‹ Une académie sous le DirectoireChapitre 31 sur 54 · Etude sur Vabbé Grégoire^ par M. Carnot, 188S. Ki · texte numérisé non relu

Etude sur Vabbé Grégoire^ par M. Carnot, 188S. Ki

3 sa puissance croissante> Bonaparte rassembla itour de lui une soixantaine de personnages poliques pour aviser aux moyens de rétablir à Saintomingue Tautorité française. Les uns proposèrent force, les autres la trahison; tous concluaient Tesclavage. Grégoire n'ouvrait pas la bouche, mâparte rinterpella brusquement : « Qu'en ^asez-vous? — Je pense, répondit-il, que, fût-on eugle, il sufûrait d'entendre de tels discours pour re sûr qu'ils sont tenus par des blancs. Si ces. 3ssieurs changeaient de couleur, ils changeraient ssi de langage. i>

Cette Apologie de Las Casas doit être comptée rmi les meilleurs petits ouvrages de Grégoire, s accusations dont Las Casas a été l'objet y sont icutées avec force et en pleine connaissance de lise. On y retrouve l'ardeur passionnée de Tauir pour la suppression de l'esclavage. On aime à voir protester contre l'habitude trop répandue juger un parti par les crimes commis en son nom , lieu de s'en tenir aux principes qu'il professe et l'ensemble de son histoire. Grégoire n'a jamais insé, et ce sera son éternel honneur, qu'on pût ger le christianisme par la Saint-Barthélémy, et Révolution par la Terreur.

256 UNE ÂCADËLMIE SOUS LE DIESCtOIRE.

Ua rapport et trois mémoires, en six ans, c'est bien peu pour un esprit aussi actifs On s'explique cette stérilité relative quand on se rappelle que Grégoire était alors dans tout le feu de ses luttes pour empêcher la ruine de l'Église constitutionnelle, qui se désignait elle-même sous le nom d'églisegtliicane. Le concile de 4 797 eut lieu entre deux persécutions; celui de 1800, h la veille du Concordat. Il s'agissait surtout, dans le premier, d'arracher la France à l'impiété, et dans le second^ de sauver l'Église constitutionnelle, menacée par la victoire prochaine etdéfinitive des réfractaires. Lesdeuxeonciles furent convoqués et dirigés par Grégoire, quoiqu'il n'en eût pas la présidence générale, n'étanlpas métropolitain. Il fut membre de toutes les commissions, il dicta toutes les résolutions. Il fut le meneur et l'organe de la commission permanente chaînée des intérêts de l'Église gallicane entre les deux conciles. Assidu au conseil des Cinq-Cents, aux séances de Tlnstitut, à celles du concile, où il présidait dans les oc* casions solennelles, dont il préparait les actes et

1 . On peut encore mentionner une brochure intitulée : DétiU* sur V établissement de Sierra Léonay et sur l'imjmtation calomnieuse faite au gouvernement français d^avoir ordonné la dU" truction de cette colonie.

rédigeait les circulaires, attentif en même temps à l'administration de son diocèse, on comprend qu'il lui restait peu de temps pour des compositions litté-

raires. Peu à peu ses grandes occupations diminuèrent. Il donna sa démission de son évêché; le Sénat fut loin d'absorber son temps comme l'avaient fait les assemblées républicaines. Un moment vint où il sévit exclu de tout, bu plutôt chassé de partout, et l'Institut fut le seul lien qui le rattachât au monde officiel. Enfin ce dernier lien fut rompu. Grégoire fut, avec Monge et Carnot, au nombre des vingtsept membres de l'Institut que la réaction sacrifia en 1846.

Lti place de Grégoire était marquée à l'Institut ; on comprend moins l'élection de La Réveillère- Lépeaux*. C'était un orateur, mais ce n'était pas un grand orateur; ce n'était ni un homme de lettres, ni un savant. Il avait quelques connaissances en botanique, autant qu'il en fallait pour faire des leçons brillantes à Angers, ou pour s'intéresser, à Paris, aux leçons des véritables maîtres. On ne cite de lui aucun discours mémorable, ni aucune découverte, ni aucun livre, à moins qu'on

1. Né à Montaigu (Vendée) le 25 août 175J, mort à Par» le 27 mars 1824.

ne donne ce nom à un annuaire de son département, écrit et composé avec soin. En réunissant ses brochures à celles de son ami Leclerc, on est parvenu à faire un volume de mélanges sous le nom d'opuscules moraux et politiques. Gela ne s'élève, ni pour le style, ni pour la pensée, au-dessus d'une médiocrité honorable. 11 passa dans la troisième classe à la réorganisation de 1803; mais le serment ayant été exigé l'année suivante, il le refusa et cessa de faire partie de l'Institut.

