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lion pelile , les antennes courtes, les gritTes acérées, le ventre énorme... ou, pour mieux dire, ce n'eslqu'un ventre visqueux, velu, grisâtre, et surtout tellement gonflé qu'il semble près de rompre î
L'impitoyable bêle n'est cependant pas repue. On devine qu'elle est prête encore à faire sang de tout. Ses pattes venimeuses on cessé d'ourdir la trame perfide... son œil glauque épie... ses serres guettent, entr'ouverles... tout son être espère encore, attend toujours une nouvelle proie, que le désespoir ou la folie va sûrement précipiter dans la toile.
La voilà! tenez... voyez-vous... Mais ce n'est point une grosse mouche... non... c'est une créature à l'image de Dieu, c'est un homme!
Déjà, il ne se débat plus... déjà son corps frissonnant à peine est entouré, garrotté, empêtré, immobilisé, dans un linceul de fils imperceptibles, inextricables... déjà son œil s'est clos pour ne plus voir... déjà sa tête retombe... déjà Tépouvanle le lue pour lui épargner au moins les dernières douleurs!
Seulement alors, l'araignée s'avance... horrible ù voir, tant il y a de féroce joie, de hideuse volupté, de dévorantes aspirations dans son œil qui
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flamboie, dans ses griffes qui s'entr'aiguisent, dans sa trompe qui se pourléche avec ses mùclioires béantes, dans tout son corps qui rampe au meurtre sans se liàtcr, sûrement, impunément, car la victime est assez morte déjà pour ne pins pouvoir se défendre, et d'avance elle jouit du flair de son sang avant de le pomper, de l'absorber, de l'épuiser jusqu'à la dernière gnuUe!
L'usure est patiente comme l'araignée, l'usure estexperteet rusée comme elle; comme elle, l'usure est impitoyable et lâche, car elle vous lie d'abord et vous dévore ensuite.
Eh bien , le bonhomme Campagne était en ce moment la mouche iiumaine... Cette grande et sombre ferme, devant laquelle il hésitait tant à entrer... |)auvre père Campagne, c'était la toile! Cet iiomme, qui piut-êlre le guettait de loin par quelque invisible fenêtre i\v. sa maison aux trois quarts cachée dans les branches... cet homme, c'était le terrible vampire de Kambert, c'était Taraignécî, c'était l'usure î
L'heure, c('|)i'ndanl, s'écoulait; le bonhomme Campagne |>ril enlin son c(»nrage ,1 deux mains el
vy zocvVe. 27
s'élança au pas de course sous la porte fatale. Une seule servante liébélée réeuiail un vieux chaudron sur le seuil de la maison.
— Monsieur le maire y est-il? demanda timidement le vieillard-
— Monsieur le maire, répéta lentement la marilorne aux mains noircies, il est en conversation depuis plus de deux heures dans son cabinet... avec la dame...
— Avec quelle dame?
— Eh î parbleu, mon brave Campagne, avec moi ! répondit inopinément une seconde voix qui descendait l'escalier.
— Madame la baronne do Follavoineî fil le paysan tout surpris, en reconnaissant la noble marraine de son fils.
— Moi-même, s'empressa de répliquer à haute voix la dame, qui se trouvait |>arée de ses plus brillants atours, ni plus ni moins que si elle fût revenue de quelque grande visite cérémoniale au faubourg Saint-Germain. Qu'y a-t-il donc à cela d'étonnant, mon brave Campagne? Ne savez-vous pas que je suis une des meilleures amies de notre cher conseiller général?
23 trî zjlave.
— Ahî fil le vieiilard, c"esl lui qui a éléélu.
— Grâce surlout à l'activité électorale de mon fils Astolplie !.. . poursuivit la baronne de Foiiavoiiie sur un Ion plus élevé encore et comme avec l'inlenlion d'être entendue de l'étage supérieur... grâce aussi, sans aucun doute, à votre vote particulier... Mais montez donc, moji brave Campagne... on vous avait vu venir de loin, on vous attend... iMontez donc vite, vous dis-je... Notre excellent et digue ami, monsieur le conseiller général Pailleux est làtiaul!
If
Lv liilift <lc iiiilli' fiuiict. -^
.Nous retrouvons enfin notre Pailleux.
