Registres capitulaires
érudits ont passé à côté de ces précieux documents sans songer à les explorer *.
Les registres paroissiaux de Lésigny, dont l'acte le plus ancien remonte à 1561 , sont particulièrement riches en renseignements *, et je regrette de n* avoir à leur faire, pour ce petit travail, que des emprunts très restreints ; ce sont surtout les documents de l'abbaye que j'aurai à mettre en œuvre ^ Ils sont moins importants à beaucoup de points de vue ; ce sont des actes de décès isolés ou des notes succinctes qui ne remontent guère plus haut que le commencement du xviii** siècle, mais ils présentent un genre d'intérêt tout particulier. Il y a là plus d'un personnage dont on ne songerait jamais à chercher la trace dans les cartons poudreux où dorment les vieux papiers d'Hiverneau. Puis la réunion, dans une vie commune, de toutes ces individualités si différentes offre, ce me semble, quelque chose de piquant et d'imprévu. Aussi aurais-je aimé à donner un tableau uu peu animé de ce petit monde qui devait avoir ses passions et ses orages en miniature. Mais, faute de données suffisantes, je dois me borner à une simple nomenclature.
1 . Je puis en citer uu exemple frappant. L'abbé Lebeuf a relevé, dans l'église de Lésigny, l'inscription tombale de Jeban de Lordereau, s' de la Roche-en-Forez, capitaine pour le Roi sur les mers du ponant et du levant, décédé, d'après sa lecture, le 15 août 1500. M. de Guilhermyti rectifié la date {Inscriptions de la France^ IVy 412) ; à 1500 il a substitué, avec raison je crois, 1567. Mais, au lieu de Lordereau, il lit : de Lordeau, ce qui est une erreur certaine. Si l'abbé Lebeuf et M. de GuLlhermy avaient simplement demandé à consulter les registres de la paroisse, ils y auraient trouvé, non pas l'acte d'iubumation de Jean Lordereau qui est perdu, mais plusieurs actes qui le concernent, un entre autres, le baplistaire de son fils, du 24 août 1566, où figurent tout au long ses noms, ceux de sa femme et d'autres membres de la famille. Cette démarche si facile eût épargné aux deux savants bien des recherches et quelques erreurs.
2. Le beau château de Lésigny, depuis le commencement du xvi« siècle, a toujours appartenu à des personnages considérables, les Poncher, les Pierrevive, le maréchal d'Ancre, la famille de Luynes, etc. En 1789, il était possédé par le duc de Penthièvre. Il y avait eu outre dans la paroisse cinq ou six fiefs importants.
3. Jusqu'en 1736^ Hiverneau n'eut pas de registre pour ses inhumations ; elles étaient marquées à leur date dans les registres capitulaires ; celles au moins des pensionnaires auraient dû régulièrement être portées sur le registre de la paroisse, mais cela ue fut pas toujours pratiqué très exactement. A partir do 1737, il existe des registres spéciaux cotés et paraphés par le prévôt de Brie-Comte-Robert. Celui de 1737 à 1747 est aux Archives nationales sous la cote LL, 1456 ; le suivant sous la cote L, Ul7, liasse 5,- j'ai aussi trouvé quelques indicalions dans les registres des dons et fondations déjà cités.
Au début, on ne constate à Tabbaye que la présente d'enfants ou de jeunes gens dont les religieux surveillaient Tinstruction. Quelques-uns, par exception, ont été inscrits sur les registres capitulaires au moment de leur entrée ; la plupart ne laissaient aucune trace, à moins qu'ils ne mourussent à l'abbaye ; et cela arrivait encore assez souvent, dans ce temps où les épidémies étaient fréquentes et meurtrières.
D'autres hôtes vinrent de bonne heure donner au pensionnat une nouvelle physionomie. La bonne réputation de la communauté, l'agrément du site, la proximité de Paris, les ressources de société que présentait le voisinage avaient peu à peu attiré Paltention, et l'on vit bientôt des hommes de conditions et d'âges très divers venir peupler l'antique monastère si longtemps voué à la solitude. Ce furent surtout de vieux militaires, d'anciens magistrats, des avocats, des notaires, des procureurs, des médecins, des bourgeois ruinés ou dégoûtés du monde, puis aussi des jeunes gens prodigues ou faibles d'epprit confiés par leurs familles aux soins des religieux ; il y eut même, comme on le verra, des placements par lettres de cachet.
Dès 1696, les pensionnaires étaient devenus assez nombreux pour qu'au point de vue religieux, il ne fût plus possible de les assimiler aux commensaux ordinaires de l'abbaye. Il fut alors convenu avec le curé de Lésigny que tous les ans on lui demanderait pour eux l'autorisation de faire leurs Pâques à Hiverneau; tous les ans aussi, un d'entre eux devait, au nom de tous, offrir le pain bénit à la paroisse. Le curé seul était chargé de leur administrer les derniers sacrements et de présider à leur inhumation.
J'ai relevé près de 70 noms de pensionnaires depuis la fin du XVII" siècle jusqu'en 1781 . Bien d'autres sont restés inconnus, car tous ne finissaient pas leur vie à Hiverneau et un certain nombre rentrait dans le monde ou allait chercher une autre retraite. Parmi ceux que j'ai pu découvrir, je n'indiquerai que les plus marquants.
C'est en 1690 que les registres capitulaires mentionnent pour la première fois un pensionnaire adulte ; ce n'est qu'un simple bourgeois de la rue Saint-Denis, François Espesson, et je le cite uniquement parce que, ce qui est assez rare, on indique les conditions de son admission. Il donna, en entrant, un capital de 1,000 1., plus deux créances s'élevant ensemble à 370 1. et enfin son mobilier.
Je passe sous silence quelques noms obscurs et j'arrive à
Taunée 1706 dans laquelle, ea trois semaines, on relève la mort de trois élèves de 8, 9 et 16 ans ^ On remarque comme témoin de Tun des actes un pensionnaire nommé le chevalier de Gorbry.
En 1707, je note la mort d'un autre pensionnaire, Messire François Néret, prieur el seigneur du prieuré d'Anzy-le-Duc au diocèse d'Aulun *. Issu d'une ancienne famille parisienne, il était le fils de Denis Néret^ conseiller au Cbâtelet, puis maître d'hôtel du Roi. Son frère, Gervais- François, était correcteur des comptes, et sa sœur était mariée à Nicolas delà Guillaumie, conseiller au Parlement, seigneur du fief des Lions à Santeny, paroisse limitrophe de Lésigny^.
Deux ans après, il s'agit d'un hôte involontaire. A la fin d'août 1709, un exempt de robe courte avait amené un prêtre du diocèse de Paris, nommé (Charles Lhuillier, peut-être un janséniste, remis par lettre de cachet à la garde du prieur. Un mois s'était à peine écoulé qu'un beau matin Lhuillier ne se retrouve plus. Il couchait pourtant à l'infirmerie, dans la môme chambre que le prieur malade; maife celui-ci, Dom Charles Loquet, n'avait rien vu ni rien entendu, Lhuillier semblait Ultéralemenl s'être évaporé, et Ton ne parvint môme pas à découvrir comment il avait pu s'échapper. J'ignore s'il élait assez compromis pour qu'en haut lieu on se préoccupât beaucoup de sa fuite ; tout ce que je puis dire, c'est que Dom Loquet quitta Hiverneau peu de temps après, sans toutefois perdre son titre de prieur, et mourut au bout de quelques mois dans un autre couvent de l'Ordre, à Sausseuse ^.
lime faut maintenant aller jusqu'en 1729 pour trouver un nom à citer. Je relève celte année * le décès de Messire Léon