Il n'y avaitjoué aucun rôle. Le recueil des mémoires de la seconde classe ne contient aucun morceau de lui; il est seulement mentionné dans le compte rendu des travaux du premier trimestre de l'an XI pour l'annuaire dont nous venons de parler, et qui a pour titre : Essaisur le département de la Vendée, ou aperçus sur la topographie de ce département, sur son histoire naturelle^ son histoire politique, les mœurs, le caractère, les habitudes, le langage des habitants. Le titre est long, l'ouvrage est court. 11 n'est pas sans intérêt. L'auteur ne parle pas des scènes sanglantes dont son pays était alors le théâtre. C'est un précis historique et géographique, sans aucune prétention. Il fit encore quelques rares communications, dont une seule a de l'importance,

au moins comme signe des temps. C'est un mémoire sur le culte, lu à la séance du 5 floréal an V, et sur lequel j'aurai tout à l'heure occasion de revenir.

On serait tenté de croire qu'il avait été élu uniquement à cause de sa position. (11 était directeur au moment de son élection, le 40 décembrel795.) Il n'en est rien. La RéveîUère-Lépeaux, aujourd'hui peu connu, et mal connu, était un personnage pendant la Révolution, et il devaitson importance à son talent, et surtout à son caractère. C'était un homme énergique, courageux, intelligent, d'un attachement inébranlable à ses opinions, et du désintéressement le plus persévérant et le plus noble. Il avait embrassé avec ardeur, dès le premier jour, la cause de la Révolution et de la République; et il combattit, avec la même fermeté, les excès de la démagogie et les efi'orls de la réaction. Comme tous les hommes qui suivent invariablement une ligne droite, il a eu des ennemis et des calomniateurs de tous les côtés.

Il lutta contre Danton à la tribune, combattit la Commune, le Comité de salut public, se fit mettre hors la loi, et n'échappa que par miracle à la mort. Mais il avait voté la mort de Louis XVI, et quand il crut que la réaction était maîtresse dans les Gon-

tm UNE ACADÉMIE SOUS LE DIRECTOIRE.

seils, et avait même dans le Directoire un allié déclaré et un complice inconscient, il n'hésita pas à faire le 18 fructidor. En un mot, il ne voulut pas être terroriste, mais il était, et resta républicain, et républicain autoritaire.

Il fit le 18 fructidor sans aucune vue d'intérêt personnel, par l'armée, pour éviter tout excès, et non, comme Barras le conseillait, par les faubourgs. Il n'en porte pas moins la principale responsabilité d'un coup d'État qui entraîna des proscriptions et fut comme la justification anticipée du 18 brumaire. Garnot, qu'on ne se représente pas comme le complice, ou même comme la dupe des royalistes, ne fut pas seulement exclu du Directoire, il fut condamné à la déportation avec son collègue Barthélémy. Condamnés n'est pas le mot propre. Ils furent frappes de déportation par un arrêté de leurs trois collègues qui avaient la force de leur côté et qui se crurent cléments, parce qu'ils se contentaient de les proscrire, au lieu de les tuer, comme le comité de salut public l'aurait fait.

On sait que Garnot réussit à se cacher. Il échappa à la déportation; mais il fut rayé de la liste de rinstitut, avec Fontanes et l'abbé Sicard, qui ne ressemblaient guère plus que lui à des conspira-

leurs, Barthélémy, son collègue dans le Directoire et, Pastoret, celui-ci d'un autre parti et d'une autre trempe. Cette radiation de cinq membres de l'Institut était aussi, dans son genre, un coup d'Etat. N'hésitons pas à dire qu'elle était un attentat contre les lettres. 11 est bien regrettable pour la mémoire de La Réveillère-Lépeaux, qu'il se soit laissé aller à de tels abus de la force. Disons à sa décharge que c'était l'esprit du temps. Il sacrifia tout au désir de maintenir la République, et de lui assurer un gouvernement régulier. Pour cette fois au moins, la force fut mise au service d'une conviction, non d'un intérêt personnel. A peine raffermi contre les royalistes, le Directoire se vit menacé par les ardents révolutionnaires. La Réveillèré-Lépèaux comprit sur-le-champ ce nouveau péril, et lutta avec courage jusqu'au moment où il se trouva seul de son parti dans le Directoire, et par conséquent impuissant. Il se retira alors avec une dignité suprême, en refusant les avantages accordés jusque-là aux directeurs sortants, comme il refusa plus tard les offres de l'empereur, et comme il renonça au titre de membre de l'Institut pour ne pas prêter un serment contraire à sa conscience. On voulait le mettre en accusation ; loin de chercher à fléchir