.Mais ce n'est plus l*ailleu\ d'il y a vingt ans, \e Pailleux mi-Lorrain, mi-IJuurgiiigun de Saint-Mar-
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lin-sous-Bois, le Puilleux qui sortait à peine de la gueuserie, qui rampait obscurément et presque timidement encore dans sa voie fatale, qui se contentait de ronger dans son coin les os ù peine garnis deviande que lui avaient valus la trahison, la duplicité, le crime, ces trois premiers pourvoyeurs de sa cupide avarice, et par conséquent de sa fortune ^ venir.
Depuis vingt années, la dot de Marie-Rose et les trente-deux mille francs de Maximilien de Rensdorf avaient fait bien des petits.
Riche déjà pour un paysan lorsqu'il élail venu s'établir en Normandie, espérant, avec quelque raison, que son passé resterait éternellement inconnu, désireux de se créer avant tout une réputation meilleure, Pailleux s'était observé bien soigneusement à se poser dans ce nouveau canton en gros cultivateur considéré de tous, et il y élail rapidement parvenu, bien que rognant et rapinant toujours sur toul, bien qu'obligeant déjà le voisin à assez forts intérêts, bien qu'avaricieux et processif en diable... niais que voulez-vous? en Normandie tout cela passe souvent pour vertu !
Ajoutez que, parallèlement à rinccssanle mulli-
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plicalion de ses écus, l'inlelligence financière de ce Rothscliild campagnard avail continué presque quolidiennenienl de s'accoîlrc. Au jour où recommence celle histoire, personne, ne connaissait au juste sa forlune; mais la moitié du canton lui appartenait, mais il avail de la terre dans tous les coins du département, mais on lui soupçonnait des placements avantageux au Havre, à Rouen, et jusqu'à Paris, sans compter la cachette aux louis d'or danslesquels il avail la passion, disait-on, de se baigger les mains chaque soir.
Puis, lorsque son inextinguible soif d'argent avail commencé néanmoins à se senlir satisfaite, élail venue ramhition des distinctions, des dignités villageoises, des honneurs.
Déjà depuis dix années, Pailleux étall membre du conseil de fabri(|ue, du conseil municipal.
Le ministère Pulignac le fit adjoint, car, l'exagération royaliste dominant alors, Pailleux avail toutes les apparences de Tun des partisans les |)lus passionnés du trône el de l'autel.
Au lendemain de la révolution de juillet, il su! prouver qu'il avail toujours été libéral enragé dans If fin f<)i;d du v(v\\\', o\ il devint maire de son vil-
t> ZOIAVE. ôl
lage, auquel celle posilion officielle nous force à donner un nom de fantaisie, el que, pour éviter toule réclamation , nous nommerons en conséquence Fleur-sur-Mer.
Nul doule que si le temps lui en eût été donné, noire Pailleux eùl encore subi deux autres complètes transformations : qu'il se fut trouvé républicain de ravanl-veille au lendemain de la République, bonapartiste de tous les temps à la renaissance de l'Empire.
Mais ce détail est par tro|) commun pour les lecteurs de noire époque ; nous tenions à constater qu'elle aura vu des paillasses même au village. Passons.
Par quelques mots échappés à la baronne de Follavoine vers la fin du chapitre précédent, on a du voir quel nouveau litre étail en droit de porter Pailleux.
Et que cela n'étonne pas. Depuis quil étail premier magistral de Fleur-sur-Mer, M. Pailleux avail de plus en plus dépouillé le paysan pour revêtir la peau neuve du bourgeois, el les basques de sa vesle s'élaienl allongées jusqu'à devenir presque un habit. Vi\ certain jour, le lailleur de
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Poiit-l'Evêque avait élé mandé. Une aulre fois, le passager du Havre avait apporté une paire de fauteuils, des chaises décria et une pendule dorée. Chaque fois que monsieur le maire allait dans une des petites villes des alentours, pour affaires, sa carriole revenait toujours pleine d'une foule de paquets de toutes sortes. Bref, il commençait à se monter, à vivre, à dépenser; quitte à faire payer au l)rochain son surplus de dépense, à se départir de son premier système de modération, à pomper désormais, sans ménagements aucuns, jusqu'à la dernière goutte du sang des pauvres abeilles des alentours, ainsi qu'on a déjà pu le remarquer à propos de la barque de Césaire, ainsi qu'on va le voir bien davantage encore dansrem|)loi d'araignée qui va suivre.
