Mémoires sur M. Suard, par Carat, t. I, p
lettré véritable, jusqu'au moment où il publia son Histoire philosophique et politique des établissements des Européens dans les deux Indes. Ce livre eut un succès immense. Le sujet était nouveau et magnifique; le style, fort inégal, avait en certains passages une allure affectée et solennelle qui devenait de plus en plus le goût de Tépoque ; toutes les idées chères aux encyclopédistes s'y trouvaient reproduites. Ce n'est pas trop de dire que le livre et l'auteur allèrent aux nues. Une condamnation qui força Raynal à s'exiler , et que le roi lui-même avait provoquée, explique cette popularité que des critiques sévères et quelquefois méritées ne firent qu'accroître.
Anquetil* est tout l'opposé de Raynal.
Raynal est un ancien jésuite, qui abandonne la compagnie de Jésus pour venir prêcher à Paris comme prêtre séculier, et qui finit par devenir philosophe, athée et millionnaire. Anquetil entre à dix-sept ans dans la congrégation de Sainte-Geneviève ; et à soixante-treize ans, sous la Terreur, il est enfermé à Saint-Lazare comme prêtre catholique. C'est un dévoué, un laborieux, qui com-