26i UNE ACADÉMIE SOUS LE DIRECTOIRE.

ses ennemis, il les brava, et finit par leur imposer silence. Sa vie plaidait pour lui. Ce n'était pas un grand homme ; mais c'était certainement un homme. On a souvent répété que La Réveillère-Lépeaux faisait partie de la secte des théophilanthropes; on a même dit qu'il en était le fondateur. La secte a été fondée par le frère du célèbre physicien Haûy; La Réveillère-Lépeaux n'y a jamais été affilié; il n'a jamais assisté à aucune de ses cérémonies; il n'y a jamais fait aucune allusion, ni dans ses discours, ni dans ses écrits. Il était de la religion du Vicaire savoyard ; il ne croyait à aucun dogme révélé, mais il croyait en Dieu, et il connaissait la puissance du sentiment religieux chez certaines âmes. Il aurait voulu qu'on donnât de la solennité et comme une consécration aux trois actes principaux de la vie civile : la naissance, le mariage et la mort. Cette opinion, qui ne lui était pas particulière, mais qu'il exprimait avec vivacité donna lieu à ses ennemis catholiques et à ses ennemis athées, de le ranger parmi les Ihéophilanthropes, dans l'espoir de le rendre ridicule. La secte des ihéophilanthropes, quoique partant d'un bon sentiment, était ridicule en effet, et ne pouvait pas ne pas l'être. Il fautque les philosophes en prennent leur parti : ils ne peuvent arriver

parla seule raison qu'à un culte individuel, intérieur. L'analyse sera toujours incompatible avec la cérémonie. On peut le regretter, mais il faut le reconnaître. Le 42 floréal an V, La Réveillère-Lépeaux venait de lire à la classe des sciences morales e t politiques un mémoire inutile : Réflexions sur le culte et les cérémonies civiles. « Je n*ai, lui dit Talleyrand, qu'une observation à vous faire. Jésus- Christ, pour fonder sa religion, a été crucifié et est ressuscité. Vous auriez dû tâcher d'en faire autant. >

De tous les membres de l'Institut, le plus ravi de " s'y voir, était certainement Lakanal*. II avait été élevé par les Pères de la doctrine chrétienne, il s'était affilié à leur compagnie, et il professait la rhétorique à Moulins, dans un de leurs collèges, à l'âge de trente ans, quand il fut appelé à siéger dans la Convention nationale.

Il y arrivait tout imbu des idées républicaines, et il n'hésita pas à voter la mort de Louis XVI. La vocation de l'enseignement lui était restée, et avec elle un dévouement absolu et fervent pour les sciences et les lettres. 11 voulait la République, mais

1. Né à Serres (Ariège) le 14 juillet 1762, mort à Paris le 14 février 1845.

il la voulait éclairée, pacifique, glorieuse. Il se fit placer dans le comité d'instruction publique, il y resta constamment, prit à ses travaux la part principale, fut presque toujours son rapporteur dans les séances de la Convention et eut la gloire de proposer, de faire accepter par le Comité, et de défendre devant la Convention la plupart des grandes fondations qui honorent cetle époque à la fois sauvage et sublime.

Son premier succès fut un décret qui prononçait des peines sévères contre la mutilation des objets d'art, et ce que son collègue Grégoire appelait d'un mot nouveau : le vandalisme. Dans le naufrage des académies, il essaya, mais vainement, de sauver l'Académie des sciences ; il ne parvint tout au plus, qu'à retarder sa perte. Le Jardin des plantes était menacé : il proposa non seulement de le conserver, mais de l'agrandir, en en faisant un muséum d'histoire naturelle." Il mérita ainsi d'être appelé le second fondateur de ce magnifique établissement, qui reste une des gloires les plus incontestées de notre pays. Chappe essayait alors, aumilieudedifficultésinouïes, de faireadopter

son télégraphe aérien. 11 écrivait à Lakanal : « Je désespérerais du succès, si vous n'étiez pas là. > 11