Lorsque b; bonhomme Campagne entra dlins le cabinet d'en haut, lequel était tout récemmenttendu d'un beau papier roiissâtre, à dix-huit sous au moins le rouleau, Paillcux était à rafîùl depuis lunglem|)S déjà devant un vieux secrétaire en acajou écaillé qui sentait l'occasion d'une lieue; Paillcux était t.ipi dans un grand fault.'Uil à bras de cuir, jadis vert, et i|ui décelait é\i(lemmenl la même
TN lOUAVK. S^
origine; Pailleiix faisait mine de fiireler allenlivemenl quelques papiers jaunis, mais en réaiilé, comme l'araignée de Rambert, du coin de sa toile il guettait en dessous sa proie.
Oh!... oh!... nous vous l'avons bien dit, ce n'était plus le paysan d'autrefois, traitant une affaire sur le marché ou sur la place de l'église, en se frappant la main dans la main pour se donner parole, voire même au cabaret en face d'une pinte. C'était le monsieur exploiteur; c'était l'homme d'affaires, l'homme en règle, flanqué de notaires, d'avoués, d'huissiers surtout, de tous losoiseaux de proie de l'usure, avec sa tactique, sa politique et sa diplomatie, avec son code élimé à force d'usage et qu'il ne feuilletait si souvent que pour mieux apprendre à en éluder les lois.
Si notre pauvre père Campagne eût été moins naïf, rien qu'à l'aspect de ralliludc magistralement reployée de Pailleux, rien quà entrevoir son air, tantôt oblique, tantôt fixe, alors qu'il regardait ou son visiteur ou ses sacs d'écus, rien «ju'à entendre surtoutia façon narquoiscmcnt hargneuse dont il enlama l'entretien, tout autre que le bonhomme Campagne se ser.iil dit : Je >>iis en face d'un rnn<Mniî...
ôi l\N ZOL'AVË.
— Ali !... ah !..; venail-il de débuter enfin, viendriez-vous me complinienler par liasard sur mon élection, monsieur Campagne?... M'est soupçoji cependant que je n'ai pas eu le bonheur de mériter voire voix.
Le vieillard balbutia niachinalemcnl quelques paroles ininlc'llii;ibles.
— iNe niez pas... je le sais... du reste, chacun son opinion... Liberté, libertas, voisin... n'en parlons plus!...
Puis se frappant le front tout à coup, el déjù sur un autre ton :
— Eh mais! reprit-il, ce n'est point là le motif de votre visite... oublieux que je suis! N'est-ce poinlaujourd'hui l'échéance de noshypolhèques?...
Lt il feignit de chercher des papiers timbrés qui se Irouviiienl sous sa main.
— C'est vrai, voisin..., mâchonnait durant ce (einps-là le bonhomme Campagne, c'est vrai tout de même, voisin... c'est aujourd'hui...
— Je vais vous signerquillanci', lit l'usurier en prenant un«' plume.
— Qjiitt.incc?.,. répéta le vieux cultivali.ur avec un air visiblement enibarra.s.vé.
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— Ne m'apportez-vous donc point de l'argent? demanda Pailleux en avançant la lèvre inférieure.
— Je viens vous en demander, voisin...
— M'en demander ! encore !... Vous tombez mai, voisin... je n'ai pas le sou, mon bon Dieu... les temps sont durs !...
El Pailleux se reployait davantage encore sur lui-même, ainsi quau moment de s'élancer, fait la bète fauve.
— Je le sais mieux que personne!... soupira péniblement le bonhomme Campagne, de plus en plus inquiété de la tournure que prenaient les choses. Et pourtant ces cent pistoles-lù me sont aussi nécessaires que leau du ciel à nos champs!
Pailleux se délendit tout à coup, el comme mû par une impulsion généreuse, il fourra tout d'un trail une clef dans le tiroir de son coffre-fort.
Campagne tressaillit, croyant tenir déjà la somme.
Mais le prêteur relira tout aussitôt sa main de h clef, el se retournant toul d'une pièce vers l'emprunteur avec un œil étonné :
— Mille francs?... fil-il.
— Mille francs' réitéra simplement le bonhomme Campagne.
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— Et vous ne me donnez rien sur rinlcicl des hypolhèques?...
— Je viens vous demander de les renouveler, monsieur le maire...
— Renouveler !... renouveler!... El les garanties?...
— Mes biens ne vous sont engagés que pour les trois quarts de leur valeur... j'offre le dernier quart pour garantir le renouvellement, les frais et les inlérèls,
II y eut un silence, durant lequel le pauvre cmj)runteur cul froid dans le dos.
