M. Depping
des premiers à se réunir au tiers. Il laissa voir, dès. le coçimencement, sa haine contre la cour et la royauté et vota avec empressement toutes les mesures^ qui» de proche en proche, aboutirent à la République. C'est lui qui rédigea le décret d'abolition de la royauté et prononça ces paroles célèbres : «L'histoire dés rois est le martyrologe des peuples.» ., A Uépoque du jugement de Louis XYI, il était commisjsaire en Italie avec trois autres membres de la oonvention, Hérault de Séchelles, Jagot et Simon. Se3 coUègiues écrivirent une. adresse à la Convention pour adhérer à la condamnation à mort, et lui proposèrent de la signer. Grégoire était pleinement d!avis de ne pas profiter de l'éloignement pour échapper à la responsabilité du vote ; il croyait que Louis XVI était coupable et que la Convention avait leidrdit de le juger; mais il était ennemi déclaré de la peine de mort, et, pour cette raison unique, il ne pouvait signer l'adresse telle qu'elle était conçue. On transigea : les deux mots à mort furent effacés, et l'adresse portant approbation formelle de « la condamnation », sans spécifier le supplice, partit pour Paris avec les quatre signatures. Cette lettre fut discutée avec violence, longtemps plus tard, quand le nom de régicide devint un arrêt de
proscription. Il est clair que Grégoire aurait voté avec les régicides, si son opinion théorique sur la peine de mort ne l'avait retenu. On peut rapprocher de cet acte sa conduite lors du rétablissement de l'empire. 11 n'y eut, à cette époque, que trois non^ au Sénat. Lambrechts et Grégoire avaient dit non; il reste de l'incertitude sur le troisième noUy qui fut réclamé par plus d'un membre. 11 n'y a nulle comparaison entre voter la mort du roi et voter contre le rétablissement de la monarchie ; mais je mentionne ensemble ces deux actes pour montrer la persévérance et la violence du sentiment républicain chez Grégoire.
La constitution civile du clergé avait été l'une des plus difficiles, des plus graves et des plus décisives opérations de l'Assemblée constituante. Grégoire trouva justes toutes les réformes proposées ; il crut qu'elles n'étaient qu'un retour à l'ancienne discipline de l'Église ; qu'elles ne touchaient pas au dogme; que l'assemblée avait le droit de les faire, et il crut servir, en s'y associant, l'Église en même temps que la patrie. Ce fut aussi l'avis d'hommes très respectables, très instruits dans les matières canoniques, parmi lesquels il faut <^iter au premier rang Lanjuinais et Daunou. Ce*
pendant la réforme ne se bornait pas à supprimer les abus de l'administration temporelle du clergé; elle touchait à Torganisation spirituelle de TÉglise, en modifiant, sans accord préalable avec le pape, le nombre et la circonscription des diocèses, en réglant et en limitant les pouvoirs épiscopaux, en rendant toutes les charges électives, y compris l'épiscopat, en attribuant le pouvoir électoral au peuple entier, et non pas seulement au peuple des fidèles, en permettant, dans certains cas, de procéder à l'institution et à la consécration des évêques, sans l'intervention et même contre la volonté expresse du pape. Elle était incontestablement sage, et même nécessaire dans presque toutes sespai'ties; mais, en n'accordant au siège de Rome qu'une primauté d'honneur, et en modifiant profondément, sans lui et contre lui, l'origine et les attributions de l'épiscopat, elle rompait ouvertement avec les traditions de l'Église catholique. C'est ce que ne voulurent pas voir les constitutionnels. Semblables aux évêques jansénistes qui, frappés d'interdiction et d'excommunication, s'obstinaient à se déclarer unis à l'Église romaine, ils ne cessèrent de protester de leur fidélité en désobéissant. Grégoire fut élu en même temps évêque du département de Loir-
et-Cher et du département de la Sarthe. Il opta pour le département de Loir-et-Cher. Les évoques constitutionnels ayant décidé, quelques années après, de prendre le nom de leur ville épiscopale, il fut connu sous le nom d'évêque de Blois, et, après sa démission, d'ancien évêque de Blois, qu'il porta jusqu'à sa mort, toujours attentif à le réclamer quand on l'omettait. 11 se mit aussitôt en possession de son diocèse, malgré les protestations de son prédécesseur orthodoxe; il le remplaça et le chassa, parce qu'il croyait en avoir le droil ; mais il prononça son éloge en chaire. Il remplit avec zèle et exactitude toutes ses fonctions épiscopales; ce qui ne l'empêcha pas d'être dans le département le chef du parti républicain. Envoyé à la Convention par les électeurs de son diocèse, il s'honora par son courage quand l'Église constitutionnelle fut enveloppée dans la proscription de tous les cultes. Le jour de l'abjuration de Gobel, on le pressa d'imiter ce lamentable exemple : <f J'entre ici, dit-il, n'ayant que des notions confuses sur ce qui s'est passé avant mon arrivée. On me parle de sacrifices à la patrie ; j'y suis accoutumé. S'agit-il d'attachement à la cause de la liberté ? Mes preuves sont faites depuis longtemps. S'agil-il du revenu attaché aux
fonctions d'évèque? Je l'abandonne sans regret. S'agit-il de religion? Cet article est hors de votre domaine. J'ai consenti à porter le fardeau de l'épiscopat dans un temps où il était entouré d*épines. On m'a tourmenté pour l'accepter, on me tourmente aujourd'hui pour me forcer à une abdication qu'on ne m'arrachera pas. » II refusait ce jour-là d'abjurer le catholicisme; il refusa constamment, et jusqu'à la mort, de renoncer à l'Église constitutionnelle.
