, s'essuie un peu la figure et sort dans la

vaient les voyageurs étaient quelquefois à peine praticables pour des hommes libres de leurs mouvements. Tantôt on côtoyait le bord escarpé d’un rocher au pied duquel était un abîme ; tantôt on traversait un marécage où le pied s’enfonçait dans la vase ; ailleurs, c'était une côte abrupte qu'on avait à gravir avec la charge sur le dos.

De Montréal au lac Nipissing, c’était au moins trente-six portiges qu’on avait à pas-

ser ; de là au lac Huron, il y en avait huit

cour du fort, où tous les gens étaient assemblés. José, en l'apercevant, fut un peu interloqué ; il le fut bien davantage quand il le vit se diriger droit à lui. M. Crevier, sans lui donner le temps de se reconnaître, lui saisit le bras comme avec un étau, et lui enfonce ses doigts dans la chair en lui disant: “José, apaisez-vous. S'il m'était permis À moi de me “battre, vous ne jacasseriez pas tant.” Ce fut fini: José, le bras pendant, alla s'asseoir bien tranquillement dans un coin, et le calme fut rétabli.

Un bon vieux bourgeois du Nord, en racontant plus tard ce fait à Mer Taché, ajoutait: Bigre ! il était fort M. Crevier.

Une autre fois, dans un magasin de la compagnie de la baie d'Hudson, un commis voulut essayer les forces de José Paul. Il avait entassé dans un coin un certain nombre de barils de sucre du poids de cent livres, et en avait rem pli un de balles de plomb. Le commis pria José de vouloir bien lui

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