— La terre perd de plus en plus, reprit l'usurier en hachant ses phrases comme chair à pàlé. Je ne sais trop si ce quart serait sufljsant... une baisse encore, et je suis au-dessous de mon prêt...Savezvous, voisin, que ce n'est pas tout profil pour obliger!... Je cours des risques...
— Ma ferme ne s'envolera |kis ! fil en rougissant le vieillard. El si la récolle est mauvaise, si ce que j'espf're ne se réalise pas, enfin si le ciel nous est conlrnire... il n'y aura jamais de malheureux (|ue mes enfants et moi !
Pailleux sentait la p;iu\re mouche s'empêtrer de
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plus en plus dans ses fils. Toul en ayant Tair d'hésiler encore, de balancer en lui-même le pour et le contre, de faire le gros dos, de se crisper les mains aux bras de son fauteuil, la proposition du voisin l'avait trop réjoui dans le fin fond pour qu'il pûl concevoir un seul instant le malin plaisir de refuser. Seulement, comme le chat, il jouait avec la souris prise.
— Allons!... fît-il doric enfin avec un laisseraller superbe, allons, voisin... vous savez que je suis un bon homme toul rond en aflaires... Terminons d'abord celle-là...
— Terminons !... consentit douloureusement Campagne.
Quelques minutes plus tard, tous les biens de la famille Campagne étaient entre les griffes crochues de Pailleux ; l'usure lui en répondait.
Cette fois donc il tourna la clef de son coffrefort, fourra les hypothèques renouvelées tout au fond du tiroir, puis le referma brusquement, hermétiquement, ce qui fit chanter dans le ventre du meuble un bruit d'or.
Après quoi , l'œil mi-clos, la lèvre souriante, digérant en quelque sorte nlle première proie.
Ô8 til ZOt'.WE.
noire araignée rentra dans son silence expeclalif somnolent, en apparence oublieux de tout ce qui se passait autour de sa toile.
— Est-ce qu'il ne se souvient plus de l'autre affaire? pensait depuis un instant déjà le bonhomme Campagne, en toussotant, en .remuant sa chaise, en promenant des regards de plus en plus inquiets sur Pailleux qui semblait n'y prendre garde.
Mais la pensée d'Arthur qui avait un si impérieux besoin d'argent, d'Arthur qui attendait avec une si légitime impatience, d'Arthur qui allait peutêtre manquer son avenir, si la somme n'arrivait pas à temps, celle pensée terrifiante rendit au pauvre père tout son courage, et il se hasarda tout d'un coup à rompre enfin le premier ce second entr'acte embarrassant.
— .le vous ai parlé, reprit-il, de cent pisloles dont nous avons grand besoin , maître Pailleux.
I/lioniicte cullivjïteur venait de dire deir\ mots de trop : grand besoin.
Os deu\ mois-là vont lui coûter cher!
— Pardon' se H'cria vivftm'nl Piiiilcux a\ic
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une feinte bonhomie, pardon, voisin... je n'y pensais plus... Conimenl! vous êtes si fort en peine pour un méchant billet de mille francs... vous, l'un des plus riches propriétaires de la commune!... Ah çà!... mais... vos terres ne valent donc plus rien?
— Hélas! répliqua avec amertume le vieillard, hélas! depuis qu'elles sont grevées dhypolhèques, elles ne rapportent plus qu'à vous!...
— Comment donc cela? fil curieusement l'usurier, qui savait fort bien à quoi s'en tenir làdessus.
— Dame! expliqua timidement le cultivateur, dame! la terre ne rapporte qi;e trois pour cent, et vous nous prêtez à...
— A six ! interrompit vivement Pailleux, toujours à six, voisin... intérêt légal !
— Ça serait déjà bien assez disproportionné comme ça! mais nous avons en sus deux pour cent de commission, trois pour les renouvellements, sans compter l'enregistrement... et le notaire !...
— Faut bien se mettre en règle!... conclut philobophiquenionl PaillcuN.
Puis, se redressant tout à coup, et avec une fougue d'éloquence qui semblait avide de s'exercer en vue d'une plus vaste arène à venir:
— C'est votre faute aussi! se prit-il à déclamer avec force gestes à l'avenant. C'est l'impéritie entêtée de tous les agriculteurs de ce pays, qui seule cause toutes leurs misères. Jamais vous n'entendrez rien à la gérance de vos fermes. Elles ne rapportent que trois, dites-vous? Faites-les rapporter davantage, c'est facile. Exemple : je suppose douze arpents que je divise ainsi : trois arpents en blé d'un produit de cent doublesdécalitres... unarpenl et demi en avoine de cinquante doubles décalitres encore... deux arpents d'herbes arlilicielles de seize cents bottes de vingt-quatre kilogrammes et demi... etc.. etc.
