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I.ii réflixion ensuite lui vint, qui-lle était bien

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gauche en effet, bien embarrasst^e, bien ridicule sous ses jupes longues el sous la capole à rubans (ionl on la coiffail bon gré, mal gré, tous les dimanches; qu'elle avait Pair réellement d'une jeune Huronne, qu'elle n'était point belle du tout au demeurant, point du tout demoiselle, avec ses grosses mains plus rouges encore que n'étaient ses cheveux!

D'un tel aveu à une élude opiniâlre , à une observation constante d'elle-même, à une réforme rapide et complrle, il n'est (|n'un pas pour les caraclères semblables à celui de Miidelrine.

Une visite du bon vieux curé de Fleur-sur-Mrr fit le resle.

Madeleine aussitôl se calma, comme par enchanl^'menl. Elle redevint silencieuse, humble, résignée. Elle sut désarmer ses plus cruelles ennemies à force de patiente douceur; et, si on ne l'aima pas encore, du moins on la prit en pitié.

En même temps, elle s'étudiait à imil^^r 1rs façons et le langage de ses compagnes, elle s'appliquait à ses devoirs de classe avec un acliarnrm<Mil inoui; de jour en jour enlin elle s'appri- \oi!»ail, se civjljjiail, aWe se (h'mnixelUsait, ielou

l'expression quelque peu hasardeuse des lionnes du pensionnai.

Bref, lorsqu'elle reparut à Fleur -sur -Mer, Madeleine était certainemenl encore un peu lourde, un peu empruntée, un peu paysanne, mais il y avait cependant déjà chez elle une amélioration notable.

C'est à celte époque que la baronne de Follavoine avait pour la première fois parlé de mariage à monsieur son fils, en lui disant :

— Je suis en Irain de vous débarbouiller une héritière du Calvados!

Voyons maintenant de quelle façon ladroite baronne entendait le débarbouillemenl complet de la paysanne-demoiselle.

H 8 r?f ZOUAVE.

— Un idéal de jeune fille.

Madeleine Paillcux avait revu ses grandes fcuiliées el ses grandes vagues avec un indicible r.ivisscnieiit, avec l'incroyable el fol enlliousiasme (le ses jeunes années de gaminerie vagabonde.

Mais bienlôl, ainsi qu'aux premières heures rêveuses de sa puIxTlé naïve... Océan el forêt... elle retrouva tout vide.

Vide... de ce qui niancjuail également dans la maison |)alernelle, égalenniil dans son coMir... l'amotir !

Dame! Madeleine .illiiil avoir di\-sepl ans!

l.a baronne de Fullasoine le savait bien.

Désireuse d'en apprendre davjiiiliigc,elle observa minulicusemenl l'Iiérilière, elle la suivit de loin dans ses promenades solitaires, elle la lit longue-

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menl causer au bas de la fahise, au pied moussu des grands chênes...

Bienlôl, elle eut tout compris.

— Vous permellez, dit elle alors à Pailleux. que je prèle à voire chère fille quelques bons livres choisis, qui, tout en raniusaiit durant ses vacances, contribuf^ront puissamment à lui former l'esprit et le cœur.

C'est, du reste, l'usage à l'égard de toutes les demoiselles de bon ton.

Pailleux s'inclina en signe de consenteni'^nt.

Or, ces livres si efficaces pour perfectionner les jeunes cœurs et les jeunes esprits féminins... au dire toutefois de madame de Follavoine... c'élaionl assurément de fort bons livres, fort chastes, fort touchants, mais par cela même, pour une nature semblable à celle de Madeleine, plus dangereux peut-être encore que n'eussent été de francs mau- \ais li\res.

Paul et Virginie... Alala de Chateaubriand... Le Werther de Gœthe... Jocelyn qui venait de paraître... et autres divins poënies du cœur qui charment précisément les âmes enthousiastes, qui les critièvrent, qui les passionnent, qui leur inspirent

la soif ardente des tendresses idéales, des impossibles amours î

Madeleine but avec délices à ces sources enivrantes ; elle vécut tour à tour de la vie de tous les chiisles amants dont la tendre histoire passait devant ses yeux enchantés; e!le fut tour à tour, tant était céleste l'innocente élhérisaliun de ses réves, et Virginie et Paul, et Chaclas et Atala, el Charlotte el Werther.