réussit, et c'est àLakanal qu'il le dut. LaFrance, grâce à lui, eut un nouvel instrument pour ses victoires, la science un nouvel organe pour ses conquêtes. Lakanal fit voler par l'assemblée le principe de la propriété littéraire, qu'il appelle, non sans raison, la déclaration des droits du génie. Lorsque la période de destruction violente qui, pour en finir avec l'ancienne société, avait supprimé, en même temps que des abus détestable^, les institutions les plus nécessaires à la vie d'un peuple, eut enfin fait place à la période de régéhéralioû, et que le besoin de retrouver les oi^anes de la vie s'imposa à tous les esprits, Lakanal qui, pendant la Terreur, avait accepté une mission dans lès départements, se retrouva, avec la même ardeur, dans le comité d'instruction publique, et entreprit de créer partout des écoles, et, ce qui était plus difficile, de remplacer les maîtres dispersés, proscrits, foudroyés par la tempête. Les théorie^ n'avaient pas manqué depuis le commencement ; il alla droit à la pratique et fit décréter d'un coup vingt-quatre mille écoles primaires qu'on plaça dans les presbytères abandonnés. En même temps, on créa dans les grandes villes des écoles centrales, à raison d'une école centrale par trois cent mille habitants. On y

donnait à peu près le même enseignement que dans les anciens collèges.

Les maîtres manquaient partout. Les membres survivants des anciennes congrégations, en dépit de l'adoucissement des lois et des mœurs, étaient encore réduits à se cacher. Lakanal fit adopter l'idée d'appeler à Paris les trois cents jeunes gens les plus distingués par leur mérite, de leur donner pour maîtres tout ce que la France gardait encore de grands hommes, de leur enseigner rapidement l'art d'enseigner, et, après avoir allumé en eux le feu sacré, de les renvoyer aux écoles centrales. De cette idée qui fut adoptée par la commission, et qui fut ensuite complétée et perfectionnée, est sortie l'École normale de 1794, suivie à bref délai par l'École normale qui subsiste encore. Lakanal et Sieyès, que remplaça bientôt Deleyre, furent chargés de surveiller la nouvelle école. Les mathématiques y étaient enseignées par Lagrange et Laplace, la géométrie descriptive par Monge, la chimie par Berthollet, la physique parHaùy, l'histoire naturelle par Daubenton, l'hygiène par Halle, la philosophie par Garât, l'histoire par Volney, la morale par Bernardin de Saint-Pierre. Ce fut un éclat de génie incompa-

able. L'enseignement proprement dit se donna iimultueusement et presque au hasard ; mais un rand enthousiasme se détacha de tout ce mousment, et il ne s'agissait plus que de l'organiser t de le développer.

Vînt ensuite la création du Bureau des longitudes, ont Grégoire et Lakanal se disputent Thonneur. B bureau avait sous sa direction l'observatoire de ^ris, ceux des départements, et comptait parmi ses aembres Lalande, Cassini, Delambre, Méchain les navigateurs tels que Borda et Bougainville.

Quant à l'Institut, il faut compter parmi ses fondateurs ou se disant tels Talleyrand, qui le proposa à l'Assemblée constituante ; Condorcet ]ui, dans son rapport à la Législative, en modifia le >]an d'une façon heureuse; Daunou, qui lui donna a dernière forme, sa forme pratique et le fit décréîr par la Convention; Lakanal qui, sous le Direcire, fit voter le règlement par le conseil des Ginq- 'Bts. Grégoire lui-même, et Chénier, etVillar, qui aiîent donné un concours actif dans le sein du naité d^instruction publique, prétendaient avoir -s droits à cette paternité glorieuse. Nous avons ■^ qu'elle pourrait être réclamée par Mirabeau. ^ vérité est que, depuis la destruction des acadé-

mies, tous les esprits soucieux de l'avenir, tous les amants des sciences et des lettres, songeaient à les rétablir, et à en former comme un faisceau indestructible, où viendraient s'unir dans un travail commun, et dans la même action bienfaisante et civilisatrice, les sciences,' les lettres et lesarts,tout ce qui engendre la civilisation, tout ce qui honore l'humanité.

