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Procès verbal de la séance du 7 germinal an Yl

s'intéresser à une question de médecine, ni persuader aux médecins qu'il y eût rien de plus attrayant qu'une discussion sur les calculs de la vessie. On eut recours à la ruse; on inscrivit ces arides questions scientifiques sur le programme, mais en les plaçant au dernier rang et en invoquant l'heure avancée pour les supprimer. Les séances publiques, en dépit de tous ces palliatifs, restèrent très démesurément longues et très fastidieuses. Elles n'eurent ni l'agrément ni l'éclat des séances publiques tenues autrefois par chacune des académies, et qui, s'adressant au public particulier de chacune d'elles, n'obligeaient pas les lettrés à commencer par entendre une leçon de géométrie, et les géomètres à subir la lecture d'un dialogue en vers ou d'une fable. On avait cru que cette réunion des trois classes produirait une variété agréable. Ce qui est agréable, c'est de passer d'un plaisir à un autre, et non pas d'acheter un court plaisir par un long ennui.

Les classes contribuèrent aux séances publiques en proportions égales, mais non pas avec le même sort. La première classe qui réunissait dans son sein de grands génies, tels que Laplace, Lagrange, Monge, Prony, et des génies inventifs, Berthollet,

Haûy, Darcy, Daubenton, Lacépède, et qui aurait pu tenir le premier rang avec éclat, comptait aussi, à côté de ces grands hommes, d'assez médiocres savants qui n'avaient point du tout d'esprit, et c'étaient ceux-là qui voulaient toujours se mettre en avant. Les savants ne peuvent pas douter qu'une partie de leurs travaux ne soit inaccessible aux ignorants; mais parmi les découvertes qui se communiquent facilement et sans qu'une initiation préalable soit nécessaire, ils ne discernent pas bien celles qui peuvent intéresser les profanes, et celles qui ne leur causent que du dégoût et de l'ennui. Certaines lectures que j'ai citées tout à l'heure semblaient faites pour les séances les plus secrètes, ou tout au moins pour les séances privées, où le public se compose d'initiés et d'élèves. La troisième classe, qui réunissait tant de genres différents, se mettait plus aisément en rapport avec le public parce que les branches de connaissances qu'elle cultivait correspondaient aux études qui constituent l'éducation moyenne. Un homme du monde suffisamment instruit peut toujours entendre une pièce de vers, une dissertation sur un point de goût, un mémoire sur un sujet d'histoire ou de linguistique. Les travaux de la section de gram-

maire étaient ennuyeux, sans être repoussants. Les apologues, les fragments d'héroïdes, les traductions en vers, les hymnes patriotiques, et les odes « remplies d'ivresse » qui semblent insipides aujourd'hui, étaient dans le goût du temps. On les regardait comme d'agréables intermèdes. Les acteurs de la Comédie française, qui représentaient la déclamation. Mole, Monvel, Préville, les lisaient, et cela faisait un attrait de plus. La section de poésie comprenait des poètes, aujourd'hui quelque peu déchus, alors dans tout l'éclat de leur renommée : Lebrun, qu'on appelait Lebrun-Pindare, Chénier, Ducis, Fontanes, Colin d'Harleville. Je ne parle pas des peintres, des sculpteurs, des architectes, des musiciens, qui n'ont pas coutume de se servir de la langue parlée pour exprimer leurs idées, et qui étaient presque des personnages muets. On se les montrait avec admiration dans les séances publiques. Camus, qui était un véritable érudit, éloquent à sa manière, et d'une activité sans égale, parla pour toute la classe; on le trouve sur tous les programmes et à la tête de tous les travaux.

En somme, le rôle public de la troisième classe

fut convenable, sans être éclatant. Ses poètes

plurent au public, et ses savants l'instruisirent sans trop l'ennuyer.

La seconde classe, qui était une innovation, avait un rôle difficile à remplir. Elle avait à se justifier d'exister. Elle était tenue à l'éclat et à Toriginalité. Ses principales sections étaient consacrées aux sujets qu'on mettait alors au-dessus de tous les autres, à la philosophie, à la législation, à l'économie politique. On senlail vaguement que, dans une bonne classification de l'Institut, l'Académie des sciences proprement dite et l'Académie des Beaux- Arts auraient formé deux classes distinctes, et que le reste des connaissances humaines aurait élé divisé entre trois autres classes : la classe littéraire, qui aurait dû reprendre son illustre nom d'Académie française, la classe historique, qui aurait correspondu à l'ancienne Académie des inscriptions et belles-lettres, et une classe philosophique, qui n'était rien si elle n'était pas cela, et pour laquelle ce grand nom était à la fois un immense honneur et un immense péril.

La classe, qui pourtant était forte, montra dans les séances publiques plus d'ambition que de force. Plusieurs de ses membres, tels que Mercier et de Lisle de Sales, cherchèrent à être profonds et

originaux, et n'aboutirent qu'à être amphigouriques. Daunou, Cabanis, La Romiguière, Destutt de Tracy, de Gérando étaient des penseurs sérieux, des écrivains de talent, incapables d'aucune sorte de charlatanisme, et n'ayant d'autre souci que d'être vrais et utiles. Mais il arriva à la seconde classe commeà la première de se manifester surtoutpar ses médiocrités. Bernardin de Saint-Pierre assure dans ses Mémoires qu'on l'écarta systématiquement des séances publiques. Merlin était trop occupé, Sîeyès trop dédaigneux, Volney trop indifférent, La Romiguière trop modeste. Dupont de Nemours, qui avait de l'esprit, et qui savait beaucoup, aurait gagné cent pour cent s'il avait consenti à être simple. Anquetil était très estimable, mais très ennuyeux. Quand on parcourt les mémoires imprimés à part par ordre de la classe, ou simplement lus dans les séances ordinaires et insérés dans le recueil, on voit qu'il y a là plus de science et de véritable originalité que dans les morceaux, en général prétentieux et déclamatoires, qui obtinrent les honneurs d'une lecture publique. Fautil expliquer ce phénomène par l'envie qui s'attache aux supériorités? ou par le calme naturel aux grands esprits et la vanité inquiète et bruyante

des esprits vulgaires? ou par les illusions assez fréquentes chez les contemporains, qui prennent les importants pour des puissants? ou faut-il rejeter ce malheur sur le grand nombre des lectures, qui en resserrant chaque lecteur dans un espace de quelques minutes, l'obligeait pour ainsi dire à étonner un auditoire qu'il ne pouvait éclairer? Cette dernière raison est probablement la principale. En tout cas, ce n'est pas par les mémoires lus en séance publique que les travaux des classes de rinstitut, et particulièrement ceux de la seconde classe, doivent être jugés.

LA SECTION d'analyse DES SENSATIONS

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