Nous vous faisons grâce du reste du discours, car ce fut un véritable discours a^îrononiique en trois points.
— Mais, s'éverluiiil à inlcrcalcr le bonhomme Campiigne cli.Kine fois que le sciiipilcrni'l orateur s'arrêtait un instant pour reprendre baleine, mais, monsieur l'ailleux , ce n'est point là le motif «jui m'amène. Il ;>ii;>'il tout sin)plemeiil de cinl pisloles
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qu'il me faut pour achever de faire de mon fils un avocat. Dame... rinslruclion coûte gros à Paris.
— L'inslrucUon ! repartit de plus belle M. le maire de Fleur-sur-Mer, qui s'étudiait évidemment à quelque hasardeuse harangue méditée pour la prochaine séance du conseil générai. L'instruction publique! le nouveau gouvernement l'encourage fort... j'en suis fort partisan î j'en fus toujours très-fort partisan, de linslructionî Qui oserait prétendre le contraire? Est-ce que je ne donne pas l'exemple? est-ce que ma fille Madeleine n'a pas été deux années durant au pensionnat de Caen? est ce qu'elle n'achève pas de se perfectionner présentement dans l'une des premières maisons d'éducation de Paris? Peut-être certains d'entre vous me blàmeront-ils, ainsi qu'ils blâment mon voisin Campagne, ici présent... peut-être me taxerat-on d'ambition. A celte insinuation pertidc, je n'ai qu'un seul mot à répondre, messieurs et chers collègues, adressez-vous à madame Pailleux... c'est madame Pailleux qui l'a voulu !
Pauvre bonhomme Campagne ! il a\ail emprunté à l'adjoint, il venait de renouveler au maire, il allait avoir affaire maintenant au conseiller général.
i2 15 lOUAVE.
— Mais î conlinuait-il. sans plus de succès, à jeter en guise d'accompagnemenl à travers la symphonie Paiileux, mais il ne s'agit pas purement de votre fille Madeleine... il est uniquement question de mon fils Arthur.
Tout à coup, cependant, Paiileux enfin s'arrêta. L'accès était passé. L'ambitieux disparut entièrement, l'homme d'argent seul resta.
Et, renir'ouvrant un tantet le fameux tiroir aux espèces :
— Nous disons donc, reprit-il, qu'il vous faut cinq cents francs.
— Mille... voisin... mille francs !
— Fichtre!
Et la caisse une seconde fois se referma.
Mais pour se rouvrir une troisième fois, avec une lenteur calculée, tandis que Tusuricr disait au pauvre emprunteur, qui venait d'avoir un nouveau soubresaut en arrière, et (|ui de nouveau se penchait en avant :
— Voisin... voisin... Allons... il ne sera pas Hit que vousvousen retournerez les mains videsde chez votre conseiller général. Vous me ferez une reconnaissance sur hypolliè(|ur. (lent dix franc»
Vi ZOCAVE. 15
d'inlérèls perçus en dedans, el tout sera dit. ^'ons voyez, voisin Campagne, qne nous sommes plus accommodant qu'on ne veut bien le dire... Le coffre-forl bâillait à toutes mâchoires.
— Doucement ! fil néanmoins l'emprunteur, qui essayait, mais en vain, de débattre ses intérêts, el qui s'englulinail de plus en plus dans la toile d'araignée; doucement... le perçu en dedans nous semble un peu dur, eu égard à notre position du moment. Je préfère vous payer le tout à l'échéance, intérêt el capital, mais j'ai besoin pour aujourd'hui de la somme tout entière î
— C'est l'usage! articula sèchement l'usurier. Et il eut un geste de la paume de la main, comme
pour clore à tout jamais sa cassette.
— Soilî s'écria précipitamment le bonhomme Campagne, qui suait sang et eau ; soit... allons... percevez en dedans î
— Ah!
Le fameux tiroir s'ouvrit enfin.
Mais non point encore ainsi que s'ouvrent tous les tiroirs.
Il y eut un va-et-vient, un grincement douloureux du bois contre le bois, des temps d'arrêt, des