Depuis 1793, Lakanal n'avait cessé de travailler à la formation de cette assemblée représentative de la science, de la pensée, de l'imagination et de la parole humaine. C'est lui qui, dans les derniers jours du Comité, avait dressé la liste des quarantehuit premiers membres de l'Institut, qu'on appela le tiers-électeur, liste promulguée quelques jours après par le Directoire. Il voyait enfin son œuvre réaHsée et vivante; semblable à Pygmalion, quand il vit sa statue se mouvoir, il assistait avec ravissement aux débuts de ce noble corps, dont il était au moins l'un des pères. Le titre de membre qui lui avait été conféré était la juste récompense de ses travaux, et, a ses yeux, le plus grand honneur de toute sa vie^ Use montra assidu aux séances, parce

1. Voici la lettre par laquelle le ministre de rintérieur annonça à Lakanal son élection :

ue c'était son bonheur, et parce qu'il était dans îs habitudes et dans sa nature de remplir fidèleicnt tous ses devoirs; mais il ne fut, et ne voulut Lre qu'un auditeur, et un serviteur. Toutes les fois u'une mesure était nécessaire pour améliorer la larche de l'Institut, il la proposait au conseil des inq-Cents; c'était sa part, il savait qu'il y excellait, L il prit une fois la plume, longtemps après, pour a réclamer le mérite*. Gomme lettré, il se jugeait ^ecune modestie touchante. Quand les événements 5 rendirent à la vie privée, il n'accepta que la place e "procureur (économe) du lycée Charlemagne 'école centrale de la rue Antoine). « Je me suis 3sis sur la dernière marche », disait-il. Cet homme, ui avait fondé tous ces grands corps, acceptait ans l'un d'eux une place modeste, et la remplissait n conscience. La malédiction attachée aux régicides

« Paris, 26 frimaire an VL » A Lakanal.

» C'est avec biea de la satisfaction, citoyen, que je vous fais par e votre nomination à Tlnstitut national dans la seconde classe. Ce hoix honore autant les électeurs que l'élu. L'Institut national endra sa première séance primidi prochain; vous voudrez bien ous y rendre. — Salut et fraternité. — Bénézech,

» Cette séance est indiquée pour cinq heures dans la salle de la i-devant académie des sciences, au muséum des arts. »

1 . Suum cuique. Exposé sommaire des travaux' de Joseph Laanal pour sauver, durant la Révolution, les sciences, les lettres ; ceux qui les honoraient par leurs travaux. Paris 1838.

tlO UNE ÀGADËMIE SOUS LE DIRECTOIRE.

vint Ty chercher et le chassa de son pays. II se rendit en Amérique, où il se fit agriculteur. Sa renommée le suivit jusque là, et il fut plusieurs fois consulté par les pouvoirs publics comme législateur et comme philosophe.

En France, on l'avait oublié, et si profondément que quand la seconde classe de l'Institut dont il avait ^ fait partie fut rétablie^ il ne fut pas inscrit officielle- , ment parmi ses membres, de fut, pour ce grand vieillard, le plus rude coup. Enfin, il y fut élu, en 1837, à la place de Garât. Cette élection le décida ; il quitta tout, et revint en France, pour siéger encore à côté de Sieyès, Merlin, Daunou , Rœderer, les compagnons des anciennes luttes. Il avait soixante-quinze ans. « Un jour, dit M. Mignet, je vis arriver chez moi, avec le vieil uniforme de l'Institut tel qu'on le portait sous le Directoire, un homme qui avait la stature encore droite, des cheveux abondants et noirs, dont le visage était grave, le regard contenu, la bouche sévère, les manières décidées et polies, le langage spirituel et sentencieux, et qui semblait appartenir à un autre temps. C'était Lakanal. > Il fut, comme par le passé, assidu aux séances de l'Académie. Il y resta silencieux. 11 n'avait plus, disait-il, qu'à écouter et à se taire. Il s'éteignit en 1845, à

quatre-vingt-deux ans. Il disait paisiblement sur son lit de mort : « Je vais comparaître, les mains pures et sans crainte, devant cette providence que je ne comprends pas, mais que je sens. » En 4881, les habitants de l'Ariège lui ont élevé une statue. Lakanalest un homme de la Convention; voici, pour achever la section de morale, un homme de Tencyclopédie ; un homme de lettres, par goût et par profession, qui ne voulut jamais être autre chose , c'est son très grand honneur, et qui traversa toute la Révolution sans s'y mêler. Naigeon' avait cinquante ans quand on le nomma membre de la seconde classe, chargé d'y représenter tout particulièrement la morale. Son plus grand, et presque son seul mérite, était d'avoir été l'admirateur et l'amideDiderot. Il aimait Diderot avec passion, et Diderot l'aimait aussi, ce qui paraît assez étrange. C'était, au physique, un dameret et un valétudinaire, au moral un esprit étroit, impuissant, qui tirait toute son importance, comme les radicaux en politique, de l'audace de ses négations. Il n'avait fait de sa vie que des éditions, des traductions, des compilations, et quelques articles de l'encyclopédie méthodique.

Page 1