O féerique puissance des romans poétiques! Madeleine n'était plus seule maintenant dans les grandes solitudes de la nature! Tous les bruits de ia mer étaient des voix maintenant qui parlaient à son ame! Tous les murmures de la forél devenaient des phrases ailées qui tourbillonnaient en chantant autour de la jeune lectrice en extase!

Klle comprenait mainlcnnnl, elle vivait, die aintait!

Mais quelle forme terrestre prendrait son rèv« encore incertain?... mais qui aimerait-elle, 1 cnihousiaste Madeleine?

— Assurément, décidait in pflto la baronne, il faut que ce soit le baron de ridlnvoine!

Ll Madeleine retourna dans le chef-lieu du Cal-

C5 ïorwE. l'^l

vados, en murmurant d'une voix éperdue à roreille de la baronne :

— Encore des romans! encore... encore!

— Oui... oui! répliqua sur le même ion la corruptrice intrigante, au comble de ses vœux.

Entre elle et sa future belle-fîlle, c'était un secret dé'à.

Un secret... c'est-à-dire un lien, une influence, presque une amitié !

Ainsi que nous venons de le dire cependant, Madeleine n'aimait encore que l'amour.

Mais la baronne connaissait intimement la maison d'éducation qu't'Ile avait elle-même choisie en prévision de l'avenir.

Par quels raisonnements spécieux, par quelles promesses convaincantes , engagea-l-elle à ses Intérêts cette pélrisseuse patentée de cœurs de jeunes femmes? Nous oserions presque dire quelle commission, quel tant pour cent lui abandonnaitelle dans Vaffaire ?

Toujours esl-il qu'il fut positivement arrêté et convenu entre les deux commères qu'on condenserait arlisli(iuement, durant cette seconde année, tous ks nuages roses que la baronne avait fait

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vulligcr à l'horizon de la riche pensionnaire, qu'on donnerait un corps à cet idéal et qu'on habillerait ce corps en baron.

Donc, landis que la baronne conlinuait à passer soi-disanl en cachelle à Madel-eine les romans de madauie CoUin, puis Waller Scoll, cl même quelques-unes des productions incendiaires de la jeune école romantique, la maîtresse de pension, durant ce temps-là, s'évertuait à lui donner le goût du luxe et de l'aristocratie, à lui persuader qu'il n'y avait au monde de vraiment aimables et de vraiment dignes d'être aimes que les seuls gentilshommes l

L'avenlure, des deux parts, tournait au grand succès.

— La fille est h moiî... pensa dès lors la Follavoine, occupons-nous maintenant de conquérir le père 1

Celait là qu'allait commencer le véritable siège...

Dès la première batterie que tenta de découvrir l'assiégeante, dus que pour la première fois elle prononça L» nom d'Aslolphe, le vieil avare aussitôt dressa l'oreille et clifina des veux.

— Ail! iii il [ii:ii!aiiie lu baionnc a un fils?

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— Hélas!... oui... Paiileux î

— Un enfant encore... sans doute... madame la baronne est trop jeune.

— Du tout... du tout... Paiileux... vingt-trois ans!

— Peste... un jeune homme.'

El le vieux renard de sourire dans sa barbe: il avait compris.

Mais il se garda bien, nonobstant, de le laisser voir; mais il se tint coi, ne voulant pas répondre encore au feu de Tennemi.

La baronne continua sa ligne de circonvallation, ouvrit tranchée sur tranchée, fll tonner courtines et bastions, mais sans que la place investie parût s'apercevoir encore que c'était à elle que précisément on en voulait.

— Tenions l'assaut ! se dit enfin la baronne.

Un certain jour donc, brusquement, franchement, inopinément :

— Paiileux, si nous mariions nos enfants?... éclala-l-elle.

— Nos enfants?... fil Pailloux d'un air ingônu. Ah! c'est juste... je nje rappelle... madanje la baronne a un fils.

12i VIS ZOUAVE.

— Qui n'est pas sous-préfet... Pailleux... mais qui est baron !

— Joli lilre!

