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I. Né à Paris le 28 mars 1736, mort le 12 mai

De Lisle de Sales *- avait été oratorien dans son extrême jeunesse. Il n'a pas laissé un grand nora dans les lettres, et comme académicien il fut plus d'une fois embarrassant pour ses confrères; mais c'était ce même de Lisle de Sales dont Isl Philosophie de la nature ^ dénoncée au Châtelet plusieurs années après sa publication, avait entraîné contre son auteur une condamnation au bannissement perpétuel. La condamnation, qui du reste fut cassée par le parlement, avait eu un retentissement immense. On avait su dans le public qu'il y avait eu des voix concluant ad omnia citra mortemy ce qui comprenait le carcan, la marque, le fouet et les galères. De Lisle, empressé de profiter de sa gloire, se rendit auprès de Voltaire à Ferney, puis en Prusse auprès de Frédéric. Rentré en France, un écrit en faveur de la tolérance le fit jeter dans les prisons du Châtelet. Il y resta onze mois et ne fut délivré que par les événements du 9 thermidor. C'était un martyr dont la nomination fut très

1. De Lisle de Sales (Jean-Claude Izouard, dit), né à Lyon i& 29 avril 1741, mort à Paris le 22 septembre 1816.

2. Voici le titre exact de ce livre, célèbre seulement par le pnocès : De la philosophie de la nature, ou traité de morale pour le genre humainy tiré de la philosophie et fondé sur la nature, La condamnation parle Châtelet est du 9 septembre 1775.

approuvée, mais qui n'était qu'un martyr et n'apportait aucune force à la section d'histoire.

Raynal* étant né en 1743, avait quatre-vingtdeux ans en 4795. Échappé assez tard à la compagnie de Jésus, il avait eu le temps d'y prendre un goût d'ordre, de travail régulier, d'influence sur les puissants de la terre, et il faisait servir tous ces moyens à la protection des faibles, au soulagement des pauvres, avec un zèle qui n'était plus que philosophique, et qu'on aurait pu croire encore religieux. D'une économie qui eût été de l'avarice, si elle n'eût servi parfois à de grandes générosités, il donnait aux écrivains et aux inventeurs méconnus du pain et des moyens de travail. Il leur procurait ce qui était alors indispensable : des protecteurs. 11 était dans la capitale delà France et de la philosophie comme un grand maître de cérémonies qui présentait les talents naissants aux talents illustres, les gens de lettres aux manufacturiers et aux négociants, aux fermiers généraux et aux ministres ^ On le regardait plutôt comme un homme d'affaires, ami des lettres, que comme un

1. Né à Lapanouse (Aveyron) le 12 avril 1713, mort à Paris le 6 mars 1796.

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