Avec la politique républicaine et le catholicisme constitutionnel, et sur le même rang, la propagation et la défense des sciences et des lettres fut la constante préoccupation de Grégoire. Il fut sur ce point l'émule de Lakanal. Il était un des membres les plus actifs du comité d'instruction publique, dont il fit presque constamment partie avec Daunou, Lakanal, Sieyès, Chénier, Mercier, Villar, ancien principal du collège de La Flèche, Lalande, exoratorien, évèque de Nancy, Massieu, évêque de Beauvais, Wandelincourt, principal du collège de Verdun, Arbogast, recteur de l'université de Strasbourg, Boissy d'Anglas, Thibaudeau, Deleyre, David. Il provoqua les mesures nécessaires pour substituer le français, dans les campagnes, aux divers
l'a morale. 151
patois de nos provinces. 11 contribua à la conservation des livres, des manuscrits, à celle des monuments. 11 sauva un grand nombre d'hommes de lettres de la proscription et delà misère. Il concourut à la fondation du Bureau des longitudes, du €onservatoire des arts et métiers, et de l'Institut,
Il n'a pas été, comme Daunou, rapporteur de la loi organique de l'Institut, ni comme Likanal, rapporteur du règlement; il n'en a pas eu la première pensée, puisque le nom et la chose se trouvent dans le travail de Mirabeau^dans les rapports ^0 Talleyrand et de Condorcet; mais il y a poussé, il y a coopéré; et quand une fois l'Institut fut établi, et qu'il en fut nommé membre, lise montra un des plus zélés pour accroître ses relations et répandre son influence. Il avait soin d'envoyer, souvent à ses frais, toutes les publications de la classe, aux associés de départements et aux correspondants étrangers. 11 leur écrivait; il les recevait quand ils venaient à Paris ; il a rendu ainsi, modestement et silencieusement, de très grands services.
En revanche, ce qui a manqué presque complètement, c'est son travail littéraire. Son nom ne figure que trois ou quatre fois dans les cinq volumes de mémoires publiés par la seconde classe : une pre.-
25i UNE ACADÉMIE SOUS LE DIRECTOIRE.
raière fois pour un extrait tiré d'un ouvrage sur les moyens de perfectionner les sciences politiques. D fut lu à la séance du 7 germinal an FV.. C'est une amplification sur ce thème : f Le doute méthodique, en rappelant à l'examen les opinions reçues, a déblayé des préjugés, émoussé le glaive de l'intolérance, éteint les bûchers de l'inquisition et affranchi les nègres. » Tout est de cette force et de ce style. Nous y signalerons cette phrase qui montre au moins l'ardent libéralisme de l'auteur : « S'il était une seule vérité qu'il fallût taire ou déguiser dans l'Institut national, il serait déshonorant d'y siéger. >
La seconde fois que Grégoire est mentionné, c'est pour un rapport relatif à l'Institut d'Egypte. Quelque temps après il communiqua un mémoire sur La chaîne des Vosges. Enfin, le 22 floréal an VIII, il donna lecture de son Apologie de Las CasaSy évêque de Ciappa.
L'Institut d'Egypte avait commencé ses travaux le 6 fructidor an VI (23 avril 4798), et s'était empressé d'envoyer à l'Institut les procès- verbaux de ses premières séances. Les trois classes nommèrent une commission composée de Laplace, Fourcroy, Lacépède pour la première classe ; Fleurieu, Vol-
, Grégoire pour la seconde; Dupuis, Mongez, gléspour la troisième. Les commissaires propoînt à rinslitut et firent adopter une série de stions dont l'Institut d'Egypte fut invité à proe'r la solution. Grégoire fut le rapporteur. Les stions étaient très nombreuses. Celles qui touat d'une part aux mathématiques, et de l'autre arts et antiquités, intéressent surtout les deux res classes; je n'ai pas à en parler. La première stion de la classe des sciences morales et poliles est celle-ci : « Reste-t-iï dans le langage du s, dans la tradition ou dans les monuments, quelaffinité avec ce peuple nomade qu*on appelle, en îrses contrées de l'Europe, Bohémiens, Cyganis, sies? î Viennent ensuite diverses questions de istique sur le nombre des habitants, les heures ravail, les conditions de la mortalité, la noûrri- 3, etc. Puis la classe demande s'il y a d'autres lesqueleKoranpour la justice distributive, civile riminelle ? Quelles sont les bases et les bornes de ropriété?Quelestlecaractère politique, religieux noral des différentes sectes qui sont en Egypte ? die est leur influence sur le gouvernement, et îUe est l'influence du gouvernement sur elles? elles sept l'étendue et les bornes delà puissance
maritale, de Tautorité paternelle et des obligations filiales, déterminées soit par l'usage, soit par laloi? La plupart de ces questions avaient été suggérées par Grégoire. On en ajouta une autre, à laquelle Bernardin de Saint-Pierre s'intéressait tout spécialement: Traite-t-on avec douceur les animaux domestiques ? Les questions de géographie, rédigées par Fleurieu, forment un excellent programffle,aa double point de vue de l'histoire ancienne et des intérêts européens.
Le mémoire de Grégoire sur la chaîne des Vosges contient des détails exacts sur la popuIaUoa^b constitution physique du pays, les coutumes, l'état de l'agriculture, les mines, les eaux minérales. L'auteur déplore le déboisement des montagnes, et en signale les conséquences funestes. Il dédare avoir trouvé dans le canton de Bresse une véritable république, qui professait la liberté des cultes, lorsque la religion d'état et les institutions monarchiques l'enserraient encore de tous côtés. m
V Apologie de Las Casas^ évêque de Giappa, est un des nombreux écrits que Grégoire ne cessa de ^ publier eu faveur des nègres et contre Veschtig^ M. Garnot raconte* que, dans les premiers jouff ■.