— N'est-ce pas?... Eh bien... ma proposition...?

— Quelle proposition?

— Le mariage.

— Oh! madame la baronne veut plaisanter...

— Mais non... Pailleux... mais non !

— Ce serait trop d'honneur pour nous assurément... ce serait bien trop d'honneur!

El il fallut tout un grand mois pour convaincre Pailleux que la baronne parlait sérieusement.

Alors seulement il parut touché, flatté, enchanté; «lors seulement, en définitive, il répliqua :

— Je ne dis pas non.

Ce soir-là, la Follavuine écrivit à son cher Aslol|>lie.

Pailleux cependanl ne reparlait plus de rien.

Au bout d'un autre mois, lu baronne lui en Ût le reproche.

— Ce n'est pas h n)()i qu'il npparlennil de revenir là-dessus! se récria le faux bonhumme. Ja suis trop reconnaissant, trop délicat, trop pénétré...

— Bien... Irés-bien... Puilkux... mais c'esl

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moi qui vous en reparie... Voyous, à quand la noce?

— La noce...

— Oui...

— Quant à moi, je ne dis pas non... bien assurément... mais...

— Mais?

— M'est avis qu'il faudrait avant tout prendre le sentiment de mademoiselle Pailleux... c'est elle surtout que ça regarde...

— Parfait! c'est trop juste. Je vais de suite écrire à Paris... Astolphe viendra de même... faites également venir Madeleine. Ah ! quelle joie me donne d'avance la simple idée de présenter l'un à l'autre ces deux chers enfants !

— En effet... je comprends... moi aussi, je suis tout ému...

— iVesl-ce pas, Pailleux... n'est-ce pas?

— Oui... mais pour que celte joie soit plus complète encore, faut attendre jusqu'aux vacances de Pâques.

— Pourquoi donc?

— Noire Madeleine est bien paysanne encore... attendons qu'elle soit un peu plus demoiselle... J'aurais trop crainte d'abord... moi... que mon-

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sieur le baron n'en voulusse \)o'\ni pour femme!

— N'ayez point celle appréiiension-là... Pailleux... Se relardons point, croyez-moi, la présentation...

— Jusqu'aux vacances seulement... C'est ma première idée, j'y liens... Je supplie madame la baronne de m'accorder ce délai, de ne point insister davantage... Ce ne serait pas à madame la baronne, d'ailleurs, à se montrer impaticnle.

La Follavoine aussilôl se mordilles lèvres, sentanl qu'elle allait trop loin.

Bien plus, elle résolut désormais d'attendre Pailk'ux.

Mais, ainsi qu'en plusieurs circonstances déjà , le malin paysan se pressa si peu , que force fui bien à la baronne de revenir elle-niênic à la cliargc.

— Je n'ai pas encore écrit ù mon tils... vous savez? dult'lle dire enfin à F^ailleux vers le qun- Iriènifou cinquième jour du congé de Pà<|ues.

— Vraiment! lit diin air l(tul contristé le \u'ro rie Ma<li'leiiie ; qiitl dommage! Il no serait plus temps maintenant... l-nul rcmillre l'entrevue aux grandes vacances de septembre...

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— Mais aussi pourquoi ne pas me l'avoir rappelé assez loi?

— Madame la baronne avail donc oublié?...

— Non... cerlainemenl non... n'esl-ce pas une chose convenue?...

— Convenue... Je n'ai pas dil non... mais avant de dire oui... faudra voir...

— Si les enfants se cou\ieunenl... sans aucun doute...

— Si ma fille est digne de monsieur !<■ baron... voilà le vrai mol... Aussi, je ne suis pas fiichédu relard, à vous p;trler franc... afin surtout qu'elle puisse être plus forte sur la musi(jue.

— Vrai?

— Je l'y pousse de tout mon pauvre argent... demandez plutôt à Madeleine.

— Inutile... mon cher Paillcux... Dès les premiers jours d'aoùl prochain, Aslolphe sera

— Ah! seconleiila de répondre Pailleux, M. le baron s'appelle Aslolphe!...

Durant l'été qui suivit, Madeleine dévora lous les romans plus ou moins permis aux jeunes personnes, M.iiieltiiie fut plus que jamais endoctrinée

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